Hélicoptères, feux d’artifice, robes griffées, pool-party, décorations florales à cinq chiffres… Derrière cette surenchère du faste et cette quête du mariage “unique”, ne serait-on pas tout simplement en train de passer à côté de l’essentiel ?
Le mariage ne fait plus autant rêver qu’autrefois, c’est un fait. Les jeunes hésitent davantage, mettent des années à se décider avant de franchir le pas et finalement se marient plus tard. Là où, avant, le mariage représentait le véritable début de la vie — l’indépendance, la construction de son foyer, les premières expériences amoureuses — il est désormais envisagé, puis vécu, comme une véritable atteinte à la liberté individuelle.
Aujourd’hui, de nombreux jeunes – et leurs parents ! – acceptent l’idée qu’il convient d’abord d’acquérir son indépendance financière avant de penser au mariage. Cette indépendance matérielle entraîne dans son sillage une indépendance psychologique. Et une fois tout ce petit monde parfaitement indépendant, pas étonnant que le mariage perde autant de son attrait…
Save the date
Et c’est là que s’opère un glissement. Puisque la vie conjugale elle-même n’attire plus personne, toute l’excitation va se reporter sur le jour du mariage. Que va-t-on faire d’original ? De spectaculaire ? De suffisamment exceptionnel pour rendre l’évènement inoubliable ? C’est ainsi que les futurs mariés vont investir tous leurs efforts et leurs économies dans la préparation technique : les fleurs, la décoration, les Kippot, les animations, les robes griffées à 15.000 euros, la Toscane, la pool-party, etc. Comme si toute la joie qu’on n’arrive plus à projeter dans la vie à deux se concentrait désormais dans la mise en scène de la relation.
Et paradoxalement, cette quête de l’unique produit généralement l’effet inverse ! Tous veulent créer un mariage qui sortira de l’ordinaire et pourtant, ils finissent tous par cloner les mêmes codes : les mariés arrivent en hélicoptère, des feux d’artifice viennent clôturer la cérémonie de la ‘Houppa, les mariés font leur entrée dans la salle dans des effets de son et lumière dignes de Star Wars… Phénomène encore amplifié avec l’omniprésence des réseaux sociaux et le besoin viscéral d’uploader instantanément tout contenu à même de susciter l’intérêt…
Résultat des courses ? On assiste à une véritable surenchère du faste, où l’essentiel est depuis longtemps perdu de vue et où le degré d’émerveillement des invités devient le seul point de repère. C’est le prix que certains sont prêts à payer uniquement pour créer un évènement spectaculaire, qui leur procurera le sentiment de vivre et d’offrir quelque chose d’unique.
Le palmarès des unions sous stéroïdes… et ce qu’elles disent de notre époque
Le riche – et fier de l’être
Un riche homme d’affaires a récemment marié sa fille aux États-Unis. La salle ? Non point, le désert réaménagé en complexe à ciel ouvert ! Ça se passe dans le Mojave, plus précisément. Et si déjà le ciel est ouvert, alors l’arrivée des mariés se fera par hélicoptère, histoire de rappeler aux invités que le plafond des dépenses, lui aussi, a disparu depuis longtemps…
Alors certes, pourquoi se priver si on a largement les moyens de se permettre certaines folies ? Mais de là à transformer la fête en superproduction hollywoodienne, il n’y a qu’un pas que certains auraient mieux fait de ne pas franchir. La vraie question reste en suspens : ne serait-on pas en train de passer à côté de l’essentiel ?
L’important, c’est la rose
Pour Gilbert Bécaud, sans doute, mais certains ont pris le chanteur sixties un peu trop au sérieux. Débourser 50.000 euros pour une décoration florale qui aura fané avant même que vous ne terminiez de lire cet article, c’est… que dire ?! Un conseil : une fête conforme aux exigences de la Halakha a sans aucun doute beaucoup plus de charme que la reproduction en live du jardin botanique.
Celle qui n’a pas les moyens de sa politique
Une Ganénèt (maîtresse de maternelle) d’une petite localité située aux alentours de Jérusalem parvient péniblement à clôturer son mois (les mois seraient-ils plus longs en Israël ?!). Forcément, elle est divorcée et a 6 enfants à charge, avec un salaire qui avoisine acrobatiquement les 1500 euros par mois. Sur ce, son aînée se fiance. Mazal Tov ! Mais pourquoi cette modeste famille se sent-elle obligée de rejoindre la course folle du qu’en dira-t-on (avec de très maigres chances de victoire, disons-le) en engageant des prestataires haut de gamme, en organisant à tout prix une soirée de henné en plus de celle du mariage, en augmentant les dépenses superflues qui engendrent stress, tensions et inquiétude ? Conclusion : si vous ne souhaitez pas d’huissiers parmi vos invités, organisez une soirée proportionnelle à vos moyens.
La fête de la musique
Un mariage où chaque chanteur viendrait chanter sa propre chanson, ça vous rappelle un sketch ? Et pourtant ce n’est pas une plaisanterie. Cela s’est passé récemment dans un autre continent, où un mariage particulièrement luxueux a réuni Mordékhaï Ben David, Ya’akov Shwekey, Ichay Ribo et d’autres stars de la jewish music. Pourquoi pas, après tout ? Fait étonnant à relever : certains mariages avec simple orchestre ou même DJ auraient tout de même connu une ambiance festive
D. Choukroun, H. Sarfaty et E. Boukobza




