Question : « J’ai de grandes difficultés dans le domaine de la sainteté et malgré tous mes efforts je retombe sans cesse. J’ai appris que selon le Zohar il n’existe pas de Téchouva ordinaire pour les fautes liées à ce domaine et qu’il faut une grande Téchouva. Comment puis-je m’en sortir ? ».
Voici les paroles du saint Zohar : « Cet homme n’est pas acquitté, même s’il fait une immense Téchouva, jusqu’à ce qu’il livre son âme à la mort, car il a été décrété par le tribunal céleste qu’il doit mourir. Alors cet homme accomplit une grande Téchouva, et lorsque vient l’heure où il doit mourir, cela se fait dans sa Téchouva. » Cela signifie que la Téchouva dans le domaine de la sainteté est uniquement une Téchouva supérieure et particulière, au point que l’homme livre son âme à la mort.
Pourtant, nous savons qu’aucune chose ne résiste à la Téchouva. Même le Rambam a tranché qu’Israël ne sera délivré que par la Téchouva. Le Saint béni soit-Il nous a donné tout un ordre de Téchouva pendant les jours redoutables : Roch Hachana, le son du Chofar, les dix jours de Téchouva, Yom Kippour et la prière de Néïla. Il existe beaucoup de fautes extrêmement graves que des gens ont commises, à D.ieu ne plaise, et malgré cela nous trouvons des voies de Téchouva pour chaque chose. Et voici que le saint Zohar écrit explicitement que tous les chemins de Téchouva connus ne concernent pas les atteintes à la sainteté.
Que faire ici ? Que peut faire cet homme afin de revenir dans une Téchouva complète ? N’a-t-il aucune possibilité de faire Téchouva dans ce monde tout en restant vivant ? Que lui reste-t-il encore à faire ?
Réponse du Rav Boyer :
La réponse se trouve dans la Paracha de Béha’alotékha. Jusqu’à présent, nous avons vu comment Moché Rabbénou se tenait toujours dans la brèche, priant pour le peuple d’Israël et demandant au Saint béni soit-Il de leur pardonner leurs fautes.
Lors de la faute du veau d’or : « Moché implora… » ; lors des plaintes du peuple, il est écrit : « Moché pria pour le peuple » ; ainsi également dans la révolte de Kora’h et de son assemblée, ainsi que dans la faute des explorateurs. Mais voici que dans notre Paracha, à Kivrot Hataava, apparaît quelque chose de nouveau : « La viande était encore entre leurs dents, avant même qu’elle ne soit mâchée, que la colère d’Hachem s’enflamma contre le peuple, et Hachem frappa le peuple d’une très grande plaie. » Ici, Moché Rabbénou n’essaya pas de défendre le peuple d’Israël ; pour la première fois, il se tut et ne pria pas.
Que s’est-il passé ici ? Pourquoi ne pria-t-il pas pour essayer d’annuler le décret ? Pour expliquer cela, il faut comprendre l’action des prières des Tsadikim lorsqu’ils prient pour une personne en temps de détresse.
Nous savons que toute l’abondance descend et se déploie depuis les mondes supérieurs jusqu’à notre monde.
Cette descente de l’abondance ne se fait pas d’elle-même ; elle doit passer par des Yi’houdim (opérations d’unification des Noms divins), de Kavanot (intentions spirituelles) et de combinaisons des Noms du Saint béni soit-Il. Ces actions sont influencées par les prières des Tsadikim. Lorsqu’il existe des retards et des barrières empêchant l’abondance de descendre, les Tsadikim, par leur prière, peuvent agir afin d’enlever ces blocages. Les blocages et les restrictions peuvent être créés par les fautes commises par l’homme. Par ses actes, l’homme influence ses propres canaux d’abondance. Il provoque des restrictions et des rigueurs, et alors il peut rencontrer des difficultés et des souffrances dans les domaines des enfants, de la vie et de la subsistance.
Alors l’homme va voir le Tsadik qui, par la force de sa prière et des unifications qu’il accomplit, peut provoquer un adoucissement des rigueurs pour cette personne. Il élève l’homme, le renforce et le bénit, jusqu’à attirer sur lui une très grande abondance. Tout cela est vrai pour les fautes ordinaires. C’est-à-dire que l’abondance existe déjà et commence à descendre, mais qu’il y a sur le chemin des blocages qu’il faut retirer. Mais il existe des cas totalement différents, où l’abondance n’existe même pas du tout. Dans un tel cas, enlever les blocages ne sert à rien, puisqu’il n’y a rien à faire descendre.
La source de l’abondance provient de l’union suprême, de notre lien avec le Créateur du monde et de notre désir d’accomplir Sa volonté.
Là-haut, dans les mondes supérieurs, dans la Couronne suprême, s’éveille la grande abondance et de là, elle se déploie et descend dans notre monde, par les prières, les Mitsvot et les bonnes actions, comme l’ont dit nos Sages : « Le monde repose sur trois choses : la Torah, le service divin et les actes de bonté » (Avot 1, 2). À présent, réfléchissons aux fautes liées à l’atteinte de la sainteté. Lorsque l’homme abîme la sainteté, à D.ieu ne plaise, il se relie en réalité aux forces du mal et nourrit les forces d’impureté. L’atteinte à la sainteté endommage la racine même de l’abondance, à l’endroit où cette abondance est créée pour venir dans le monde. L’atteinte ne se situe pas dans les canaux de l’abondance, mais dans l’abondance elle-même.
Et lorsqu’il n’existe tout simplement plus d’abondance pour l’homme, la prière des Tsadikim ne peut pas aider ! C’est exactement ce qui se produisit dans notre Paracha : « Moché entendit le peuple pleurer selon ses familles. » Rachi nous révèle sur quoi ils pleuraient réellement : « au sujet des affaires familiales », c’est-à-dire au sujet des unions interdites qui leur furent interdites. Cela signifie que, dans cette faute, ils abîmèrent les mondes supérieurs. Jusqu’à présent, ils avaient fauté dans l’idolâtrie ou dans les querelles. Dans ces cas-là, l’abondance existait, mais sa descente était bloquée. Alors Moché Rabbénou, par sa prière, réparait les Yi’houdim (opérations d’unification des Noms divins), et l’abondance descendait dans le monde. Mais dans le cas présent, celui de l’atteinte à l’alliance sainte (Pegam Habrit), la racine même de l’abondance fut atteinte. Dans un tel cas, Moché Rabbénou ne pouvait pas aider ; c’est pourquoi il ne pria même pas pour eux.
Dans le cas d’une atteinte à la sainteté, une seule chose peut aider : une grande Téchouva. Et cette Téchouva particulière ne peut être accomplie qu’avec un don de soi absolu.
Dans le don de soi, il existe une mesure pour mesure. Lorsque l’homme a abîmé la sainteté, il a livré son âme aux forces du mal. Par conséquent, la seule réparation possible est que l’homme se reprenne lui-même et redonne son âme au Saint béni soit-Il. Cette réparation, nous la voyons également dans l’épisode des filles de Midyan. La seule manière d’arrêter l’épidémie fut lorsque Pin’has se dévoua totalement, et par cela il sauva le peuple d’Israël. C’est précisément le secret que le saint Zohar nous enseigne : dans un tel cas, la prière des Tsadikim ne peut pas aider ; il faut précisément une grande Téchouva fondée sur le don de soi.
Il existe beaucoup de personnes qui ont des souffrances dans leur vie, et malgré le fait qu’elles essaient de se renforcer et de faire Téchouva, cela reste très difficile pour elles, et elles ne comprennent pas ce qui se passe. Mais elles doivent comprendre que leur Téchouva se trouve précisément dans cette grande difficulté qu’elles traversent. Lorsqu’on cherche une voie de Téchouva facile, il n’y a alors aucun véritable don de soi. Dans ce cas, l’homme doit “reprendre son âme” — cette âme qu’il avait séparée et arrachée de l’attachement au Saint béni soit-Il pour la livrer aux forces du mal. À présent, il doit l’arracher de nouveau et la rattacher au Saint béni soit-Il.
C’est cela une grande Téchouva, qui éveille l’union suprême et produit une abondance provenant d’une source supérieure. Grâce à cela, une grande abondance sera déversée sur l’homme dans tous les mondes, et tout reviendra à sa juste place dans la paix…




