Question : « Dans notre génération remplie d’épreuves, je me demande parfois si ce ne serait pas mieux d’éviter de trop “enfermer” nos enfants et au contraire de leur montrer les réalités du monde. Afin qu’ils soient en quelque sorte “immunisés” contre toutes les choses inappropriées qu’ils rencontreront un jour et qui auront alors moins d’influence sur eux. Car si, pour les protéger, on leur ferme l’accès à ces choses, est-ce qu’elles ne risquent pas d’avoir plus tard une influence plus forte sur eux… ? »

Réponse du Rav Boyer :

La réponse, avec l’aide du Ciel, nous la trouvons dans l’épisode des explorateurs. Les explorateurs étaient pourtant les princes de leurs tribus, des hommes de très grande importance. Et pourtant, ils partirent en mission, et ce qui arriva, arriva : ils décrièrent la Terre d’Israël. Ici, nous nous demandons : est-il possible que de tels hommes aient fauté ? Comment une telle chose a-t-elle pu se produire ? “Si la flamme a atteint les cèdres, que diront les herbes qui poussent sur le mur ?”

Dans le livre Sia’h Its’hak, il est rapporté, au nom de Rabbi Israël Salanter, un principe extraordinaire concernant les forces de l’âme humaine. L’âme de l’homme est constituée de plusieurs couches. Certaines sont plus extérieures et plus visibles, tandis que d’autres sont plus profondes et davantage dissimulées. Parfois, il existe chez une personne une certaine sensibilité à un sujet particulier, mais celle-ci réside dans une couche très profonde de son âme. Tant que cette personne ne rencontre pas ce sujet dans sa vie, c’est comme si cette sensibilité n’existait pas pour elle. Mais au cours de sa vie, si elle entre en contact avec ce domaine qu’elle n’avait jamais connu auparavant, soudain cette réalité remonte des profondeurs et se révèle dans les différentes couches de l’âme. À ce moment-là, la personne se trouve dans un très grand danger. Les forces opposées qui existent en elle commencent à s’agiter, et elles peuvent la faire chuter. 

Le livre donne comme exemple le fait que l’on voit de nombreuses personnes qui sont assises à étudier et qui n’ont aucun rapport avec le monde extérieur. Et voici qu’un jour, ils décident de conclure une certaine affaire, et soudain, en un instant, ils entrent dans le monde des affaires et de l’argent, et oublient complètement le monde de la Torah. La raison en est que l’attrait de l’argent était dissimulé profondément dans les couches de leur âme. Tant qu’ils étaient simplement assis à étudier la Torah, ils n’avaient aucun contact avec ce désir, et ils parvenaient donc à lui résister. Mais au moment où ils ont agi et rencontré le monde de l’argent et des affaires, ce désir est remonté à la surface et a totalement pris le contrôle d’eux.

C’est exactement ce qui est arrivé aux explorateurs. Ces princes portaient, au fond de leur âme, une lutte intérieure liée à la recherche des honneurs. Mais puisqu’ils étaient déjà les chefs de leurs tribus et jouissaient de leur statut, ainsi que des Nuées de Gloire qui les entouraient dans le désert, ils n’avaient jamais été confrontés à une situation où quelqu’un leur refusait les honneurs qui leur étaient dus. Ils purent donc se maintenir dans leur fonction de chefs. Cependant, lorsqu’ils arrivèrent en Terre d’Israël et se préparèrent à y entrer, ils comprirent soudain qu’une fois installés dans le pays, ils ne seraient plus chefs, et que leur prestige leur serait retiré. C’est alors que le penchant pour les honneurs commença à s’éveiller en eux. Il remonta progressivement, sans contrôle, jusqu’à les faire tomber, entraînant également tout le peuple d’Israël dans les pleurs injustifiés et dans tout ce qui est relaté dans la Paracha de Chéla’h Lékha

Nous apprenons de cela une leçon pour la vie : tant que l’enfant ne voit pas certaines choses et ne sait pas ce qu’il n’a pas besoin de savoir, il demeure simplement tranquille, étudie et se comporte comme il convient. 

Même s’il rencontre ces choses plus tard dans sa vie, il sera déjà plus mûr, et peut-être bénéficiera-t-il aussi d’une plus grande aide du Ciel, selon l’enseignement de nos Sages : “J’ai créé le mauvais penchant et J’ai créé la Torah comme son remède” (Kidouchin 30b).  Mais si, à D.ieu ne plaise, l’enfant est déjà exposé dès son jeune âge à certaines choses, il est certes possible qu’il ne s’agisse pas de domaines liés aux racines de son âme, et peut-être que cela ne l’influencera pas tellement. Mais si cela touche aux racines mêmes de son âme, qui sait ce qui peut arriver ? 

Et en réalité, des adolescents nous ont raconté que leur grande chute avait commencé par des choses tout à fait insignifiantes. Nous connaissons des histoires difficiles de parents qui ont emmené leurs enfants dans certains endroits ou leur ont acheté certaines choses et ces petites choses ont éveillé en eux des forces qui les ont finalement conduits à une chute très profonde, à D.ieu ne plaise.

C’est pourquoi nous ne pouvons pas prendre un risque aussi grand. On ne peut pas dire que si l’on donne à un enfant certaines choses ou qu’on l’expose à de nouveaux concepts, son âme en ressortira peut-être immunisée et qu’il sera ainsi “protégé” contre les expériences futures. Cela n’existe pas ! 

Nous devons suivre les directives des grands maîtres d’Israël. Ils constituent la plus grande protection, même lorsqu’ils te disent que la droite est la gauche et que la gauche est la droite. Nous devons nous protéger et nous préserver, à l’image de Noa’h qui entra dans l’arche et s’y enferma. Il n’a pas cherché d’autres navires ni d’autres solutions ; il a simplement fait ce qui lui avait été ordonné. Nous apprenons de la Paracha de Chéla’h Lékha combien il faut veiller avec le plus grand soin sur l’âme. Ce dont l’homme n’a pas besoin, qu’il ne l’achète pas ; là où il n’a pas besoin d’aller, qu’il n’y aille pas ; ce qu’il n’a pas besoin de voir, qu’il ne le regarde pas ; et ce qu’il n’a pas besoin d’entendre, qu’il ne l’écoute pas.

Ainsi, il se protège d’une confrontation avec les forces cachées de son âme. Et selon le chemin que l’homme souhaite emprunter, on le conduit depuis le Ciel ; et celui qui vient se purifier reçoit de l’aide…