Question : « Chaque fois que je fais une remarque à mon enfant sur son mépris des Mitsvot ou autre sujet, il n’y prête presque aucune attention. Par exemple, mon fils de 13 ans et demi qui est en Yéchiva continue à rester allongé sur son lit alors que le temps de la lecture du Chéma’ va presque passer. Et quand j’essaie de lui expliquer, ça ne l’intéresse absolument pas. Ce n’est pas seulement pour les Mitsvot mais aussi de manière générale, dans le cadre familial : mes enfants ignorent ce que je dis et me répondent parfois avec insolence. Que puis-je faire dans une telle situation ? ».

Réponse du Rav Boyer : 

La réponse, avec l’aide du Ciel, nous la trouvons dans la Paracha de Bé’houkotaï. Cette Paracha conclut le livre de Vayikra, qui est le livre des sacrifices — le rapprochement vers le Saint béni soit-Il — et se termine par des réprimandes et des malédictions. Dans les livres saints, il est expliqué que l’âme de l’homme est construite sur deux piliers : l’un à droite et l’autre à gauche. Du côté droit, se trouve la qualité de bonté (‘Hessed), dont l’intériorité est l’amour et l’extériorité, le don. Du côté gauche, se trouve la qualité de rigueur (Guévoura), dont l’intériorité est la crainte et l’extériorité, la maîtrise. C’est ce que nous disons dans la prière : « Unifie notre cœur pour aimer et craindre Ton Nom » — ce sont les deux piliers sur lesquels l’âme s’appuie.

Au début de la vie, on construit le pilier droit de l’âme. On aime l’enfant, on lui donne et on agit avec lui avec bonté. Cette construction se fait de telle sorte qu’au fil des années, l’enfant apprend lui-même à aimer et à donner. Cependant, lorsqu’on arrive au second pilier, celui de la crainte, beaucoup de parents ne savent pas comment le construire et l’activer correctement. Le Steipler, de mémoire bénie, disait qu’il faut éduquer les enfants à la récompense et à la punition. Cela ne signifie pas, à D.ieu ne plaise, qu’il faut effrayer les enfants, mais ils doivent savoir qu’il y a une justice et un juge. Plus les enfants grandissent, plus on les renforce dans la foi que tout vient de Hachem et que tout est pour le bien. C’est une conduite juste, qui est véritablement une obligation. Beaucoup de parents craignent d’introduire la notion de punition dans leur manière d’éduquer leurs enfants. En cela, ils portent atteinte à la construction du pilier gauche de l’âme de l’enfant. Il ne faut pas effrayer les enfants ni les gronder, mais simplement leur expliquer que, de même que le Saint béni soit-Il donne de bonnes choses, ainsi Il sait aussi punir.

C’est ce que nous enseigne la Paracha de Bé’houkotaï : « Si vous marchez dans Mes lois — Je donnerai vos pluies en leur temps », mais « si vous rejetez Mes lois » — combien de réprimandes et de malédictions y a-t-il, à D.ieu ne plaise. Ce sujet doit constituer une base pour tout le domaine de l’éducation. Dès le plus jeune âge, il faut éduquer les enfants à la crainte du Ciel. À un stade très précoce, ce n’est pas quelque chose qu’il faut répéter sans cesse aux enfants, mais ils doivent savoir que cela existe. Parfois, il arrive qu’un événement se produise à la maison et que l’enfant entende ses parents dire : « Oh, qu’est-ce qui nous est arrivé, nous devons faire Téchouva. » De là, l’enfant comprend qu’il faut relier toute chose au Saint béni soit-Il et au service de Hachem. Ainsi, l’enfant grandit avec son pilier gauche également construit solidement. Cette compréhension amène l’enfant à écouter et à obéir à ses parents. Il comprend et sait qu’il a des parents très bons, mais qu’en plus, il y a à la maison une autorité et une discipline. S’il se comporte de manière inappropriée, il doit savoir qu’il devra en rendre compte (bien entendu, pas avec dureté ni avec une sévérité excessive, mais ce n’est pas le sujet ici).

Lorsque les parents éduquent l’enfant en lui montrant qu’il existe deux aspects, il grandit naturellement avec deux piliers sains de l’âme. Mais si les parents éduquent l’enfant uniquement sur un seul aspect, on ne peut pas s’étonner que, lorsqu’il arrive à l’obligation de la Torah et des Mitsvot, il n’ait aucun problème à transgresser parfois des interdits de la Torah. Cela vient du fait qu’il lui manque la dimension de la crainte ; il ne sait pas ce que cela signifie réellement, car on ne lui en a jamais parlé. Peut-être que, de temps en temps, on lui a crié dessus en disant que Hachem punit, ou bien lorsqu’il lui arrive quelque chose de mauvais on lui dit que c’est ce qu’il mérite… mais justement, ce type de discours pousse l’enfant à se rebeller. 

La bonne manière est d’éduquer l’enfant sous forme d’enseignement. Lui expliquer qu’il y a une justice et un juge, comme le Saint béni soit-Il a puni les Égyptiens, comme Il a puni les habitants de Sodome, comme Il a puni les gens de la génération de la tour de Babel, comme on le voit de nombreuses fois dans les prophètes. Il faut comprendre ce principe et son importance dans la construction des deux piliers de l’âme. Avec le temps, cette conduite instille chez les enfants la crainte du Ciel, et alors les Mitsvot se manifestent aussi : « Honore ton père et ta mère », et « chacun doit craindre sa mère et son père ». Les enfants apprennent simplement à faire attention à l’honneur de leurs parents.

Revenons et soulignons encore qu’il est interdit d’éduquer les enfants avec dureté par la dimension de la crainte. À ce sujet, Rabbi Zousha d’Anipoli expliquait les paroles de nos Sages : « ceux qui craignent la faute seront méprisés » (Sota 49b) — dans les derniers temps, celui qui essaiera de changer les gens par la seule dimension de la crainte sera rejeté. 

La manière juste d’éduquer est par l’enseignement et l’explication…