Le sujet que nous allons aborder maintenant est la question du respect des parents à l’époque de l’Ikveta Démechicha (les pas du Machia’h). Nos Sages disent, dans les prophéties relatives à la Délivrance (Sota 49b), qu’à la fin des temps : « l’insolence augmentera… le fils outrage son père, la fille se dresse contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère, les ennemis de l’homme seront les gens de sa propre maison, etc. » Nos Sages, dès leurs premières descriptions de la fin des temps, ont touché à la question de l’éducation. C’est une épreuve extrêmement difficile, et la grande question est : comment transmettre à la jeune génération une Mitsva aussi importante et aussi essentielle que : « Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent », et Rachi souligne : « Si tu les honores, tes jours se prolongeront ; sinon – ils se raccourciront. »
Dans les livres saints, il est rapporté que c’est là l’épreuve de cette génération, et qu’à la fin des temps, il y aura une confrontation très intense autour de ce sujet. C’est pourquoi il faut se poser et réfléchir : que peut-on faire pour amener la jeune génération à comprendre l’importance de l’accomplissement de cette grande Mitsva du respect des parents ? Il existe plusieurs manières d’aborder ce défi, et nous tenterons, avec l’aide de D.ieu, d’éclaircir les choses, peut-être réussirons-nous à amener la jeune génération à accomplir cette Mitsva et à mériter une longue vie et de longues années…
Pourquoi l’enfant voudrait-il honorer son père ?
C’est un sujet très complexe. Nous voyons à quel point les parents se soucient de leurs enfants, surtout de nos jours, où ils leur donnent tout sans limites : ils les élèvent, les éduquent et même les marient ; ils ne leur refusent pratiquement rien. Et pourtant, on observe un phénomène de plus en plus répandu où le fils se dresse contre son père. Quelle est la racine de ce comportement ?
L’explication est liée aux premières années de la vie de l’enfant.
Lorsqu’un enfant vient au monde, il arrive directement d’un monde spirituel, un monde où il voit d’un bout du monde à l’autre, un monde où l’ange lui enseigne toute la Torah. Et voilà qu’il est accueilli dans notre monde matériel, où il n’a la capacité de rien faire. Au début de sa vie, le nourrisson dépend entièrement de son environnement, car il est totalement incapable de subvenir à ses propres besoins. Effectivement, l’entourage commence à s’occuper de lui et à prendre soin de lui, et plus l’enfant reçoit, plus se développe en lui le concept appelé le « moi ». Le Saba de Kelm disait : « Les Grecs appellent cela égoïsmos » — c’est l’ego de l’homme. Mais il existe une grande différence entre les générations passées et la nôtre. Dans les générations précédentes, il y avait pénurie et restriction des ressources ; l’enfant ne recevait que le strict nécessaire, et encore, pas toujours. Aujourd’hui, en revanche, il existe une abondance mondiale sans précédent, et les enfants reçoivent constamment tout, absolument tout : des friandises, des jouets, des vêtements et tous les autres besoins et désirs. En conséquence, le « moi » de l’enfant grandit sans aucune limite.
Certes, en raison de la fragilité des âmes de notre génération, la méthode éducative actuelle consiste à donner à la jeune génération autant de chaleur et d’amour que possible. Mais cette influence contribue aussi à faire grandir le « moi » de l’enfant. De ce « moi » découle une force puissante : la force du Ratson (la volonté). Ainsi, les volontés de l’enfant ne cessent de grandir, et lorsqu’il n’obtient soudain pas ce qu’il veut, il se dresse fermement, avec son « moi », contre son environnement.
Du point de vue de la Torah, ce comportement est défini simplement : de mauvaises qualités de caractère. Il apparaît malheureusement que cet enfant a acquis des traits de caractère négatifs qui résident dans son cœur. Dans Pirké Avot (2,9), il est rapporté que Rabbi Yo’hanan a dit… À ses élèves, il dit : « Allez et voyez quelle est la voie droite à laquelle l’homme doit s’attacher », et Rabbi Elazar répondit : « Un bon cœur ». Rabbi Yo’hanan dit alors : « Je vois que les paroles d’Elazar ben Arach englobent les vôtres, car dans ses paroles, se trouvent les vôtres. »
Les qualités du cœur sont le fondement et la racine
Lorsqu’il y a dans le cœur de l’enfant beaucoup d’ego, il ne voit absolument pas son entourage. Il ne fait qu’engendrer sans cesse de nouveaux désirs et, lorsqu’ils ne sont pas satisfaits, il se dresse contre son père. Il ne veut tout simplement pas que l’on lui dise quoi que ce soit qui aille à l’encontre de sa volonté. « Yéchouroun s’est engraissé et a rué » (Dévarim 32,15), « J’ai élevé des fils et je les ai fait grandir, et eux se sont rebellés contre Moi » (Yéchaya 1,2). Lorsqu’on comprend que la racine du manque de respect de l’enfant envers son entourage est l’ego — parce qu’il est occupé et enfermé uniquement en lui-même — on peut aussi savoir comment faire face à l’éducation des enfants. Mais cela doit se faire à un très jeune âge, car lorsque l’enfant grandit, cela devient déjà très difficile, et presque impossible.
Habituer l’enfant au fait qu’il n’obtient pas tout ce qu’il veut
Rabbi Samson Raphaël Hirsch, de mémoire bénie, disait que si jusqu’à l’âge de deux ans, on éduque et on habitue l’enfant à l’idée qu’il existe une volonté supérieure à la sienne, et qu’il doit plier sa volonté devant son environnement, cette habitude l’accompagnera toute sa vie. Il saura toujours qu’il y a quelqu’un au-dessus de lui et qu’il doit en tenir compte. Cela signifie que l’on inculque à l’enfant la nécessité de la considération envers autrui, et cela avant même de parler de la question du respect des parents. Il faut ici souligner que nous ne parlons pas de briser la volonté de l’enfant par des menaces, de la violence ou autre, mais simplement de l’habituer à la discipline à la maison — le tout dans le respect, avec des règles et un cadre, selon le principe de « la gauche repousse et la droite rapproche ». Ainsi, l’enfant comprend qu’il ne peut pas faire tout ce qui lui passe par la tête. Il ne s’agit pas d’écraser sa volonté, mais de lui faire comprendre qu’il existe une autre volonté au-dessus de la sienne, qui le guide. Cependant, si les parents n’ont pas réussi jusqu’à l’âge de deux ans à éduquer l’enfant à plier sa volonté devant une volonté supérieure, alors on entre dans une toute autre forme de confrontation. Rabbi Samson Raphaël Hirsch explique que jusqu’à l’âge de deux ans on éduque, et qu’après cela on commence à réparer les défauts de l’éducation. Après l’âge de deux ans, l’ego devient déjà des traits de caractère négatifs, et même à un âge aussi jeune, l’enfant est dominé par ses désirs. Le Rav Hirsch explique que le parent lui-même a souvent du mal à travailler sur ses propres traits de caractère ; comment pourrait-on exiger cela d’un jeune enfant ? D’autant plus que, dans de nombreux cas, c’est le parent lui-même qui a amené l’enfant à cette situation… En réalité, beaucoup de parents ne sont pas conscients de leur part de responsabilité dans les traits de caractère de l’enfant, ni de l’importance de son éducation au début de la vie. Ils n’ont tout simplement pas su l’éduquer durant les deux premières années, et en conséquence, l’enfant s’est habitué à recevoir tout ce qu’il veut et à faire tout ce qui lui plaît.
Le Gaon et juste Rabbi Aryeh Shechter, de mémoire bénie, raconta un jour un souvenir de son enfance. Son père, Rabbi Yaakov, faisait partie des proches du ‘Hazon Ich. C’était un grand commerçant, un soutien de la Torah et un homme très craignant D.ieu. Dans leur maison, régnait une relative aisance pour l’époque. Un jour, les enfants rentrèrent à la maison du Talmud Torah pour le repas de midi, et voici que sur la table se trouvait une assiette sur laquelle il y avait trois poires. À cette époque, les poires n’étaient pas courantes en Terre d’Israël, et cette vision était quelque chose de rare. Comme le racontait le Steipler, de mémoire bénie, à propos de son enfance : lorsqu’une pomme arrivait dans leur bourgade, tous les enfants accouraient pour voir ce grand prodige. Bien entendu, ils n’auraient même pas osé imaginer la possibilité de manger cette pomme… Rabbi Aryeh raconta que la mère dit aux enfants qu’après avoir terminé leur repas, ils mériteraient de recevoir les poires et d’en manger. Mais à la fin du repas, la mère prit les poires de la table et les rangea dans l’armoire. Lorsque les enfants lui demandèrent pourquoi et pour quelle raison, la mère expliqua qu’elle voulait les éduquer et leur apprendre que l’on ne doit pas toujours désirer tout ce que l’on voit. Ce n’est que lorsqu’elle vit que les enfants avaient compris le message qu’elle sortit les poires et les leur donna.
C’est ce type d’éducation qu’il faut donner aux enfants dès leur plus jeune âge : on n’obtient pas tout ce que l’on veut. Ainsi, l’enfant s’habitue au fait que parfois on lui dise aussi « non », et il apprend à plier sa volonté devant celle de ses parents. Par la suite, il en viendra également à les respecter, et jamais il ne se dressera contre eux. Mais des parents qui donnent tout à leurs enfants et ne leur refusent jamais rien abîment tout simplement les fondements de leur éducation…
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