“J’ai pas la force...”. Ça nous arrive à toutes de le penser et on se gêne de moins en moins de le dire. Mais, comme mon amie Tsiona me l’a raconté, dans certains cas, ça vaut la peine de se bouger !

Aujourd’hui, il fait beau à Jérusalem, c’est encore l’été, il n’est pas 10h du matin qu’il fait déjà une douce chaleur dehors. C’est une journée idéale pour… rester chez moi à ne rien faire !

C’est bien sûr à ce moment que mon téléphone se met à sonner... C’est mon amie Tsiona, qui est aussi joyeuse que matinale : “Ilana, devine quoi ? Le Rav dont je t’avais parlé organise un cours de Torah ce matin, dans la synagogue de mon quartier. Il faut absolument que tu viennes l’écouter, tu vas voir, ce qu’il enseigne est très fort et en plus, il est très drôle !”

- Tsiona, “j’ai pas la force”.

- Mais allez, fais un effort, tu ne sais pas qui on peut rencontrer sur la route ou même dans le cours ? La journée est pleine de promesses !

- Ecoute, j’ai la flemme, ok ? Une prochaine fois si tu veux, mais là, j’ai du mal à me bouger chez moi, alors sortir, prendre le bus pour te rejoindre ? Je ne sais pas comment tu fais toi pour avoir autant de motivation.

Mais Tsiona n’accepte pas cette apathie au nom de la baisse d’énergie. Elle sort de sa manche sa dernière carte et me dit : “Laisse-moi te raconter une petite histoire et tu comprendras mieux pourquoi j’insiste. Est-ce que je t’ai dit que mon grand frère Jonathan vit encore à Marseille avec sa famille ? Même si ma sœur Yaffa et moi sommes toujours restées proches de lui depuis notre Aliyah, ce n’est pas souvent qu’il a la possibilité de voyager. Figure-toi qu’il y a quelque temps, mon frère m’appelle et nous annonce que son meilleur ami Yoram va marier sa fille aînée et que le mariage aura lieu à Jérusalem...

- Mes sœurs, je n’ai pas la possibilité de voyager à Jérusalem pour la ‘Houppa, mais je compte sur vous pour me représenter auprès de mon meilleur ami ! Vous verrez, ça lui fera très plaisir que vous fassiez le déplacement ! 

Bien sûr qu’on peut rendre ce service à notre frère. On accepte sans retenue ! 

Sauf que les semaines passent et que cette histoire de mariage nous sort de la tête ! Jusqu’à ce que je reçoive un jour un appel paniqué de ma sœur : 

- Tsiona, je viens de jeter un coup d’œil à mon calendrier et le mariage de la fille de Yoram c’est ce soir ! On fait quoi ?

- Oh là là ! J’ai complètement zappé ! Yaffa, j’ai pas la force d’y aller.

- Oh là là, ça m’embête, on avait promis à Jonathan ! Allez, viens Tsiona, on y va quand même !

- Je sais, j’ai honte, mais j’ai la flemme de ressortir ce soir. 

- Ecoute, on y passe que pour une heure. Et tu sais quoi ? Dis à ta fille de nous accompagner, je vais dire à la mienne de venir et on passe vous prendre !

Et c’est comme ça qu’à la dernière minute, on se retrouve à se pomponner et on file dans la voiture.

Ma fille et ma nièce, comme beaucoup d’ados israéliennes de 19 ans, passent tout le trajet à répéter en boucle "Ein Li Koa'h…" (“j’ai pas la force” en hébreu). Une expression qui s’est répandue comme une épidémie chez toute la jeune génération (mais bon, la preuve que les mamans non plus ne sont pas épargnées).”

“Et alors ?”, je demande à Ilana. Je ne vois pas très bien comment ma flemme d’aller assister à un cours de Torah avec elle a un lien avec son histoire.

“Mais attends !, me répond-elle en riant. Tu vas comprendre. Donc, on se rend au mariage avec ma sœur, ma fille et ma nièce. Après la ‘Houppa, on part saluer la famille de Yoram, le père de la Kalla. Il est tellement touché que nous soyons ce soir les ambassadrices de notre frère, qu’il insiste pour nous présenter à toute sa famille !

Et c’est à ce moment que la sœur de Yoram a repéré ma nièce. Elle est allée plus tard voir ma sœur Yaffa et lui a dit : “Si votre fille cherche à se marier, j’ai peut-être quelqu’un pour elle”.

En fait, elle parlait de son propre fils ! Je te passe les détails, mais le garçon et la fille se sont rencontrés, se sont vus plusieurs fois, et, d’ici quelques semaines, Bé’ézrat Hachem, nous assisterons à leur mariage !

Si elle s’était écoutée à dire : “j’ai pas la force”, est-ce qu’elle aurait rencontré son mari ce soir-là ?

Aujourd’hui, on se fatigue plus vite et c’est devenu plus dur de trouver la motivation, surtout pour s’associer aux événements de la vie des autres. Mais ce n’est qu’une arme secrète de notre mauvais penchant, du Yétser Hara’.

Parce qu’en fait, quand quelque chose de bon est en route, le Yétser Hara’ se déguise en paresse pour nous stopper dans notre lancée.

- Alors maintenant que tu as écouté mon histoire Ilana, qu’est-ce que tu en dis ?”

- La première arrivée au cours garde une place à l’autre ! 

Depuis ce jour, grâce à la belle histoire de mon amie Tsiona, dès que j’entends une petite voix dans ma tête dire “j’ai pas la force”, vous pouvez être sûre que je vais redoubler d’efforts pour me bouger !

Qui sait combien de bénédictions m’attendent une fois que j’aurais passé la porte de chez moi ?

Béhatsla'ha à toutes !

Témoignage reçu de Ilana F.