Question d’une internaute : Bonjour, je suis jalouse de ma meilleure amie. En fait nous étions toutes les deux célibataires au-dessus de 35 ans et on se "serrait les coudes" par rapport à notre situation. Mais elle s'est fiancée il y a 3 mois avec un garçon merveilleux et je suis tellement jalouse ! Je me dis "pourquoi elle et pas moi ?!". Je m'en veux d'éprouver ce sentiment, mais moi je suis seule !!! En fait, je me sens encore plus seule qu'avant ! Comment sortir de cela ?

Réponse de Mme Nathalie Seyman

Au sein d’une époque où il est plus que jamais difficile de démêler le faux du vrai, l’authentique du superficiel, et où l’on ne sait jamais si le chemin que nous avons pris est le bon, l’amitié peut être une véritable oasis de réconfort, un bijou à conserver précieusement. Elle est source de joie, de solidarité, de moments de complicité et participe activement à l’estime de soi. Les amies se serrent les coudes face à l’adversité et osent être elles-mêmes sans faux semblant lorsqu’elles sont ensemble. Mais pour cela, faut-il s’assurer qu’il s’agit bien d’une amitié saine qui nous apporte un véritable bien-être et non une relation toxique source de jalousie et d’angoisse.

Origine de cette jalousie

Nous sommes tous jaloux de temps en temps, c’est un fait. Il est humain d’avoir envie d’obtenir de la vie autant que les autres, de réussir aussi bien, ou d’avoir autant de qualités. Et ce n’est pas toujours un sentiment totalement négatif. Tout dépend de son origine et de son intensité.

Donc, en priorité, il faut que vous vous posiez cette question pour comprendre ce que vous ressentez réellement : est-ce de l’envie ou de la jalousie ? Enviez-vous son statut de femme fiancée ? Est-ce plutôt de la tristesse par le fait que son amitié va à présent être partagée ? Ou bien est-ce l’homme qu’elle a choisi que vous convoitez ? Vous comprenez bien que toutes ces possibilités ne sont pas au même stade de gravité.

Une fois que vous avez compris l’origine de votre malaise envers votre amie, il va falloir que vous décidiez ce que vous voulez faire de cette jalousie.

- Soit ce sentiment va vous emmener vers le chemin dangereux et mauvais de l’aigreur, de la complainte ou, plus loin, vers l’interdit, en empêchant (par maints moyens) votre amie d’être heureuse.

- Soit vous déciderez de faire de ce sentiment une impulsion positive. C’est-à-dire qu’il va vous permettre de comprendre ce dont vous avez vraiment envie dans la vie et d’avancer dans ce sens. Il va vous booster et vous obliger à ne pas stagner dans votre statut d’amie, mais à chercher à vous construire. C’est d’ailleurs pour cela que la jalousie existe dans notre nature. Elle doit nous donner envie de devenir quelqu’un de meilleur.

Le Talmud enseigne : « Le monde ne peut exister sans la jalousie », car, sans elle, nous n’aurions aucune ambition. Tout dépend si l’on décide de l’utiliser comme moteur ou comme arme.

Que révèle la jalousie et quelles conséquences ?

Quelle que soit son intensité, la jalousie est synonyme de malaise et peut être considérée comme un précieux baromètre. Elle nous renseigne ainsi sur nos besoins (affectifs, financiers…), notre état d’esprit actuel et notre façon de gérer nos émotions. Mais elle nous renseigne aussi et surtout sur la relation amicale en question. La jalousie peut alors révéler une situation de rivalité, plus ou moins consciente, ou encore une relation dominant/dominé, qui peut être très toxique pour l’une comme pour l’autre.

D’un point de vue plus spirituel, le Talmud nous enseigne que la jalousie naît d'un manque de foi. Il est vrai que si chacun était convaincu du bienfondé de ce qu’Hachem nous donne, et que ce que nous souhaitons vraiment, nous l’aurons en temps et en heure, alors il n’y aurait pas de jalousie.

La jalousie peut être source de conflit et conduire à faire des choses qui nous dépassent. Elle peut même, dans certains cas, être carrément destructrice. Pour celui qui la ressent, car en se focalisant sur le bonheur de l’autre, il finira par s’oublier lui-même, ou, plus grave, risquer d'en venir à détester l'autre et à lui souhaiter du mal. Et pour celui qui la subit, en ressentant la culpabilité d’avoir accès à ce que l’autre n’a pas. Le tout peut finir par détruire des amitiés très précieuses et de longues dates.

Conseils

- Bon, tout d’abord, déculpabilisez ! Même si ce n’est pas bien, c’est humain. Le principal, comme je vous l’ai expliqué, c’est ce que vous allez faire de ce sentiment négatif. Et le fait que vous admettiez que vous êtes jalouse est déjà une avancée en soi. Cela prouve que vous êtes une femme courageuse, qui se connait elle-même et qui est donc tout à fait capable de s’en sortir par elle-même.

- Posez-vous les bonnes questions sur l’origine de votre jalousie et sur sa légitimité. Bien analyser la situation est très important, car c’est en y répondant que vous trouverez les solutions.

- Exprimez-vous ! La jalousie révèle souvent une peur : peut-être craignez-vous de perdre l’amitié de votre meilleure amie ? Parler de ce qui vous met mal à l’aise et de votre peur d’un changement dans votre relation, car communiquer permet de crever l’abcès et de désamorcer une situation pesante. Et qui sait, votre amie éprouve peut-être des sentiments similaires.

- Agissez ! Vous avez découvert ce qui vous manque via cette jalousie, donc pour obtenir satisfaction et fierté personnelle, il faut s’en donner les moyens. Cette entreprise demande de l’énergie et du courage, alors n’hésitez pas à solliciter le soutien de votre amie. Elle est aussi là pour ça, et votre relation s’en trouvera renforcée.

- Si, malgré tout un travail personnel sur vous-même, vous n’arrivez pas à dépasser ce sentiment de jalousie, alors il vaudra mieux s’éloigner de votre amie. Peut-être est-ce un signal que la relation n’est pas saine et qu’il vaut mieux, pour l’une comme pour l’autre, que vos chemins se séparent.

- Renforcez votre Émouna (foi en D.ieu). Appréciez tout ce qu’Hachem vous a donné et soyez convaincue qu’Il va vous envoyer exactement ce dont vous avez besoin pour être heureuse. Chacun a son Mazal, celui de votre amie n’enlève rien du vôtre. Soyez persuadée que, dans peu de temps Bé’ézrat Hachem, vous serez aussi heureuse qu’elle l’est.

Le bonheur est au bout du chemin, de votre chemin…

Béhatsla’ha.

Si vous avez une question à poser à la psy, envoyez un mail sur l'adresse suivante entrefemmes@torah-box.com. Mme Seyman essaiera d’y répondre et la réponse sera diffusée de façon totalement anonyme.