Question d’une internaute : "Ma fille approche les 13 ans. Elle a tout pour être heureuse, mais elle n'est satisfaite de rien ! À la maison, elle se plaint de ne pas faire ce qu'elle veut. À l'école, elle est passionnée par certaines matières (le dessin et le sport, par exemple), mais le reste ne trouve aucun intérêt à ses yeux et, du coup, elle ne s'investit pas du tout et ses notes sont faibles (comme en maths ou en physiques). Elle dit aussi que les parents de ses amies leur mettent moins de limites et les gâtent beaucoup plus que nous, et que, du coup, ses amies sont plus heureuses qu'elle. Dès qu'on l'amène faire une activité (restaurant ou autre), elle reste sur son téléphone en ayant l'air complètement blasée de tout... Le pire, c'est qu'elle a deux petits frères de 8 et 10 ans et elle n'arrête pas de dire qu'elle aurait préféré qu'ils n'existent pas du tout !!! Bref, j'ai beau lui expliquer qu'elle devrait être heureuse, rien ne change."

Réponse de Mme Nathalie Seyman

Ce n’est un secret pour personne : l’adolescence est une zone de turbulences. Elle ne bouleverse pas seulement les adolescents, mais aussi leur entourage et, en premier lieu, leurs parents. Confrontés à leur enfant qu’ils ne reconnaissent plus, dont le caractère ne correspond pas à ce qui lui a été transmis, qui ne s’entend plus avec aucun membre de la famille, ceux-ci se voient désorientés et vivent dans la peur de passer à côté d’un problème. À partir de quand faut-il s’inquiéter et surtout comment réagir ?

L’adolescence et l’éternelle insatisfaction

Il existe un décalage entre ce que les adolescents vivent, ce qu’ils sont et ce qu’ils disent. Savoir interpréter leurs contradictions est déjà une étape dans la communication. L’abandon de l’enfance se fait petit à petit par un désinvestissement de l’adolescent de ses premiers objets d’amour, qui ne sont autres que ses parents. Il les aime de tout son cœur, mais il se sent obligé de se « détourner » d’eux par toute une série de moyens (bouderie, insatisfaction, solitude, mutisme, violence parfois…) afin de prendre son envol et de faire son chemin vers l’âge adulte. Ce travail intérieur entraîne chez lui des sentiments de culpabilité, mais aussi de détresse. De culpabilité, car il sait qu’il blesse ses parents, et de détresse, car, bien qu’il ressente le besoin de s’en détacher, il reste un enfant qui a besoin de ses parents.

Par son insatisfaction permanente, l’adolescent oblige son entourage à s’occuper de lui et, en même temps, il leur échappe et sauvegarde son autonomie, puisqu’il les met en échec en un cycle sans fin. Grâce à ce stratagème, il garde ses parents près de lui tout en les maintenant à bonne distance.

Si les parents se laissent faire ou se font complices d’une relation dans laquelle ils donnent trop d’importance à essayer de satisfaire leur adolescent, le piège risque de se refermer, c’est-à-dire que l’enfant risque de trouver une satisfaction dans cette insatisfaction.

Une époque qui n’aide pas

De nos jours, il semble y avoir de plus en plus d’enfants insatisfaits. Pourtant, les moyens sont tellement supérieurs à ceux du siècle dernier qu’on peut s’interroger sur ce phénomène. Peu importe ce qu’ils ont, peu importe les efforts des parents pour leur en donner toujours plus, toujours mieux, ils semblent impossibles à satisfaire. Certains enfants possèdent des iPhones, des iPads, des pièces entières remplies de jouets, ont déjà visité de nombreux pays, mangé dans de nombreux restaurants… Même dans le contexte difficile de crise économique, la réalité est que les parents d’aujourd’hui préfèrent se priver plutôt que de refuser quoi que ce soit à leurs enfants.

Comment vaincre cette insatisfaction ? Nous croyons à tort que, plus nous leur en donnons, plus ils seront heureux. Mais il n’y a rien de plus faux. Plus nous leur en donnons et plus ils en voudront ! Le problème est que, si les enfants n’ont pas conscience de la valeur de ce qu’on leur donne, alors ils ne peuvent pas être heureux.

Nous pouvons comparer cela à nous en tant que Juifs. Si nous sommes incapables d’être conscients de ce qu’Hachem nous donne chaque jour, de tous Ses bienfaits dans notre vie, même les plus simples (avoir 2 bras et 2 jambes, par exemple), alors nous ne pourrons jamais être heureux. Et il est important de faire comprendre cela à nos enfants, dès le plus jeune âge. Et comment pouvons-nous inculquer à nos enfants la bénédiction d’être satisfaits de leur sort lorsque nous-mêmes passons nos journées à en vouloir toujours plus ? L’exemple est la méthode la plus puissante d’éducation. Positivons donc afin d’apprendre à nos enfants à être toujours positifs.

Mes conseils

- Votre fille a besoin de savoir réapprécier les choses et donc de les désirer réellement, d’en avoir envie suffisamment longtemps pour les apprécier une fois qu’elle les obtiendra. Et pour apprécier quelque chose, il faut avoir fourni les efforts nécessaires pour l’obtenir : en patientant, en travaillant, ou en payant. C’est ce qui permettra de déterminer la valeur (monétaire, morale ou sentimentale) d’un bien, d’un objet ou d’une action. Donc, par le fait même de l’apprécier à sa juste valeur !

- Ne vous laissez pas déstabiliser par la comparaison de votre fille avec ses copines, premièrement parce qu’il s’agit d’une stratégie comme une autre d’obtenir ce qu’elle souhaite, et deuxièmement, personne ne sait ce qu’il se passe dans une famille, donc on ne peut faire aucune conclusion sur les autres.

- Montrez votre enthousiasme pour tout ce que vous faites. Montrez-lui l’exemple d’être heureux de ce que l’on a. Plus elle vous verra satisfaite de vos choix, plus elle aura, très certainement, envie de vous suivre. C'est une réaction assez fréquente chez les pré-ados de vouloir imposer leurs goûts et de dénigrer ceux de leurs parents, de montrer qu'ils ont une personnalité et qu'ils vivent au temps présent et non au nôtre.

- Concrètement, il ne faut pas donner à l’adolescent tout ce qu’il demande : par exemple, il n’a pas besoin d’un téléphone dernier cri s’il ne parvient pas à gérer son temps entre son téléphone et sa famille. Votre fille sera très certainement déçue, mais elle ne vous aimera pas moins pour autant !

- Pour l’école, essayez de ne pas trop vous inquiéter. L’adolescence est un moment particulièrement difficile et, pour la plupart des enfants, cela se ressent dans leur travail scolaire, vous n’êtes vraiment pas la seule dans ce cas. Il ne faut pas être trop sur son dos. Montrez à votre fille que vous avez confiance en elle. Elle a besoin du regard positif que vous posez sur elle, il est très important, même indispensable, elle s’en servira pour construire sa personnalité.

- Focalisez-vous sur les activités qui l’intéressent et non sur celles qui ne l’intéressent pas, participez avec elle. Il faut mettre l’accent sur les matières dans lesquelles elle est douée, ça l’aidera à construire une estime positive d’elle-même.

- Au sujet de ses frères, ne vous focalisez pas trop sur ce qu’elle dit, car si vous accordez trop d’importance à ses mots, ils auront plus de poids qu’ils n’en ont vraiment et cela risque d’entacher la relation de la fratrie. Elle a besoin de s’éloigner de tout ce qui fait d’elle une enfant, et ses frères en font partie. Tout disparaitra lorsqu’elle aura trouvé sa place.

- Soyez patiente, tout va s’arranger. Elle sait très bien qu’elle est heureuse, mais elle veut provoquer chez vous la bonne réaction. La mauvaise serait de culpabiliser, la meilleure est de rester patiente, bienveillante, mais de ne pas céder.

À l’intention des parents qui continueraient à se culpabiliser à l’idée qu’ils ne sont pas parfaits : pour devenir adultes, vos enfants ont besoin de se détacher de vous et, pour un temps, de vous rejeter. C’est donc une chance pour eux que vous ne soyez pas parfaits. Si vous l’étiez, ils ne pourraient jamais prendre leur envol et devenir des adultes accomplis…

Béatsla'ha !

Si vous avez une question à poser à la psy, envoyez un mail sur l'adresse suivante entrefemmes@torah-box.com. Mme Seyman essayera d’y répondre et la réponse sera diffusée de façon totalement anonyme.