La veille de mon mariage, j'ai écrit cette lettre. Un message intime, glissé en secret, pour confier à ma chère maman ces mots d’amour, de gratitude et de regrets que je n'ai jamais su exprimer de vive voix. Cette lettre est un hommage à toutes les mamans, qui s'investissent à chaque instant pour leurs chers enfants...
Maman,
Je t'écris ce soir, parce que demain matin, pour la première fois depuis vingt et un ans…
Je ne serai pas dans mon lit.
Et je sais que, demain matin, tu vas quand même te réveiller à l'heure habituelle.
Tu vas peut-être passer devant ma chambre.
Peut-être même que tu vas vouloir ouvrir ma porte pour voir si je dors encore.
Et puis tu vas te rappeler.
Je ne suis plus là.
Maman, je ne sais pas comment on fait pour quitter la maison où on a grandi.
Parce que pendant vingt et un ans, j'ai cru que cette maison était simplement ma maison.
Je n'avais pas compris que c'était toi.
C'était toi qui savais, rien qu'à ma façon de fermer une porte, si quelque chose n'allait pas.
Toi qui reconnaissais mes pas dans le couloir.
Toi qui venais me voir quand je disais « ça va », alors que ça n'allait pas du tout.
Toi qui laissais parfois la lumière allumée pour que je n'aie pas peur.
Toi qui me préparais quelque chose à manger, même quand je t'avais répondu sèchement cinq minutes plus tôt.
Toi qui te souvenais de ce que j'aimais, de ce qui me blessait, de ce qui me faisait peur…
Même quand moi-même, je ne savais plus très bien qui j'étais.
Et tu sais quoi, Maman ?
Je ne t'ai presque jamais remerciée.
Je croyais que c'était normal.
Normal que tu m'attendes.
Normal que tu t'inquiètes.
Normal que tu te lèves la nuit quand j'étais malade.
Normal que tu saches où j'avais posé mes affaires, que tu retrouves ce que j'avais perdu, que tu penses à ce dont j'aurais besoin avant même que j'y pense.
Pardon, Maman, pour toutes les fois où je t'ai trouvée trop présente.
Pour les fois où je t'ai dit que tu ne comprenais rien.
Pour les « laisse-moi tranquille » que tu as reçus alors que, quelques années plus tôt, je ne voulais pas que tu me lâches la main.
Je ne savais pas encore que grandir, parfois, c'est repousser celle dont on aura toujours besoin.
Je sais que tu es heureuse pour moi…
Et qu'une partie de ton cœur se préparait à me laisser partir.
Je ne sais pas encore quelle maman je serai.
Je ne sais pas si je saurai faire aussi bien.
Mais je sais une chose.
Le jour où mon enfant me dira qu'il n'a plus besoin de moi, je penserai à toi.
Et je me rappellerai que tu as vécu ce moment avant moi.
Que tu m'as appris à marcher pour que je puisse partir.
Que tu m'as appris à être forte pour que je puisse affronter le monde.
Et que tu m'as tellement aimée…
S'il te plaît…
Demain matin, ne sois pas trop triste en passant devant ma chambre.
Et si je te manque…
Appelle-moi.
Même si tu n'as rien à me raconter.
Et je veux que tu saches que, même si maintenant je porte une alliance…
Même si j'ai un mari, une maison, une vie à construire…
Il y a une place dans mon cœur que personne ne prendra jamais.
Elle est à toi.
Pour toujours.
Je t'aime, Maman.




