Juste après la sortie d’Egypte, les Bné Israël arrivent devant la mer Rouge, après six longs jours de marche. Tandis que tout le peuple se tient devant le rivage, ils semblent très angoissés. En effet, ils sont coincés entre une mer déchaînée qui se trouve devant eux et, derrière eux, des Egyptiens qui courent à leur poursuite pour les tuer !

Alors, D.ieu donne à Moché un ordre qui semble impossible à réaliser : « Parle aux enfants d’Israël et qu’ils avancent. »[1] L’ordre avait été donné d’avancer, mais où vont-ils aller ? Alors qu’ils sont en train de débattre sur la question, certains pensent à rebrousser chemin, d’autres pensent à aller se battre contre les Egyptiens, tandis que d’autres prônent l’immobilisme.

Soudain, un fracas terrible secoue toute la terre, et les eaux de la mer se séparent pour laisser apparaître la terre ferme : D.ieu ouvre miraculeusement la mer, sauvant ainsi le peuple juif, et noyant, par la même occasion, ses ennemis qui s’étaient lancés à leur poursuite.

Sur les rives de la Mer Rouge, les juifs entonnent tous en coeur la Chirat Hayam, un chant improvisé et inspiré par une sorte de prophétie commune, exprimant leur gratitude à Hachem et la joie qu’ils ressentaient à ce moment-là.

Lorsque Moché et son peuple concluent leur chant, il se passe quelque chose d’inattendu : « Et Myriam, la prophétesse, sœur d’Aaron, prit dans sa main le tambourin, et toutes les femmes la suivirent avec des tambourins et des danses. Et Myriam leur répondit : “Chantez l’Éternel...” »[2]

Mais d’où venaient ces tambourins ? Avaient-elles trouvé des instruments de musique dans la mer, comme par miracle ?

En fait, les femmes avaient amené ces tambourins avec elles en quittant l’Egypte.

C’est étonnant ! En effet, souvenez-vous : lorsque les Juifs quittèrent l’Égypte, c’était dans la précipitation la plus totale, à tel point qu’ils n’eurent pas le temps de laisser la pâte de leur pain lever. Et pourtant, les femmes, dans ce moment de hâte, qui aurait pu donner lieu à la panique, ont pensé à prendre une chose qui leur paraissait essentielle : leurs instruments de musique.

Ces instruments de musique ont une histoire : elles les avaient déjà préparés des années auparavant, car elles savaient pertinemment que viendrait le jour où elles chanteraient et loueraient leur D.ieu pour le miracle de leur délivrance. On dit même que plus leurs vies devenaient obscures, et plus leur foi se renforçait.

Du fond de leur misère, ces femmes ne perdirent jamais espoir : « Les femmes vertueuses de cette génération croyaient profondément que le Saint béni soit-Il ferait pour elles des miracles, et elles avaient emporté des tambourins d’Égypte. »[3]

Voici la leçon fondamentale que nous donnent ces femmes : lorsqu’on anticipe un miracle, on provoque le miracle.

On raconte l’histoire d’un rabbin qui a demandé aux juifs de sa ville de jeûner et de prier afin que la pluie tombe. Cela faisait effectivement plusieurs mois qu’aucune goutte de pluie n’était tombée, et cette sécheresse menaçait toute la communauté entière d’une famine. Il institua donc une journée de jeûne au cours de laquelle les juifs de la ville se rassemblèrent pour prier tous ensemble dans la synagogue et implorer D.ieu pour la pluie. Le matin de ce jour si spécial, tout le monde se rassemblait, mais le rabbin ne semblait pas vouloir commencer la prière. Ils commencèrent à s’agiter, et, finalement, il monta sur l'estrade et dit : “Rentrez chez vous ! Nos prières ne serviront à rien !”. Les hurlements commencèrent à se faire entendre dans la synagogue quand le rabbin poursuivit : “Vous vous êtes rassemblés aujourd'hui pour demander à Hachem de faire tomber la pluie, mais je vois qu’aucun d’entre vous n’est venu avec… un parapluie ! Si nous ne sommes pas confiants, nous ne serons pas non plus méritants... ”

C’est par le mérite des femmes qui ont cru en la délivrance et qui l’ont matérialisé par un acte concret que nous avons mérité de sortir d’Egypte.

Comment le savons-nous ? En fait, la majorité des juifs ne sont jamais sortis d’Egypte : ils ont péri en Egypte. Pourquoi n’ont-ils pas mérité de sortir ? Selon le Midrach, c’est parce qu’ils avaient perdu tout espoir d’en sortir un jour… Ils pensaient que D.ieu les avait abandonnés.

Au final, seuls 20% des juifs ont gardé espoir. Grâce à qui ? Grâce à leurs femmes.

Après des journées de travail épuisantes, les femmes avaient encore la force de se faire belles pour leurs maris. À la nuit tombée, les femmes se faufilaient dans les champs où ils se trouvaient, leur apportant un repas chaud. Elles faisaient aussi chauffer de l’eau pour panser leurs blessures. Elles avaient des paroles douces et apaisantes : « Ne perdons pas espoir. Un jour, nous sortirons de cet esclavage. D.ieu nous a promis qu’Il nous délivrera. » De nombreuses femmes conçurent des enfants lors de ces visites, donnant ensuite naissance aux enfants qui allaient assurer la continuité du peuple Juif.[4]

Ce n’est pas seulement les femmes de cette génération qui ont eu la force de garder l’espoir alors que tout semblait désespéré. Nous avons également cette force aujourd’hui après 2000 ans d’exil. A nous de provoquer le miracle par un acte concret !

Dans les armoires des femmes qui croient vraiment à la Guéoula finale, se trouve toujours une robe mise de côté. Cette robe a été mise en réserve pour le jour où Machia’h viendra. Alors, si ce n’est pas encore votre cas : à vous de jouer !

Maintenant, vous avez compris le message, grâce aux tambourins, nous sommes sortis d’Egypte; et grâce à notre robe mise de côté, nous mériterons la délivrance finale. Amen !


[1] Chémot (14,15)

[2] Chémot (15,20)

[3] Rachi ibid.

[4] Midrach Tan’houma