“Au revoir Pharaon ! Et à tout jamais !”

Moché et Aharon prennent congé de Pharaon : ils ne reviendront plus jamais au palais royal, et c’est la dernière fois qu’ils voient ce sinistre monarque. Ils sortent de la ville pour se diriger vers l’endroit propice pour communiquer avec D.ieu. Et là, en chemin, D.ieu leur apparaît pour leur enseigner la toute première Mitsva (commandement) qu’ils devront transmettre au peuple juif : la sanctification de la nouvelle lune.

Le soleil est tout juste en train de se coucher et D.ieu demande de lever les yeux au ciel.

-       Que voyez-vous ?

Moché hésite, il n’est pas sûr de savoir de quoi il s’agit…

-       Euh, la lune ?

-       Exactement, Moché.

-       Mais, Hachem, elle est toute petite…

-       C’est justement la forme qu’elle doit avoir pour pouvoir la sanctifier.[1] Lorsque tu la verras dans cet aspect, Moché, tu sauras que c’est le moment approprié pour la sanctifier et pour proclamer le début du nouveau mois (Roch ‘Hodech).

Puis, Hachem transmet à Moché les secrets du calendrier hébraïque ainsi que les modalités pour fixer les années et les mois. Ce qui permettra aux Sages de toutes les générations de fixer le calendrier juif jusqu’à la fin des temps.

Hachem poursuit :

-       Moché, j’ai une question : penses-tu que la lune restera toujours ainsi ? Qu’elle gardera toujours le même aspect ?

-       Normalement, non, elle va croître, jusqu’à être “pleine”.

-       Qu’en tires-tu comme leçon ?

-       Nous aussi, parfois, nous nous sentons petits… et pourtant, à l'instar de la lune, nous allons grandir. Nous allons nous renouveler. Et même peut-être allons-nous atteindre la complétude, comme la lune ? Aujourd’hui, nous nous sentons petits. Demain, nous nous sentirons accomplis…

-       Tout à fait Moché. Va, et transmets ce message aux Bné Israël, au peuple juif. C’est le premier message que Je souhaite leur transmettre en tant que peuple.

Ainsi, la toute première Mitsva qui nous a été donnée en tant que juif est celle de Roch ‘Hodech, c’est-à-dire celle qui est liée au renouvellement. Si ce concept est le premier message qu’Hachem veut nous transmettre, c’est dire l’importance fondamentale que cela doit représenter dans notre vie.

Ah oui ? Est-ce si important de savoir se renouveler ?

Le plus grand piège qui nous guette dans la vie est peut-être celui de l’habitude. On peut pratiquer même l’intégralité des 613 Mitsvot, mais le faire de façon complètement automatique et dénuée de sens. C’est pourquoi, avant même de nous donner la Torah, Hachem nous donne une condition préalable, Il enjoint de toujours porter un regard neuf : “Je vous donne Ma Torah, Mon bien le plus précieux, et la première chose que Je vous demande, c’est de porter perpétuellement un regard neuf sur les enseignements et les commandements qui s’y trouvent”.

Porter un regard neuf sur la Torah, mais comment est-ce possible ? Nous lisons les mêmes passages d’année en année : la Paracha que je lis cette année, je l’ai déjà lue l’année dernière ! Si nous lisions le même roman chaque été, n’en serions-nous pas lassés à la fin ? C’est justement ce qu’il faut comprendre : les enseignements de la Torah sont autant de voies qui nous connectent à la sagesse d’Hachem. Or, Hachem étant infiniment grand, on a toujours de nouvelles choses à apprendre d’un passage, d’un verset, ou même d’une lettre de la Torah. Selon le Ari zal, chacune des 600 000 lettres constituant la Torah comporte elle-même 600 000 messages. C’est dire à quel point l’ensemble des enseignements que l’on peut apprendre de notre Torah est vertigineux… et une vie entière à la relire ne suffit pas à en saisir toute la grandeur.

Il en est de même concernant les Mitsvot : on peut allumer les bougies de Chabbath de deux façons : soit en disant “Vite, vite, quoi ? Il est déjà 18h ?? Olala, je suis toujours en retard, c’est pas possible !!” et courir pour prendre ses allumettes un peu de la même façon qu’on allumerait le gaz pour préparer des pâtes. Et puis, il y a celle qui est sensible au fait que, derrière ce geste simple, se cache une lumière infinie qui la dépasse. Même si elle ne comprend pas la totalité de la portée de son acte, elle va fermer les yeux, se concentrer, et dire à Hachem : “Merci de me donner cette chance de pouvoir allumer les bougies de Chabbath de semaine en semaine.”

De même, dans les relations humaines, Hachem nous enjoint de porter un regard neuf sur l’autre. En effet, à l’intérieur de chaque personne se cache un infini potentiel : la Néchama (âme). On a donc tous quelque chose à découvrir sur notre conjoint, nos enfants, et nous-mêmes. Si nous estimons ne plus rien avoir à découvrir sur notre conjoint, ou nous vanter de “le connaître par coeur”, ça serait bien triste. A l’inverse, si on comprend que, chaque jour, on va découvrir une nouvelle facette de sa personnalité, alors on lui ouvre la possibilité de se dévoiler à nous chaque jour sous un aspect encore différent. Et ainsi, grâce au regard que l’on porte sur l’autre, le couple va se renouveler de jour en jour.

De même, avec nos enfants : chaque enfant renferme en lui une petite Néchama précieuse qu’il va développer au fur et à mesure des années. Il va libérer son potentiel et s’étonner de découvrir tous les talents cachés qu’il a en lui. Mais si nous les enfermons dans des cases, nous les limitons à nos définitions. Si une mère s’exprime en disant : “Mon aîné, c’est un vrai intello, ma fille, c’est la gourmande, et mon dernier ne fait que des bêtises”, il y a de fortes chances que, quelques années plus tard, à l’âge adulte, vous retrouviez les mêmes profils identiques. Ils n’ont pas réussi à se défaire de l’image enfermante véhiculée par leur mère. A l’inverse, une mère qui aurait l’intelligence de dire à son fils “intello” : “Mon fils, souviens-toi que tu ne te résumes pas juste à un bon bulletin scolaire. Ton être va bien au-delà de ça. Et tu as toute la vie pour le découvrir...”, cet enfant se découvrira peut-être une fibre artistique ou une sensibilité à la musique, et il saura qu’à l'intérieur de lui se cachent encore des talents à l’infini, qu’il saura mettre au service du monde et de D.ieu.

C’est ce que nous nous souhaitons : toute comme la lune qui se renouvelle de mois en mois, que nous ayons le mérite de renouveler le regard que l’on porte sur notre Torah, sur nos proches, et sur nous-mêmes.

C’est ce qui permettra d’alimenter continuellement notre flamme, nos émotions spirituelles, et veiller à ce que la flamme de notre cœur ne s’éteigne jamais.



[1] Rachi, Chémot (12,2)