“Maman, si tu me punis, ça veut dire que tu ne m’aimes pas !” Cette réplique, tellement typique de nos enfants, préfigure dans notre Paracha sous une forme légèrement différente.

Le 1er Chevat, quelques semaines avant de quitter ce monde, Moché reprend l'ensemble de la Torah devant le peuple d'Israël, passant en revue les événements qui ont jalonné un voyage de 40 années dans le désert. Il les encourage à observer la Torah en Erets Israël, la terre que D.ieu leur a donnée en héritage éternel, mais dans laquelle Moché, lui-même, ne rentrera jamais…

En tant que leader sensible, Moché a analysé leurs expériences les plus difficiles et a tiré d'importantes leçons de vie pour l'avenir. Il revient notamment sur le rapport des explorateurs qui a conduit le peuple au désespoir et entraîné le décret divin à la suite duquel toute la génération de la sortie d'Egypte a péri dans le désert.

De quelle façon Moché rappelle-t-il cet épisode ? “Vous avez parlé calomnieusement dans vos tentes. Vous avez dit : D.ieu nous a fait sortir du pays d'Egypte parce qu'Il nous hait ! [Il veut...] nous détruire !"[1] Essayons de comprendre ce qui se cache derrière cela.

"D.ieu nous déteste”, déploraient-ils. Et c’est une chose terrible de dire, n’est-ce pas ? Et pourtant, lorsque l'histoire des explorateurs s'est déroulée en temps réel, la Torah ne mentionne pas du tout une telle accusation radicale ! Voici comment leur réaction est décrite en temps réel : “Pourquoi l'Éternel nous mène-t-Il dans ce pays-là, pour y mourir ?”[2].

Donc Moché ne se contente pas de répéter l'histoire, il ajoute un nouvel élément à cet événement ! Comment peut-il se permettre une telle chose ? D’où se permet-il d’inventer que les Bné Israël ont dit que D.ieu les déteste ?

Selon Rachi, Moché voulait leur dire : « Il vous aimait, mais vous L’avez haï. Comme le dit un dicton populaire : “Ce que tu ressens vis-à-vis d’une personne, tu lui attribues ces mêmes sentiments envers toi”. »[3]

En fait, explique Moché, c'était vous qui étiez en colère contre Hachem ! Afin de masquer votre ressentiment envers Lui, vous avez projeté cette haine sur Lui. En surface, les Juifs ont senti que D.ieu les avait détestés, même rejetés. Mais en fait, de façon inconsciente, les Bné Israël ont ressenti de la colère envers D.ieu pour leur avoir promis une terre qui semblait impossible à conquérir. Ils se sont dit : “D.ieu s’est moqué de nous, Il nous a fait miroiter en nous promettant quelque chose impossible à avoir, pourquoi nous a-t-il déçu à ce point ?”

C’est vrai qu’ils ont vu des choses effrayantes en Erets Israël (des “habitants géants” et des “fruits d’une taille monstrueuse”), ce qui les a beaucoup découragés et les a fait douter... Et dans le fond, on pourrait se demander pourquoi Hachem a agencé les choses de façon à ce qu’ils voient une facette d’Israël tellement effrayante ? Hachem aurait pu faire en sorte qu’ils ne voient que de beaux paysages avec des habitants souriants et des fruits savoureux, n’est-ce pas ? Le Or Ha’haïm Hakadoch répond : “C’était pour qu’ils se rendent compte qu’ils ne pourront pas la conquérir touts seuls par leur pouvoir et leur force, mais seulement grâce à [l’amour que leur porte] Hachem.”[4]

En fait, D.ieu les aimait et voulait leur montrer Son amour infini en leur montrant une terre impossible à conquérir selon les règles de la nature, mais que, malgré tout, Il leur permettra d’acquérir au delà de toute logique.

Et, malheureusement, ils ont manqué de confiance en Lui, et c'est la raison pour laquelle ils sont passés à côté de cette occasion unique dans leur vie…
Combien de belles occasions manquons-nous aussi au cours de notre vie juste par manque de confiance en D.ieu... ? Combien de cadeaux repoussons-nous, car nous doutons de l'amour que D.ieu nous porte... ?

Moché nous transmet ainsi un message d’une valeur intemporelle : D.ieu nous aime, même si nous sommes en colère, pleins de ressentiment envers Lui. En fait, l'amour de D.ieu est inconditionnel, peu importe notre comportement ou notre ressenti vis-à-vis de Lui. Cette pensée n'est pas seulement réconfortante, c'est un outil thérapeutique d’une puissance infinie.

En effet, combien de fois ressentons-nous cela dans notre vie ?

Parfois, la vie est décevante ou même douloureuse, nous accusons immédiatement D.ieu : “Hachem, Tu ne m’aimes pas ?!”. Mais en fait, Hachem n'a rien contre nous. En fait, Il veut nous dire : “Accroche-toi bien à Moi et Je te ferai réussir tout ce qui te paraît insurmontable”. Encore faut-il que nous Lui fassions confiance. Mais pour cela, il faut une condition : être convaincu de l’amour infini qu’Il nous porte.

Chaque fois que l’on se trouve face à un défi individuel, il ne faut pas remettre en cause l'amour de D.ieu envers nous. Le mieux est de se rappeler des moments de notre vie où nous avons essuyé des échecs ou des déceptions qui ont finalement conduit à un dénouement encore plus positif que si nous avions obtenu immédiatement ce que nous avions souhaité. D’ailleurs, dans ce genre de cas, on dit : “Gam Zou Létova” (“ça aussi, c’est pour le bien !”). La valeur numérique du mot “Zou” est 13, afin de nous rappeler que tous les événements de notre vie, même les plus décevants, proviennent des 13 attributs de miséricorde d’Hachem. 13 est aussi la valeur numérique de “E’had" “un", pour signifier qu'il n'y a qu'une seule force qui régit le monde : Hakadoch Baroukh Hou. C’est Lui qui se cache derrière chaque événement de notre vie, et c'est par amour qu’Il nous met parfois face à certaines difficultés. Parfois, c’est vrai que D.ieu a des projets surprenants, voire décevants pour nous. Mais Il veut que nous ayons une vie où nous surmontons l'adversité, où nous choisissons et grandissons. Car Il veut que nous ayons une vie réelle, significative et enrichissante, que nos vies brillent de transcendance, de Emouna (foi en D.ieu) et de sainteté.
Quand nous sommes capables de réaliser que D.ieu nous aime, malgré les déceptions dans notre vie, alors soudain, l’amertume commence à fondre dans notre coeur. Les circonstances peuvent rester douloureuses, mais la colère commence à se dissiper. Si nous pouvons vivre et ressentir que D.ieu nous aime d’un amour infini, réciproquement, nous alimenterons notre amour pour Lui, et c'est cet amour doublé d'une confiance en Lui qui sera source de délivrance.

“Il n'y a rien de plus entier qu'un cœur brisé”, disait le Rabbi de Kotzk. C’est vrai que notre coeur est parfois brisé par des ressentis négatifs, mais ne vous inquiétez pas, c'est comme ça que l’amour d’Hachem peut y pénétrer, et s’y installer durablement, et pour toujours.

Basé sur Likouté Si’hot (Rabbi de Loubavitch) vol. 34, p.17 et suivantes


[1] Dévarim (1:27)

[2] Bamidbar (14,3)

[3] Rachi sur Dévarim (1,27)

[4] Or Ha’haïm Hakadoch Bamidbar (13,2)