Le 7 ’Hechvan est l’une des dates clés du mois. C’est à partir de ce jour que nous commençons à demander la pluie. Par ailleurs, dans la Parachat Noa’h, que nous lisons dès le début du mois, nous découvrons un enseignement fondamental sur l’importance de l’unité.
À propos de la génération de la dispersion, la Torah rapporte : « Voici, ils forment un seul peuple… et maintenant, rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils avaient projeté… » (Béréchit 11, 6). Le Zohar tire de ce verset une leçon primordiale : si des hommes aussi mauvais ont pu s’appuyer sur leur solidarité pour mener à bien leur projet, combien plus grande est la puissance de l’unité lorsqu’elle est mise au service du Créateur !
La A'hdout donne aux enfants d’Israël la force de s’élever, de construire le Beth Hamikdach et de faire résider la Chékhina ici-bas.
Cette unité au sein du peuple commence en réalité dans nos propres maisons. Elle commence entre un mari et sa femme.
Un foyer peut être composé de deux personnes très différentes, avec des caractères, des sensibilités et parfois même des façons opposées de voir les choses. Pourtant, lorsqu’un homme et une femme se rappellent qu’ils font partie d’une même équipe, qu’ils construisent ensemble et qu’ils ont un objectif commun — faire de leur maison un lieu de Kédoucha, de Chalom et de Chékhina — leurs différences ne deviennent plus un obstacle. Elles deviennent une force.
Le dernier des enfants d’Israël
Nos Sages enseignent (Ta’anit 10a) que l’on attend le 7 ’Hechvan avant de demander la pluie, afin que « le dernier des enfants d’Israël » puisse avoir le temps de rentrer chez lui après le pèlerinage de Souccot.
Cette attente est étonnante ! En effet, la pluie est indispensable. Tout le monde en a besoin. Pourtant, l’ensemble du peuple est prêt à patienter, même pour une seule personne : celui qui est encore en chemin.
Quelle extraordinaire leçon ! Parfois, nous avons envie d’avancer, de régler un problème immédiatement, d’obtenir une réponse, de voir les choses évoluer. Et lorsque notre mari n’avance pas à notre rythme, nous pouvons avoir l’impression qu’il nous retarde.
Mais l’unité, c’est aussi savoir attendre l’autre. Attendre qu’il soit prêt. Attendre qu’il comprenne. Attendre qu’il ait les forces nécessaires.
Et parfois, simplement, accepter qu’il n’avance pas de la même manière que nous.
Le « dernier » n’est pas abandonné. Tout le peuple l’attend. Il ne devrait donc pas y avoir « celui qui avance » et « celui qui reste derrière », mais deux personnes qui progressent ensemble, en tenant compte du rythme de chacune. Et parfois, avancer ensemble signifie ralentir pour l’autre.
La pluie : une bénédiction qui a besoin d’un réceptacle
Le 7 ’Hechvan est le jour où nous commençons à demander la pluie.[1]
La pluie représente l’abondance matérielle, mais également l’abondance spirituelle. Nos Sages disent : « Il n’y a d’eau que la Torah. »
Nous demandons donc à Hachem de faire descendre sur nous tout ce dont nous avons besoin. Mais pour recevoir une bénédiction, il faut un réceptacle. Et l’un des plus beaux réceptacles de la Brakha est l’unité.
Nous pouvons demander à Hachem la Parnassa, la santé, la réussite de nos enfants, la satisfaction, l’aide du Ciel… Mais nous devons également construire le récipient capable de recevoir toutes ces bénédictions. Et ce récipient, c’est notamment le Chalom Bayit.
Chaque fois qu’une femme choisit de répondre avec douceur plutôt qu’avec colère, de renoncer à une remarque qui pourrait blesser, de regarder les qualités de son mari plutôt que ses défauts, de lui donner le bénéfice du doute ou simplement de lui faire comprendre : « Je suis avec toi », elle ne fait pas seulement preuve de gentillesse.
Elle construit. Elle agrandit le récipient de Brakha de sa maison.
Se renouveler pour le bien
Le mois de Mar ’Hechvan nous enseigne également l’importance du renouvellement.
Après les grands jours de Tichri, nous entrons dans un mois qui semble, à première vue, beaucoup plus ordinaire. Il n’y a ni fête ni jour particulier qui attire notre attention. Et pourtant, c’est précisément à ce moment-là que nous commençons à demander la pluie. Comme si Hachem nous disait : "Maintenant que les grandes fêtes sont terminées, fais descendre la sainteté dans ton quotidien."
Cela peut commencer au sein de notre foyer. Nous pouvons prendre sur nous une petite nouveauté. Une seule. Décider de faire davantage attention à notre manière de parler à la maison. Décider de ne plus faire une remarque à notre conjoint devant les enfants. Décider de lui exprimer une fois par jour quelque chose que nous apprécions chez lui. Décider de moins interpréter ses paroles et de davantage lui laisser le bénéfice du doute. Décider de nous souvenir, au moment d’une tension : « Nous formons la même équipe. » Ce sont peut-être de petites décisions. Mais les grandes maisons se construisent avec de petites briques.
« Comme un seul homme avec un seul cœur »
L’unité n’est pas l’absence de différences. L’unité, c’est choisir de ne pas laisser les différences détruire le lien. Dans un couple, il y aura forcément des moments de désaccord, de fatigue, d’incompréhension ou de frustration. La question n’est pas de savoir comment ne jamais les rencontrer. La véritable question est : que faisons-nous lorsque nous les rencontrons ?
Pouvons-nous nous rappeler que l’homme qui se trouve en face de nous est celui avec lequel nous avons choisi de construire ? Pouvons-nous chercher ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous sépare ? Pouvons-nous, parfois, être prêtes à « attendre le dernier des enfants d’Israël », c’est-à-dire à ralentir pour permettre à l’autre de nous rejoindre ?
Le 7 ’Hechvan nous rappelle que la pluie ne descend que lorsque nous sommes prêts à penser à celui qui n’est pas encore arrivé.
Et peut-être est-ce également l’un des secrets du Chalom Bayit : ne pas penser uniquement à ce dont j’ai besoin, mais également à ce dont l’autre a besoin pour pouvoir avancer avec moi.
Lorsque deux personnes se tournent dans la même direction, même si elles ne marchent pas exactement au même rythme, elles peuvent construire ensemble quelque chose de magnifique.
Puissions-nous mériter de faire régner dans nos maisons une véritable unité, une unité faite de respect, de patience, de compréhension et de bienveillance.
Que nos foyers deviennent des réceptacles pour toutes les Brakhot, et que la Chékhina puisse résider entre nous.
Et que, grâce à la A'hdout qui commencera dans chacune de nos maisons, nous méritions bientôt la A'hdout de tout le peuple d’Israël, la construction du Beth Hamikdach et la Guéoula, rapidement et de nos jours.
Amen.
[1] Les Séfarades remplacent, à partir de ce jour, le paragraphe Barekhénou par Barekh Alénou dans la 'Amida. Pour les Ashkénazes, on insère à partir de ce jour la phrase « Veten Tal Oumatar Livrakha Al Péné Haadama » dans le paragraphe de Barekhénou.




