Vous avez déjà sûrement entendu parler de Tamar, la belle-fille de Yéhouda, mais connaissez-vous Zoulai’ha, la femme de Potiphar ? La Paracha de Vayéchèv nous parle de ces deux femmes que tout oppose : si l’une est tel un ange, l’autre est tel un démon ! Qui sont-elles ? Et pourquoi la Torah parle de ces deux femmes quasiment en même temps, si tout les oppose tellement ?

Tamar était initialement la femme de Er, le fils de Yéhouda, mais celui-ci meurt jeune, laissant Tamar veuve. Puis, Tamar épouse Onan, le frère de son mari défunt, mais Tamar se retrouve une seconde fois veuve, car Onan meurt quelque temps après son mariage. À ce moment-là, Yéhouda aurait dû favoriser un mariage avec Chéla, son troisième et dernier fils, selon le fameux principe du lévirat, qui est la Mitsva pour le frère d’un défunt qui meurt sans avoir d’enfant, de se marier avec sa veuve.

Hélas, Yéhouda, voyant ce qu’il s’est passé avec ses deux premiers fils, est réticent à organiser un mariage entre Chéla et Tamar. Lorsque Tamar réalise que Yéhouda n'a finalement aucune intention de permettre ce mariage, elle prend son destin en main et décide de se mettre sur la route de Yéhouda et de le séduire, tout en veillant à dissimuler son visage, afin qu'il ne se rende pas compte de son identité. Elle tombe alors enceinte et, lorsqu’au bout de quelques semaines, sa grossesse devient visible, Yéhouda décrète qu'elle doit être condamnée à mort [1]. Alors qu'elle était sur le point d'être exécutée, elle a la preuve que Yéhouda est le père, car elle a gardé en gage trois de ses objets. Pourtant, elle refuse de l’humilier en public et dit simplement cette phrase : "Je suis enceinte du fait de l'homme à qui ces choses appartiennent. Examine, je te prie, à qui appartiennent ce sceau, ces cordons et ce bâton." Heureusement, Yéhouda admet la vérité et Tamar est acquittée. Elle donne naissance à deux jumeaux, Zéra’h et Perets, duquel descendront le roi David et, plus tard, le Machia’h.

Tamar était une convertie sincère et n’avait pour but que de mener une vie pieuse et spirituelle. Elle était une descendante de Chem, le fils de Noa’h, et était très belle, d’où son nom qui signifie en hébreu “palmier”, arbre réputé pour sa beauté [2]. Elle fait tout pour se lier à la famille de Ya’acov et, ainsi, rejoindre le destin du peuple juif. Le Talmud [3] nous relate même qu’elle a été prié sur le tombeau d’Avraham afin de mériter de se marier avec un de ses descendants et d’avoir une part dans la construction du peuple juif. C’est la raison pour laquelle elle a persisté à vouloir se marier une troisième fois malgré son double veuvage et qu’elle a décidé finalement de se tourner vers son beau-père, Yéhouda. Ses intentions étaient totalement désintéressées et elle était prête à se lier avec Yéhouda, qui était un homme bien plus âgé qu’elle, dans le seul but de donner une postérité à ses défunts maris et de participer à l’édification du peuple juif. [4]

Immédiatement après cette histoire, la Torah nous parle de Zoulai’ha, la femme de Potiphar, qui a jeté son dévolu sur Yossef. Elle est d’autant plus motivée qu’elle a lu dans les astres qu’elle aurait un jour des descendants commun avec lui ! Elle fait alors tout pour le séduire, jusqu’à changer de tenues trois fois par jour, porter des habits suggestifs et va même un moment proposer de le corrompre en lui proposant 1000 Kikar d’or ! Elle va finalement passer aux menaces, mais rien n’y fait, Yossef résiste… Un jour, alors que tout le monde était sorti de la maison, elle fait une tentative finale pour entraîner Yossef, qui va finalement s’enfuir. On connaît la suite, la femme de Potiphar affirme alors que Yossef a tenté de la séduire afin qu’il soit condamné à mort ! Grâce au témoignage favorable de la fille de Potiphar, il va “seulement” être jeté en prison, et, ce, pour douze longues années...

En apparence, Tamar et Zoulai’ha semblent être respectivement ange et démon. Et pourtant Rachi nous révèle que la réalité n'est pas si simple. Rachi nous révèle que de même que les motifs de celle-ci étaient purs, de même les motifs de celle-là. [5] Leurs intentions étaient aussi pures l’une que l’autre ! En fait, la femme de Potiphar avait des intentions tout aussi pures que celles de Tamar, de rejoindre la lignée de Ya’acov et de contribuer à l'édification du peuple juif. 

Comment une telle comparaison est possible ? Rachi met sur le même plan une femme pieuse comme Tamar, qui était prête à mourir pour ne pas embarrasser Yéhouda publiquement, et Zoulai’ha, une femme séductrice et redoutable qui essaye de mettre à mort Yossef, un homme innocent qui résiste à ses avances ?

Rav Yérou’ham Lebovitz explique au nom du Saba de Kelm [6] que la femme de Potiphar avait bien commencé avec de bonnes intentions similaires à celles de Tamar. Cependant, c’est lorsque leurs plans sont tombés à l’eau que les deux femmes ont montré, chacune, leur vrai visage. Lorsque Tamar a été condamnée à mort pour avoir transgressé les lois morales acceptées à cette époque, elle persiste à garder son intégrité jusqu’au bout en refusant de l'incriminer publiquement et a montré un comportement digne d’une femme ayant la crainte du Ciel.

En revanche, lorsque Yossef refuse les avances de Zoulai’ha, elle persiste dans son obsession qui, finalement, se transforme en volonté de débauche, d’accusation à tort, et donc de meurtre (puisque, sans le témoignage de sa fille, Yossef aurait été condamné à mort). Si elle avait maintenu la même grandeur que Tamar, elle aurait lâché prise et fait confiance au destin et aurait gardé sa dignité. Le plus incroyable est qu’effectivement, tel qu’elle l’avait vu dans ses prédictions, elle va avoir des descendants communs avec Yossef, mais à travers sa fille adoptive, qui va épouser Yossef et qui engendrera Ménaché et Ephraïm. Elle aurait pu être connue pour l'éternité comme la grand-mère de deux des douze tribus, mais elle va tout perdre et restera connue pour l'éternité comme une femme perverse ayant agi comme une traitre.

Les exemples de la femme de Potiphar et de Tamar nous enseignent une leçon importante. Parfois, on désire fortement quelque chose pour des intentions qui sont louables : un Chiddoukh qui représente un bon parti, un job flexible qui va nous permettre d’avoir le temps de nous réaliser spirituellement, un grand appartement qui va nous permettre d'accueillir des invités et des cours de Torah. On doit garder en tête que si nos plans ne se déroulent pas comme prévu, le mot d’ordre est de toujours garder nos principes et notre dignité et ne jamais nous abaisser à nous corrompre, à jouer de mensonge, trahison ou malhonnêteté, et, ce, même à des fins "positives". Tout ceci nous détruit et anéantit toutes les bonnes intentions qu’on aura eues au départ. Si Hachem veut que nous réussissions, notre intégrité ne nous privera jamais de ce que nous méritons de recevoir.

Sachons agir avec la grandeur et la dignité, même lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu, et qu’à l’instar de Tamar, que tous nos actes soient inscrits dans l'éternité de l’histoire d'Israël.

 

[1] Il la condamne parce qu'elle était interdite de relations, du fait qu'elle était, selon la loi juive, destinée à Chéla à travers la Mitsva de lévirat (Yiboum)

[2] Midrach Hagadol

[3] Sota 10a

[4] Comme Ruth avec Bo’az, qui est également la mère du Machia’h : toute la lignée du Machia’h est constituée de relations saintes et n’étant motivées que par des intentions pures

[5] Rachi sur Béréchit (39,1)

[6] Da’at Torah, Béréchit, p. 227-28