Qui est Dina ? Dina a été, parmi douze garçons, la seule fille de notre patriarche Ya'acov. On pourrait s’imaginer qu’une fille unique, parmi douze garçons, serait protégée par ses frères des personnes malveillantes. Et pourtant, notre Paracha va nous relater un événement tragique. Une nuit, alors que Ya'acov et sa famille campaient à Chekhèm, le gouverneur de la ville, Chekhèm ben ‘Hamor, amena des jeunes filles qui chantaient et jouaient du tambourin devant la tente de Ya'acov. Dina, attirée par la musique, se glissa en dehors de la tente pour aller à la rencontre des femmes locales.

Et c’est là que le drame arrive : lorsque Chekhèm vit Dina, il la kidnappa et la prit de force : il l'enleva et s'approcha d'elle en lui faisant violence.

Suite à cela, un fait étrange va se produire. Chekhèm, ce prince cruel et prédateur, qui n’avait aucun respect pour les femmes, va commencer à regretter d’avoir pris Dina de façon illicite et va même développer des sentiments tendres envers elle : Puis son cœur s'attacha à Dina, fille de Jacob; il aima la jeune fille et il parla à son cœur. Il va alors demander à Ya'acov la main de sa fille et lui promet même de lui offrir la ville et tous les terrains avoisinants en échange. Il était prêt à tout donner pour avoir le mérite d’épouser Dina : "Puissé-je trouver faveur auprès de vous ! Ce que vous me demanderez, je le donnerai”. [1]

Bien sûr, Dina n’acceptera jamais d'épouser son agresseur, mais néanmoins, on ne peut que s'étonner du changement de Chekhèm ! Comment un tel changement radical a pu se passer pour qu’un cruel personnage devienne fleur bleue ? Comment un tel changement est arrivé chez un homme aussi cruel ?

La réponse nous est donnée indirectement par le Midrach à propos d’un épisode survenant plus tôt. Alors que Ya'acov et ses fils étaient en voyage vers Erets Israël, il est écrit que Ya'acov est allé à la rencontre d’Essav avec ses femmes et ses onze fils. “Mais où était Dina ?”, demande Rachi. Voici sa réponse : Ya'acov l’avait enfermée dans une caisse verrouillée pour qu’Essav ne puisse porter ses regards sur elle. Et il a été puni pour l’avoir ainsi refusée à son frère. Peut-être l’aurait-elle ramené vers le bien ! Le Midrach rajoute : “Puisque Ya'acov a refusé d’être bienveillant vis-à-vis de son frère Essav en lui donnant pour épouse Dina, c’est pour ça que de telles souffrances vont être engendrées. Si Dina avait épousé Essav, elle aurait fait de lui un homme croyant.” [2] 

Il semble donc que Dina avait le pouvoir de provoquer le repentir même chez un homme aussi inhumain qu’Essav. Ya'acov ayant refusé à son frère une telle chance va donc être responsable de ce drame. La sévérité de ce jugement nous échappe complètement et, d’ailleurs, le Ram’hal cite justement ce passage pour illustrer qu’Hachem juge les justes avec une rigueur extrême. [3]

Néanmoins, ce Midrach nous donne un enseignement extraordinaire concernant Dina : elle avait le pouvoir de transformer Essav et de changer son comportement vers le bien. On voit d’ailleurs que même Chekhèm, un si vil personnage, a été transformé par le contact de Dina. C’est pourquoi il va regretter d’avoir fait preuve de violence envers elle et va même accepter de se circoncire et exiger que tous les hommes de la ville se fassent circoncire comme lui. Ce revirement de comportement est la preuve de la capacité de Dina d’influencer positivement.

Heureusement que le Midrach vient nous rassurer en nous disant que l’histoire ne s'arrête pas là. L’enfant qui va être conçu de cette union avec Chekhèm sera une petite fille nommée Osnat. Osnat épousera Yossef et, ensemble, ils auront deux enfants, Menaché et Éphraïm. Bien que ces fils aient été élevés en Egypte, terre de débauche, et aient grandi dans l’opulence, ils étaient tellement élevés sur le plan spirituel qu'ils surpassaient même leurs cousins ​​ayant grandi en Israël. Jacob accordera un traitement spécial aux fils de Yossef et Osnat, en les bénissant de la même manière qu'il bénira ses fils. Finalement, les fils de Yossef et Osnat mériteront de fonder leurs propres tribus, privilège qui était à la base réservé aux fils de Ya'acov et non à ses petits-enfants. [4]

C'est Osnat, la fille de Dina et de Chekhèm, qui va élever seule ses deux enfants prodiges en Egypte, en usant de la même capacité que sa mère d’influencer positivement. Ces deux enfants vont finir même par représenter de tels modèles pour le peuple juif que ce sont eux qui sont cités, depuis 3500 ans, chaque vendredi soir, lorsque les papas bénissent leurs fils. Ils mettent leurs deux mains sur la tête de chacun de leur fils et prononcent cette formule : “Yéssimkha Elokim Kéephraïm Vékhiménaché” “Que D.ieu vous réjouisse comme Ephraïm et Ménaché”.

La Torah nous illustre ainsi la capacité d’influence de Dina et de toutes les femmes d'Israël. Bien que ça soit dans un contexte ô combien douloureux, ce pouvoir peut être utilisé, et doit être utilisé dans des contextes positifs. A nous de nous armer de courage, d’espoir et de force pour utiliser notre capacité d’influence vers le bien, et surtout de souhaiter qu’il ne ressurgisse que dans des circonstances joyeuses !

 

[1] Béréchit (34,1-8)

[2] Béréchit (32,23) - Rachi sur place, Béréchit Rabba (76, 9)

[3] Messilat Yécharim (chap. 4)

[4] Yalkout Shimoni (134)