Quand les enfants d’Israël sortent d’Égypte, ils arrivent au Mont Sinaï pour recevoir la Torah. Le texte dit : « Israël a campé là, face à la montagne » (Chémot 19, 1). Dans le même verset, avant de dire « Israël a campé », il est écrit : « les enfants d’Israël… partirent de Réfidim et arrivèrent au désert du Sinaï, et campèrent dans le désert » (ibid. 1 et 2). Après trois verbes au pluriel, arrive un verbe au singulier : « Israël a campé là, face à la montagne ».
Rachi commente ce verbe au singulier : « Comme un seul homme, avec un seul cœur » (Rachi sur ce verset). Il précise : « Les autres stations étaient accompagnées de désordre, mais arrivé face à la montagne, le peuple est uni. » Avant de recevoir la Torah qui fera de lui un peuple unique, le peuple est uni. C’est cette spécificité qu’il faut comprendre et aussi regretter les déchirures actuelles qui ternissent l’image du peuple juif.
Expliquons d’abord ce rapport entre l’union (UN) et la particularité (UNIQUE). Le peuple d’Israël a un message à transmettre, depuis Avraham Avinou. Il expliquait à ses hôtes qu’ils devaient remercier le Créateur, le véritable propriétaire du monde. Avraham fut donc le premier à proclamer l’unité du Créateur. Au Temple de Jérusalem, certains sacrifices avaient pour but de protéger les nations. Les Sages disent que si les nations savaient l’importance des sacrifices pour elles, elles protégeraient le Temple pour qu’on ne le détruise pas. Le peuple juif doit être un véhicule de l’unité dans le monde.
Mais au-delà de ce rôle, de ce message unificateur, le peuple juif a le devoir, pour résister à ceux qui veulent l’éliminer, de rester intérieurement uni. Seules des communautés unies ont été florissantes, quand elles s’unissaient autour de la Torah. Ce fut le cas en Espagne où se développe une communauté florissante pendant 400 ans. En Europe orientale, en Lituanie, les communautés se développèrent autour de centres de Torah. Quand la Haskala (Lumières !) se développa, les communautés perdirent leur unité : ce fut la Réforme, puis l’assimilation. La force de « l’être juif » s’est toujours centralisée sur le développement de la Torah. En Europe occidentale, le Juif devient « israélite », expression employée dans les romans de Balzac, Romain Rolland, et Martin du Gard. Où était l’unité juive, la spécificité de ce peuple « unique » ?
Le danger fut plus grand quand le refus ou l’ignorance firent place à l’opposition. On n’est plus seulement étranger au patrimoine des générations, mais on lutte contre l’observance, contre le lien avec la tradition. Le danger est réel, que se créent aujourd’hui deux peuples en Terre Sainte : un peuple continuant la tradition de la spécificité juive, et un peuple étranger d’abord, hostile ensuite, au devenir historique d’Israël. Deux peuples se créent. Ne restant pas uni, le peuple n’est pas unique. Les livres sacrés sont déformés. On ne connaît pas la lecture rabbinique de la Torah, pour la remplacer par une lecture « scientifique » opposée à la lecture rabbinique. Ces principes sont ainsi enseignés, dès l’école primaire. L’ignorance, ensuite, entraîne l’opposition, et l’opposition conduit à la haine. Il ne faut, certes, pas accuser ainsi tout le monde non-religieux, mais les médias gonflent bien ce phénomène. En perdant sa foi, le peuple juif ne peut survivre, car l’oxygène qui le fait respirer, c’est l’attachement à la tradition. Il faut être conscient du danger, mais il nous appartient de relever le défi et de situer le débat, en soulignant les conséquences pour le maintien de l’être juif. La foi en un D.ieu créateur et omniprésent, l’observance, l’étude forment le ciment du peuple unique. Il doit, pour cela, être uni. Les déchirures actuelles sont inquiétantes, mais Israël a pour lui sa pérennité qui lui a permis de traverser les lieux et les époques. Refusons de voir les flots de la haine qui débordent aujourd’hui. L’amour de l’autre, le ‘Hessed, est la première qualité d’Avraham Avinou. Sachons voir l’AUTRE avec AMOUR, montrons-lui la beauté de la tradition, et maintenons ici l’unité du peuple unique, jusqu’à la délivrance, que nous espérons voir bientôt.






