Une décision venue de Londres a suscité dernièrement une vive controverse : le quartier londonien de Hackney a demandé à suspendre le jumelage conclu en 1968 avec la ville de ‘Haïfa. Le conseil municipal de cette localité estime que le maintien de ce lien n’est plus compatible avec « sa position sur la guerre de Gaza et les droits humains ». En Israël, c’est le choc ! Une polémique supplémentaire provient du fait que la maire avait initialement fixé la date du 7 octobre (!) comme date de rupture, mais que, face aux critiques, elle a finalement changé l’échéance.
En quoi consiste exactement un jumelage entre deux villes ? Il s’agit d’un accord de coopération conclu entre deux collectivités locales de pays différents. Les jumelages sont apparus en Europe après la Seconde Guerre mondiale pour favoriser la réconciliation entre les peuples, puis se sont étendus au monde entier. Un jumelage vise généralement à développer des échanges culturels, scolaires et économiques. Pour Israël, le jumelage constitue surtout un outil de diplomatie qui s’ajoute aux relations entre gouvernements. Il permet de rompre un certain isolement politique avec les Nations et de faire connaître la réalité israélienne. Sachons que l’on compte plus d’une centaine de jumelages internationaux impliquant des villes israéliennes, et quelque 42 communes françaises y sont impliquées.
Face à cette décision de rupture, Israël se trouve à la fois offusqué et inquiet, craignant un effet domino : d’autres municipalités pourraient être encouragées à faire de même sous la pression de campagnes militantes, et l’État hébreu se retrouverait encore plus isolé que jamais sur la scène internationale.
Bien sûr, on peut comprendre les sentiments du gouvernement israélien mais, d’un autre côté, on peut tout aussi bien ne pas s’en émouvoir outre mesure. En effet, depuis quelque temps déjà, à Londres comme dans beaucoup d’autres villes d’Europe, la culture dominante devient de plus en plus celle d’un radicalisme musulman qui n’est pas censé intéresser Israël. De plus, depuis le 7 octobre 2023, on condamne presque systématiquement cet État, sans lui donner la légitimité de se défendre. La ville de ‘Haïfa devrait, au contraire, être plutôt satisfaite de se débarrasser d’un jumelage qui, dans le fond, n’apporte pas grand-chose à ses habitants, si ce n’est du mépris de la part d’une civilisation en voie d’extinction.
Depuis longtemps, Israël se bat pour se faire sa place auprès des Nations : c’est peut-être le seul pays au monde à devoir justifier sa présence sur la terre de ses ancêtres, sa capitale n’étant généralement même pas reconnue. Le moment est peut-être arrivé de chercher dans son propre patrimoine, si riche, des réponses aux grandes questions liées à son identité et à son destin particuliers.
Pour cela, une forme de jumelage intéressante serait de lier toutes les villes d’Israël avec celle de Jérusalem, qui possède beaucoup de quartiers riches en Torah, synagogues, maisons d’étude et centres de ‘Hassidout : Baït Végan, Ramot, Ramat Chlomo, Sanhédria, Har Nof, Méa Ché’arim, Boukharim, Romema, Cha’aré ‘Hessed, Guéoula… Voilà une liste non exhaustive de ces quartiers dans lesquels une vie juive est véritablement ressentie. Une telle initiative permettrait à tous les citoyens israéliens de connaître la richesse de nos valeurs et, parallèlement, de bien réaliser l’inconsistance de tous les jumelages que l’on connaît aujourd’hui.





