Le 12 août 2026, des millions de personnes ont observé une éclipse solaire totale, notamment visible depuis certaines régions du Groenland, de l’Islande et de l’Espagne, et partiellement en France ainsi que dans une grande partie de l’Europe.
Un an plus tard, le 2 août 2027, une nouvelle éclipse solaire totale traversera le sud de l’Europe, l’Afrique du Nord et une partie du Moyen-Orient.
Ces phénomènes sont parfaitement prévisibles. Les astronomes peuvent en déterminer l’heure, la trajectoire et la durée des années à l’avance.
Mais connaître le fonctionnement d’un phénomène naturel ne nous empêche pas d’en percevoir le message spirituel.
C’est précisément ce que nous enseigne une histoire remarquable du ‘Hafets ‘Haïm.
Une éclipse à Radin
Nous sommes à Radin, petite ville de Biélorussie devenue célèbre pour sa yéchiva et pour la présence du ‘Hafets ‘Haïm, Rabbi Israël Meïr HaCohen, l’une des grandes figures du judaïsme moderne.
Le 29 juin 1927, une éclipse solaire devait avoir lieu. Après la prière d’Arvit de la veille, le ‘Hafets ‘Haïm encouragea ses élèves à observer le phénomène.
Le lendemain matin, les élèves sortirent de la yéchiva. Progressivement, la Lune recouvrit une grande partie du disque solaire. La lumière diminua et l’obscurité gagna le ciel. À Radin, l’éclipse atteignit environ 85 %.
Le Rav Chaykin d’Aix-les-Bains, alors élève de la yéchiva, raconta qu’il s’était placé tout près du ‘Hafets ‘Haïm afin d’entendre ses paroles.
Le Rav murmura que le soleil lui-même avait été créé, qu’il dépendait entièrement de la parole d’Hachem et ne pouvait éclairer que par Sa volonté.
Puis il résuma la leçon en une phrase :
« Maintenant, tout le monde a vu que le soleil n’est qu’une création. »
Même le soleil n’est pas absolu
Le soleil est si puissant qu’il est facile de lui attribuer une forme d’indépendance.
Il éclaire le monde, réchauffe la Terre et rend la vie possible. Depuis l’Antiquité, l’homme est fasciné par sa puissance. Certaines civilisations sont même allées jusqu’à le considérer comme une divinité.
Mais, pendant quelques instants, l’éclipse brise cette illusion.
Le soleil qui semblait dominer le ciel s’obscurcit. Celui qui éclaire toute la Terre se retrouve lui-même voilé.
L’éclipse nous rappelle ainsi que le soleil n’est pas le maître de l’univers. Aussi impressionnant soit-il, il demeure soumis à un ordre qui le dépasse.
Mais si une éclipse est un phénomène naturel et prévisible, comment peut-elle également porter un message spirituel ?
La science explique le phénomène, pas son message
La Guemara, dans le traité Souka (29a), évoque les éclipses solaires et leur dimension de signe pour le monde.
À première vue, cela peut sembler difficile à concilier avec nos connaissances astronomiques. Une éclipse n’est-elle pas simplement la conséquence de l’alignement de la Terre, de la Lune et du Soleil ?
Le Aroukh LaNer explique qu’il n’existe aucune contradiction.
Nos Sages savaient que les phénomènes célestes obéissaient à un ordre précis. Une éclipse n’est ni magique ni chaotique : elle se produit à un moment déterminé et appartient aux lois de la Création.
Mais expliquer comment un phénomène se produit ne signifie pas qu’il soit dépourvu de sens.
Le Ramban développe une idée comparable à propos de l’arc-en-ciel dans son commentaire sur la Parachat Noa’h. L’arc-en-ciel peut être expliqué par les lois de l’optique. Pourtant, la Torah en fait également le signe de l’alliance entre Hachem et l’humanité après le Déluge.
L’explication naturelle n’annule donc pas la signification spirituelle.
Elle décrit le mécanisme du phénomène, tandis que la Torah nous invite à réfléchir à son message.
La nature elle-même est l’un des moyens par lesquels le Créateur dirige Son monde.
Chaque génération possède son « soleil »
Le message du ‘Hafets ‘Haïm ne concerne pas uniquement l’astre qui nous éclaire.
Chaque génération possède son propre « soleil » : une puissance tellement impressionnante qu’elle finit par sembler absolue.
Aujourd’hui, nos « soleils » s’appellent la science, la technologie, Internet, l’intelligence artificielle ou encore la puissance économique.
Nous pouvons envoyer des engins dans l’espace, communiquer instantanément avec l’autre bout de la planète et créer des systèmes capables d’accomplir des tâches autrefois réservées à l’intelligence humaine.
Ces progrès sont extraordinaires. Mais plus nous apprenons à expliquer et à maîtriser le monde, plus nous risquons d’oublier Celui qui l’a créé.
Il existe une frontière subtile entre admirer les capacités accordées à l’homme et leur attribuer une puissance absolue.
L’intelligence artificielle peut accomplir des choses impressionnantes, mais elle reste une technologie créée par l’homme.
La science peut repousser les frontières de notre connaissance, mais elle ne transforme pas l’homme en Créateur.
La technologie peut faciliter notre existence, mais elle ne peut répondre aux questions fondamentales de la vie ni diriger le monde.
Comme le soleil, toutes ces puissances ne sont que des instruments.
L’éclipse dont notre génération a besoin
Peut-être notre génération a-t-elle, elle aussi, besoin d’une éclipse.
Non pas nécessairement d’un effondrement technologique, mais d’un moment de recul pendant lequel ce qui nous éblouit cesse d’occuper tout notre horizon.
Un instant durant lequel le « soleil » de notre époque se voile et nous permet de nous souvenir qu’il n’est pas la source ultime de la lumière.
Comme nous l'explique le Rav Israël Klein, quatre-vingt-dix-neuf ans ont passé depuis l’éclipse observée à Radin. La yéchiva n’est plus là et ses anciens bâtiments ont disparu. Mais le message murmuré par le ‘Hafets ‘Haïm reste intact :
Même ce qui paraît immense, indispensable et tout-puissant n’est qu’une création.
Le 12 août dernier, lorsque la lune a recouvert le soleil, nous avons pu admirer la précision des calculs astronomiques et la beauté du phénomène.
Mais nous avons pu également entendre, à travers cette obscurité passagère, l’enseignement éternel du ‘Hafets ‘Haïm :
Le soleil ne brille pas par lui-même.
Et les « soleils » de notre époque non plus.
Parfois, la lumière doit se voiler quelques instants pour nous permettre d’en retrouver la véritable Source.
À nous d’en tirer la leçon...




