Un premier écueil, grave, est à éviter : il ne s’agit pas, ici, de présenter des textes sur le judaïsme, sans s’y attacher, comme Martin Buber, par exemple, qui aime écrire sur les ‘Hassidim sans s’y inscrire. Les trois philosophes présentés ici sont des philosophes non intégrés a priori dans le judaïsme orthodoxe, mais qui ont choisi l’observance des Mitsvot, à partir de leur réflexion philosophique. Ils symbolisent, comme on tentera ici de le prouver, trois mouvements importants de la Téchouva, après avoir été des philosophes connus dans le monde de la philosophie. Ces trois étapes tracent en réalité trois voies du retour à la tradition : lumière, trace et observance. Ces trois étapes sont nécessaires pour se rapprocher de l’être permanent de l’existence d’Israël.
En premier lieu, étoile qui nous éclaire, Franz Rosenzweig a d’abord été, à Berlin, un philosophe marqué entre autres, par Herman Cohen, l’un des philosophes kantiens, qui trouve son origine dans l’œuvre d’Emmanuel Kant. Rosenzweig était élevé dans une culture chrétienne, et avait même eu l’intention de se convertir, comme un de ses cousins. Mais, après une dernière tentative, il a échoué dans une synagogue à Berlin, et cela l’a bouleversé ! Il est devenu religieux et un survivant nous a rapporté qu’il avait un « Minyan » dans sa maison à Francfort.
L’oncle de ce survivant, voisin de Rosenzweig, a été appelé plusieurs fois à compléter le « Minyan » (témoignage vérifié). Organiser un Minyan dans sa maison est un signe évident d’un engagement traditionnel dans l’orthodoxie. Son livre fondamental, l’É toile de la Rédemption, est une analyse philosophique essentielle sur le lien entre les trois principes de la foi juive, basée sur les 13 Articles de Maïmonide : Création, Révélation et Rédemption. Ils marquent les degrés de l’existence : perpétuité, voie et monde. Telle est la voie éclairée par la lumière de l’ÉTOILE qui reste le PHARE du monde. C’est cette étoile qui perpétue notre perspective sur la création. Les fêtes du calendrier hébraïque, le Chabbath, les Mitsvot, sont le reflet de la PRÉSENCE du CRÉATEUR. Première étape de la Téchouva : découvrir le Maître du monde, guidé par l’Étoile de la Rédemption, objectif final.
Le deuxième pan de la Téchouva est illustré par Emmanuel Levinas. Né en Lituanie, il vient faire des études de philosophie à Strasbourg. Marqué par la philosophie existentialiste, Husserl, Heidegger, il est prisonnier allemand pendant la guerre. Il fait connaissance après la guerre avec un « prestigieux connaisseur » du Talmud et découvre ainsi la puissance intellectuelle du Talmud. Dans ses livres de philosophie, il souligne la TRACE du Créateur dans la création. Lui aussi était devenu pratiquant. Il dirigeait une École de Cadres Israélites, mais était aussi une personnalité de premier plan dans le monde philosophique, avec son livre « Totalité et Infini » où il retraçait l’existence transcendante de l’infini dans l’existence du créé. La lecture, totalement traditionnelle, des textes aggadiques du Talmud par Levinas était fascinante.
Pour Benny Lévy, le parcours est fulgurant. Venu de loin, il arrive très haut. Il est le secrétaire d’un des philosophes les plus célèbres, Jean-Paul Sartre et en 1968, lors de la Révolution, il fonde un groupe extrémiste, maoïste, mais découvre ensuite la Torah grâce au Rav Abitbol.
Il quitte la France avec sa famille pour venir vivre à Jérusalem. Il devient membre d’un Collel de grande valeur, sous la direction du Rav Moché Chapira, dont il sera très proche. Il meurt subitement d’une crise cardiaque, à 58 ans. Dans divers livres – mais aussi par son parcours historique – Benny Lévy représente la puissance de la vérité de la Torah. Ses livres – Le Nom de l’Homme, Visage Contenu (Pensée du Retour chez Levinas) et Être Juif (étude levinassienne) – ont pour thème central la nécessité du Retour, c’est-à-dire de la Téchouva.
La pensée du Retour, chez Levinas, est en fait une réflexion, un ressourcement qui s’apparente à la Téchouva. Se remettre en question, c’est ce que doit faire l’homme qui réfléchit. Trois mouvements différents mais parallèles se retrouvent ici : l’Étoile de Rosenzweig doit guider, ÉCLAIRER, car c’est elle qui montre le chemin de Rédemption, du retour vers un accomplissement total. La voie est éclairée, mais il est nécessaire d’en prendre le chemin, et de retrouver la TRACE de l’Auteur dans le créé. L’étude de la Torah, à laquelle s’est consacré Benny Lévy, est le chemin pour découvrir un SENS au devenir de l’humanité. Une étoile dans un ciel obscur éclaire et efface l’obscurité. L’effort du chemin « levinassien » pour faire connaître et suivre cette « difficile liberté » (nom d’un de ses livres) ne peut s’épanouir que dans le Beth Hamidrach où s’est situé Benny Lévy. Il est devenu membre d’un Collel (Collège talmudique) dirigé par l’un des plus prestigieux penseurs rabbiniques de notre époque, le Rav Moché Chapira. De Mao Tsé Toung à Sartre, pour arriver chez Rav Moché Chapira, c’est la voie du retour qui nous éclaire le phare de l’Étoile, afin de découvrir la TRACE du Tout-Puissant.
Notre époque est plus inquiétante que jamais. Le retour à la Torah est la VOIE du JUIF pour donner une signification à nos contemporains. Le dernier verset du Livre des Lamentations écrit : « Ramène-nous, Éternel, pour que nous retournions. Renouvelle notre actualité (nos jours) pour revenir à l’origine » (Lamentations 5, 22). Les trois exemples cités ici montrent la voie et servent de leçon à nos contemporains, pour retrouver la Lumière divine.




