Dans le Talmud, traité Roch Hachana 25a, Rabban Gamliel enseigne :
« J’ai reçu par tradition de la maison de mon père et de mon grand-père : le renouvellement de la Lune ne peut pas être inférieur à vingt-neuf jours, douze heures, vingt-neuf minutes et vingt-neuf parts. Et si la Lune vient plus longue ou plus courte, cela n’a aucune importance. »
Pour comprendre cet enseignement, il faut distinguer deux choses : la durée moyenne d’une lunaison et sa durée astronomique réelle.
La durée séparant deux conjonctions réelles du Soleil et de la Lune n’est en effet pas toujours exactement la même. Pourquoi ? Principalement parce que les orbites ne sont pas parfaitement circulaires.
La vitesse de la Terre autour du Soleil varie légèrement au cours de l’année : elle accélère lorsqu’elle se rapproche du Soleil et ralentit lorsqu’elle s’en éloigne. Mais surtout, la vitesse de la Lune autour de la Terre varie elle aussi au cours de son orbite elliptique. C’est ce second phénomène qui joue le rôle principal.
Autrement dit, la Lune ne met pas exactement le même temps chaque mois pour revenir à la même position par rapport au Soleil.
C’est ici qu’intervient le Molad du calendrier hébraïque.
Le Rambam, dans Hilkhot Kidouch Ha’hodech, chapitre 6, Halakhot 1 et 3, explique que la valeur traditionnelle de 29 jours, 12 heures et 793 ‘Halakim correspond à une valeur moyenne.
Halakha 1 :
ושעת קיבוצם בלא דקדוק אלא במהלכם האמצעי, הוא הנקרא מולד
Le Molad désigne donc la rencontre du Soleil et de la Lune calculée non pas d’après leur mouvement réel à cet instant précis, mais d’après leur mouvement moyen.
Et le Rambam précise dans la Halakha 3 :
משיתקבץ הירח והחמה לפי חשבון זה, עד שיתקבצו פעם שנייה במהלכם האמצעי--תשעה ועשרים יום ושתים עשרה שעות מיום שלושים מתחילת לילו, ושבע מאות שלושה ותשעים חלקים משעת שלוש עשרה; וזה הוא הזמן שבין כל מולד ומולד, וזה הוא חודשה של לבנה.
Il faut donc bien distinguer :
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Le Molad : un instant théorique calculé à partir de la durée moyenne de la lunaison.
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La conjonction astronomique : l’instant réel où le Soleil et la Lune se trouvent dans la même direction vus depuis la Terre.
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L’éclipse solaire : elle se produit lorsque cette conjonction réelle s’accompagne d’un alignement suffisamment précis pour que la Lune masque le Soleil depuis certaines régions de la Terre.
Il est donc parfaitement normal que le Molad et la conjonction astronomique réelle ne tombent pas exactement au même moment.
L’astronome Patrick Rocher, de l’Observatoire de Paris, nous a ainsi montré un graphique où l’on voit clairement que la durée des lunaisons réelles varie et peut s’écarter de plusieurs heures de la durée moyenne, jusqu’à environ ±7 heures.
Exemple du mercredi 12 août 2026
Prenons un exemple concret.
L’éclipse a lieu à 20h17 à Paris. La conjonction astronomique réelle se produit à 21h37 à Paris, soit 22h37 à Jérusalem.
Le Molad d’Eloul calculé selon le calendrier hébraïque tombe, lui, le lendemain, jeudi, à 8h15 à Jérusalem.
Il existe donc un écart de 9h38 entre la conjonction astronomique réelle et le Molad calculé.
Cet exemple permet de comprendre concrètement le principe : le Molad est fondé sur une moyenne constante, tandis que le mouvement réel de la Lune varie d’un mois à l’autre.
C’est également ce qui permet de mieux comprendre les paroles de Rabban Gamliel lorsqu’il évoque une lunaison qui peut être « longue » ou « courte ».
Une précision moyenne remarquable
Ce qui est particulièrement remarquable est la précision de la valeur moyenne transmise par Rabban Gamliel.
Car une infime erreur dans cette moyenne finirait, au fil des siècles et des milliers de lunaisons, par produire un décalage considérable.
S’il y avait seulement un ‘Hélek d’erreur en plus ou en moins à chaque lunaison, cette erreur s’accumulerait mois après mois. Au bout d’environ 2 000 ans, le décalage deviendrait proche d’une journée.
Nous pourrions alors nous retrouver dans des situations incohérentes avec l’observation de la Lune : la nouvelle Lune pourrait déjà être visible alors que, selon le calcul, nous serions encore trop tôt, ou inversement.
La force de cette donnée traditionnelle n’est donc pas que chaque lunaison dure exactement 29 jours, 12 heures et 793 ‘Halakim, mais que cette valeur constitue une moyenne d’une remarquable précision sur le très long terme.
Nota : Pour comprendre comment a été fixé le premier Molad de la Création, nous vous invitons à consulter notre article consacré aux « Règles du calendrier hébraïque » et à la controverse entre Rav Sa’adia Gaon et le Roch Yéchiva Aharon Ben Méïr, paru dans le feuillet Shalshelet n°286, à Pessa’h 5782.




