Au service gériatrie de Cha’aré Tsédek, les journées sont rythmées par les soins, la fatigue et souvent la solitude. Mais chaque vendredi, quelque chose change. Des chants, des sourires, de la musique et surtout une présence chaleureuse viennent bousculer la routine. Adi Guil, infirmière en chef, responsable du service, raconte comment les bénévoles de Torah-Box redonnent vie, semaine après semaine, à des patients que l’on croyait parfois éteints.
Adi Guil, Chalom. Présentez-vous en quelques mots, ainsi que le service duquel vous êtes en charge.
Cela fait près de 10 ans que je travaille à l’hôpital Cha’aré Tsédek de Jérusalem. Je suis chef-adjoint du service gériatrie de l’hôpital. Il s’agit du service en charge des patients de plus de 75 ans, généralement très malades, souvent alités ou même paralysés. Nos patients souffrent souvent de plusieurs maladies chroniques combinées telles que diabète, Alzheimer, problèmes cardiaques, chutes, hypertension, accidents cérébraux, etc. C’est un service difficile qui exige un travail éreintant, très professionnel et très appliqué de la part de l’équipe soignante. Et hélas, il s’agit d’un service dans lequel les patients ne reçoivent souvent pas beaucoup de visites, le plus souvent ils sont seuls la plupart de la journée.
Vous connaissez bien le service Bikour ‘Holim de Torah-Box qui œuvre au sein de votre département depuis plusieurs années, en plus des bénévoles d’autres associations qui viennent périodiquement. Quel effet ces visites produisent-elles sur les malades ?
Tout d’abord, j’aimerais si vous le permettez m’attarder plus spécifiquement sur l’équipe de Torah-Box, avec laquelle nous entretenons un lien très cher et particulier. Ces gens si spéciaux ont un beau jour atterri au sein de notre service, comme des anges venus d’ailleurs, apportant bonheur et bonté avec eux. Certes de nombreuses associations œuvrent ci et là pour alléger le quotidien des malades, mais l’action de Torah-Box est tout autre. Peu importe la situation sécuritaire – et D.ieu sait qu’elle est souvent pas simple – peu importe les conditions météorologiques, peu importe que Chabbath rentre tôt ou que ce soit veille de fête, ils arrivent avec leurs chants, leurs déguisements, leurs cadeaux, leurs sourires et leur musique et le plus simplement du monde, ils redonnent vie à ce service souvent morose. Ils rentrent dans chaque chambre, s’arrêtent et offrent de l’attention à chaque malade, ils n’oublient personne. Aucun mot au monde ne peut décrire ce que cela produit aussi bien sur les malades que sur les soignants. Ces visites ravivent la flamme de nos malades et de leurs familles, elles leur redonnent joie et espoir, c’est indescriptible ce qu’il se passe ici chaque vendredi. Nos malades sont des gens qui sont souvent alités depuis des semaines, parfois des mois ! Ils sont souvent repliés sur eux. Certains ont très peu de visites, d’autres n’ont même pas d’enfants du tout. Pour certains, ils attendent le vendredi avec impatience ! Voir une personne de près de 100 ans, malade et alitée depuis des mois, se mettre à taper des mains, chanter et parfois même danser au son de la musique, c’est une image indélébile.
Tout ce remue-ménage doit déranger les médecins et certains malades qui aspirent à du calme, non ?
Je vais vous faire une confidence : nous aussi les soignants avons besoin d’un peu de vie dans ce service. Nous sommes si occupés à courir d’une chambre à une autre, d’une réunion à une autre, que nous oublions parfois qu’il y a une vie en-dehors des murs de l’hôpital. Voir cette équipe arriver avec leur bonne humeur et leurs instruments de musique, c’est quelque chose qui nous insuffle à tous, personnel et patients, une bouffée d’énergie nouvelle, cela fait un bien fou. Et pour tout vous dire, nous attendons avec impatience ces visites chaque semaine ! En plus des malades, la troupe a une attention particulière pour chaque membre du personnel, ils s’arrêtent à côté de chaque infirmière et chaque médecin pour offrir un bonbon, un petit cadeau… C’est la première fois, vraiment, qu’on vit ça.
Un souvenir particulier de ces visites ?
Le service gériatrie comporte une unité de surveillance médicale, où sont hospitalisés les patients qui nécessitent une surveillance et des soins intensifs. Je me rappelle d’un patient qui s’y trouvait dans un état apathique depuis plusieurs jours, il ne bougeait ni ne parlait et semblait être dans un état nébuleux. C’est alors qu’est arrivé le vendredi et les bénévoles de votre association avec. Ils sont entrés dans la chambre en jouant des merveilleuses mélodies de Chabbath, tout en chantant et en dansant. Et là, nous avons vu cet homme, âgé d’environ 90 ans, commencer à bouger et à fredonner les chants familiers. J’ai immédiatement filmé la scène et l’ai envoyée à sa famille afin qu’ils voient ce qui était en train d’arriver à leur grand-père et père. C’était un instant unique qui est resté gravé dans mon esprit. Mais je peux vous dire qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. Nous sommes devenus familiers de ces instants où l’on voit les constantes des patients remonter subitement au son de la musique. C’est comme si leur âme captait la musique et les énergies positives diffusées par l’équipe et qu’elle se réveillait à la vie ! En fait, cela dépasse de loin le cadre médical, cela touche à l’âme en elle-même et nous savons aujourd’hui à quel point l’âme influe sur le corps. Même le professeur le plus occupé prendra une pause de quelques minutes pour profiter de la musique et voir le service s’illuminer.
Un mot pour la fin ?
Oui – personnellement, je ne suis pas spécialement pratiquante. Lorsqu’avec ma famille, nous nous réunissons le vendredi soir pour le repas traditionnel du Chabbath et que je leur raconte ma journée – comment j’ai vu des gens qui ne reçoivent aucune récompense en retour, qui ont certainement tous beaucoup à faire chez eux et qui vendredi après vendredi depuis des années, viennent offrir tout le bien du monde et redonner vie dans ce service, cela ravive vraiment quelque chose chez nous !
Propos recueillis par Elyssia Boukobza






