« Il dit : “Je T’en prie, mon Maître, je T’en prie, envoie par la main de celui que Tu enverras.” » (Chémot 4,13)
Rachi explique l’expression « Béyad Tichla'h – Par la main de celui que Tu enverras » : Par l’intermédiaire de celui que Tu as l’habitude d’envoyer, c’est Aharon.
Devant le Buisson ardent, Hachem ordonna à Moché Rabbénou de retourner en Égypte pour libérer les Juifs de l’esclavage. Moché refusa plusieurs fois, prétendant que Hachem devait plutôt envoyer son frère aîné, Aharon, pour assumer cette tâche. Moché fit allusion au fait que Hachem avait déjà communiqué avec Aharon dans le passé et que ce dernier était donc la bonne personne pour diriger le peuple juif. Le Midrach Tan'houma ajoute qu’Aharon recevait déjà des prophéties de la part de Hachem depuis quatre-vingts ans, à cette époque. Aharon avait alors quatre-vingt-trois ans, ce qui signifie qu’il eut sa première prophétie à l’âge de trois ans ! Que fit Aharon, à l’âge de trois ans, pour mériter de devenir prophète ?
Rav Daniel Glatstein répond à cette question en se basant sur plusieurs sources. Quand Moché était bébé et qu’il fut déposé par sa mère dans une malle sur le Nil, la Torah précise que « le jeune garçon pleurait ». Qui était ce « jeune garçon » ? Rachi écrit qu’il s’agit de Moché et que sa voix ressemblait à celle d’un jeune garçon. Cependant, le Ba'al Hatourim estime que ce jeune garçon était en fait Aharon, qui avait trois ans à l’époque. Il le prouve en rapportant que les mots « Naar Bokhé » ont la même valeur numérique que les mots « Zé Aharon Hacohen ».
Rav Chlomo Arielli, dans son livre Rafdouni Bétapou'him, explique qu’Aharon pleurait parce qu’il souffrait de la situation de Moché. Aharon mérita de recevoir la Prophétie à ce moment-là, du fait de sa capacité à être Nossé Béol Im 'Havéro – à partager la peine de son prochain. C’est aussi de cette façon que Moché mérita de prophétiser pour la première fois, quand il manifesta son souci pour la souffrance de ses compatriotes juifs.
Quatre-vingts ans plus tard, Aharon reçut une autre récompense, encore plus grande, pour son empathie. Quand Moché demanda à Hachem d’envoyer Aharon à sa place, il exprima sa réticence à assumer le rôle de leader et de prophète à la place d’Aharon. Mais Hachem le rassura quant aux sentiments d’Aharon, lui promettant que ce dernier serait parfaitement heureux de voir Moché devenir le leader. Rachi rapporte la Guémara affirme : « Il te verra et se réjouira dans son cœur – Pas comme tu le penses, à savoir qu’il sera contrarié que tu atteignes la grandeur. » Grâce à cela, Aharon mérita de porter le 'Hochen sur son cœur ; c’est-à-dire qu’il deviendra le Cohen Gadol qui portera le pectoral sur son cœur, à l’avenir. Cela semble être une récompense encore plus grande que la prophétie, puisqu’elle est unique à Aharon et éternelle, pour tous ses descendants.
Rav Arielli demande pourquoi Aharon reçut une plus grande récompense pour s’être réjoui du succès de Moché que pour avoir éprouvé de la peine devant la souffrance de son frère. Il note qu’il est plus facile d’éprouver de l’empathie pour la douleur d’autrui que pour sa joie. Il est probable qu’en voyant son prochain réussir dans un domaine ou vivre un événement heureux, l’observateur qui ne traverse pas la même expérience a de la place pour une pointe de jalousie dans son cœur. En revanche, quand l’autre souffre, l’observateur ne se sent pas menacé et ne risque pas d’envier son prochain.
Dans le cas d’Aharon, la situation était beaucoup plus marquée que dans un cas ordinaire, puisqu’il perdait en réalité des choses qu’il avait déjà ; la direction du peuple juif et la prophétie – au profit de son jeune frère. Pourtant, il fut sincèrement heureux pour Moché.
Le fait d’être Nossé Béol Im 'Havéro était primordial dans la sortie d’Égypte. Moché et Aharon atteignirent tous deux de sublimes niveaux, grâce à leur excellence dans ce domaine. Hachem se caractérise Lui-même comme partageant la douleur du peuple juif, lors de sa première conversation avec Moché Rabbénou, devant le buisson ardent. Cela nous montre qu’Il était avec nous dans notre souffrance.
On trouve souvent, dans la Halakha, des situations où il est évident qu’il convient de partager la peine et la joie de son prochain. Par exemple, dès lors qu’un 'Hatan est présent dans un Minyan, on omet le passage des Ta'hanounim (des supplications), parce que l’on est en présence d’une personne joyeuse. Par ailleurs, quand on rend visite à des endeuillés, la Halakha nous guide quant au comportement à adopter lors de situations tristes. Ces exigences nous montrent quels sentiments il convient de nourrir vis-à-vis de son prochain.
Puissions-nous émuler Aharon et exceller dans l’empathie et la capacité à partager les joies et les peines de nos frères juifs.





