Si l’on questionne un adolescent : "À quelle époque aurais-tu aimé naître ?", à coup sûr il vous répondra : "Ben, la nôtre !" Pourquoi ? "Car, avant, on mourait facilement, surtout chez les jeunes enfants. Il n’y avait pas d’électricité, d’eau courante, d’avion ni de moyens de communication. Il fallait travailler durement pour une bouchée de pain, sans droits sociaux élémentaires, ni retraite ou aide gouvernementale. Pas de vacances, pas de loisirs, pas de voyages…"

Pourtant, étonnamment, on constate que l’homme moderne n’est pas vraiment heureux : la joie de vivre n’apparaît pas souvent sur les visages ; beaucoup sont suivis par des psys et prennent régulièrement des antidépresseurs ; on s’endort difficilement ; peu aiment vraiment leur travail et rêvent de retraite ou de chômage rémunéré. On ne sait plus ce qu’est l’amour ou l’amitié ; les couples se dissolvent comme ils se sont formés, et les enfants ne trouvent plus de sécurité auprès de leurs parents ni de chaleur humaine. Triste constat !

Dans le service divin, cette problématique s’exprime aussi. On peine à se lever tôt pour la prière, qui sera vite "expédiée". On recule devant les exercices laborieux de l’esprit afin de comprendre des passages du Talmud. Les discours du rabbin doivent être courts, animés par des histoires captivantes, et sans trop de remises en question. On ne s’intéresse plus au Moussar ; protéger ses yeux des vues impudiques devient "mission impossible". Pourtant, aujourd’hui, tout est à portée de main : des livres expliqués et traduits, des objets de culte à bon prix, des vidéos de Torah très nombreuses et surtout la liberté de pouvoir pratiquer, ce qui n’a pas toujours été le cas tout au long de l’histoire.

La raison essentielle de cette réalité repose sur le fait que le Néfech (l’âme) de l’homme est aujourd’hui très fragile. Malgré les facilités matérielles actuelles – et peut-être justement à cause d’elles –, l’être humain éprouve d’immenses difficultés à surmonter les défis de la vie. Or, l’existence est jonchée de challenges qui devraient dans l’idéal nous permettre de grandir, mais qui renvoient une image de soi négative lorsqu’on ne les relève pas, d’où la tristesse qui en découle. Les maîtres de la ‘Hassidout ont fait de la Sim’ha (joie) un élément primordial pour tout service divin, car ils étaient conscients – déjà à leur époque – d’un affaiblissement de l’énergie positive nécessaire pour accomplir la Torah. Que dire aujourd’hui ! D’ailleurs, révélateur est l’enthousiasme que connaissent, dans tous les milieux, les enseignements de Rabbi Na’hman de Breslev, qui mettait justement l’accent sur la Sim’ha et l’indulgence envers soi-même comme socle préalable à toute évolution spirituelle.

En conclusion, de la même façon qu’il est important, dans le judaïsme, de se connaître afin de savoir comment évoluer, il est tout aussi nécessaire d’être conscient de l’époque dans laquelle nous vivons. Notre défi aujourd’hui plus que jamais, au vu des événements graves qui se déroulent en Israël, est de garder un moral élevé.

Les nouvelles de la guerre contre l'Iran provoquent une confusion de sentiments : satisfaction d’un côté, car plusieurs figures importantes de ce gouvernement intégriste qui cherchait notre perte ont été abattues, mais aussi une profonde peine pour les victimes tuées par les missiles. Espérons connaître très bientôt un avenir serein en Terre Sainte, avec la chute de nos ennemis les plus redoutables.