« Yitro, le prêtre de Midian, beau-père de Moché, entendit tout ce que D. avait fait pour Moché et pour Israël, Son peuple – qu’Hachem avait fait sortir Israël d’Égypte. » (Chemot, 18:1)

Rachi explique sur les mots « Yitro entendit » : Qu’a-t-il entendu pour venir ? L’ouverture du Yam Souf et la guerre contre Amalek. 

Rachi note deux événements qui jouèrent un rôle déterminant dans la décision cruciale de Yitro, celle de se joindre au peuple juif ; l’ouverture du Yam Souf (de la Mer Rouge) et la guerre contre Amalek.

Le Béer Yossef convient que l’ouverture de la mer ait pu motiver Yitro à se convertir. Ce fut un événement majeur lors duquel la Présence Divine a été dévoilée à travers d’éclatants miracles. En revanche, la guerre contre Amalek fut bien moins motivante – bien que la Présence Divine ait été manifeste, cet incident resta bien moins époustouflant que les autres miracles. De plus, il y eut des moments, durant la bataille, où Amalek prenait le dessus, ce qui rendit ce combat plus « naturel » que d’autres épisodes de l’Exode. Si ces derniers n’ont pas réussi à convaincre Yitro de se convertir, en quoi cette guerre fut-elle plus efficace ?!

Il introduit sa réponse en expliquant que ce ne fut pas la nature miraculeuse de la lutte contre Amalek qui motiva Yitro. En vérité, ce sont les conséquences préjudiciables de cette guerre qui le poussèrent à s’unir au peuple juif. Les nations furent très remuées par les miracles de Yétsiat Mitsraïm (la sortie d’Égypte), comme il est écrit dans le Chant de la Mer : « Alors les chefs d’Édom tremblèrent, les vaillants de Moav  furent saisis de terreur, tous les habitants de Canaan, consternés. » [1]

Mais, lorsqu’Amalek attaqua, il atténua la crainte révérencielle que le monde avait envers le peuple juif. Les nations ne considéraient alors plus les Juifs comme invincibles, et leur respect pour D. s’estompa. ‘Hazal utilisent, à ce sujet, la parabole d’une baignoire d’eau bouillante dans laquelle personne n’ose plonger. Soudain, quelqu’un y entre et se brûle, mais il refroidit l’eau [2]. Amalek perdit la bataille, mais il connut néanmoins certains moments de gloire, et ce combat, plus ou moins ordinaire, atténua les conséquences des prodiges de la sortie d’Égypte. Ainsi, l’attaque d’Amalek eut l’effet inverse des miracles.

En quoi cela incita-t-il Yitro à se convertir ? Le Béer Yossef poursuit : la considération première d’Yitro fut les répercussions de la guerre contre Amalek sur le Nom d’Hachem dans le monde. Si Amalek n’avait pas attaqué à ce moment, Yitro se serait peut-être contenté d’être un Ben Noa’h (Hachem a enjoint Noa’h et ses descendants d’accomplir sept mitsvot) et de considérer les Juifs avec respect ; il aurait certainement fait en sorte que son entourage agisse également ainsi. Or, après cette attaque, Yitro ressentit le besoin de s’unir publiquement au peuple juif pour montrer que les nations devaient continuer de craindre et de respecter les Juifs. Il était une personnalité très connue de par le monde et il réalisa que son voyage vers le désert depuis Midian ne passerait pas inaperçu. ‘Hazal affirment qu’il voulut à tout prix publier son adhésion au judaïsme [3].
Le midrach rapporte qu’Hachem, Lui-même, dit à Moché que les aspirations de Yitro étaient réellement nobles. Le Béer Yossef explique que la pureté de ses intentions était manifeste par son désir de contrecarrer les desseins ignobles d’Amalek.

Reste à savoir si Yitro parvint, avec tous les efforts déployés, à sanctifier le Nom d’Hachem au sein des nations. Le Zohar répond : « Lorsque Yitro, grand prêtre idolâtre dit : "Je reconnais à présent qu’Hachem est plus puissant que tous les autres dieux"[4], l’honneur du Saint Béni soit-Il grandit et s’éleva au-dessus de tout. Du fait que [Yitro] se mit au service du Saint, Béni soit-Il, tout le monde se distancia immédiatement de l’idolâtrie [car les gens] réalisèrent qu’elle ne contenait aucune vérité. Le Nom du Saint Béni soit-Il fut alors sanctifié à travers le monde. » [5]

Yitro nous enseigna une leçon importante grâce à son parcours vers le judaïsme.

Il ne suffit pas de réfléchir à sa relation personnelle avec Hachem, mais il faut également se soucier des conséquences que nos actions peuvent avoir sur les autres.

Le rav ‘Haïm de Volozhin zatsal écrit à ce propos, que nous disons, dans la amida (prière qui forme le noyau central des tefilot quotidiennes) de Roch Hachana, qu’Hachem juge « maassé ich oupekoudato ». « Maassé ich » évoque les actions de la personne, mais à quoi se réfère « pekoudato » ?

Il explique que chacun a une sphère d’influence qui touche les membres de sa famille, ses élèves ainsi que toute personne qui le côtoie. La façon qu’il a d’influer sur son entourage, par le biais de ses actions, est appelée « pekoudato » et l’individu est également jugé sur cela. Si, en observant son comportement, d’autres personnes perfectionnent leur avodat Hachem, alors il sera largement récompensé, mais si c’est l’inverse qui se produit, il sera condamné pour la part qu’il aura dans leurs avérot, autant que pour ses propres fautes [6]. Les actions de la personne ne se font pas en vase clos, nous sommes constamment observés par les autres, et, par conséquent, nous devons constamment être conscients des éventuelles répercussions de nos actes, même quand nous ne communiquons pas directement avec une autre personne. Yitro comprit ceci et agit en fonction – c’est un modèle pour nous tous.

 


[1] Chemot, 15:15.

[2] Sifri, 296, rapporté par Rachi, Devarim, 25:18.

[3] Rachi, Chemot, 18:6.

[4] Chemot, 18:11.

[5] Zohar, 2:69a.

[6] Rapporté dans Séfer Kerem Hatsvi du rav Tsvi Hirsh Farber, Nitsavim, rapporté dans Méoré Tefila du rav Immanouel Bernstein, p. 207.