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Le système solaire selon le Rambam

Rédigé le Mardi 24 Janvier 2017
La question de Yoav C.

Chalom Rav,

J'ai une question qui me tracasse un peu.

Le Rambam nous décrit le système solaire comme étant géocentrique (le soleil tourne autour de la terre), tandis que les scientifiques nous disent maintenant qu'il est plutôt héliocentrique (la terre tourne autour du soleil).

On pourrait sûrement faire confiance à leurs recherches dans ce domaine, car ce n'est pas une théorie scientifique qui vise à se faire ressembler à des singes...

Mais alors pourquoi le Rambam, qui connaissait la Torah à partir de laquelle le monde a été créé, n'aurait "pas su" nous dire comment ce monde est créé...?

La réponse de Rav Avraham GARCIA
Rav Avraham GARCIA
4459 réponses

Chalom Ouvrakha,

Vous devez certainement faire allusion aux propos du Rambam Hilkhot Yéssodé Hatorah (chapitre 3, Halakha 4), et il s'agit d'une discussion entre nos Sages et les sages des nations rapportée dans le traité de Pessa'him 84b, et, effectivement, curieusement, nos Sages nous disent que c'est le soleil qui tourne autour de la terre.

Ce n'est pas la première fois que nous constatons que nos Sages se confrontent à une réalité apparemment absolue, et nous donnerons ultérieurement plusieurs exemples.

Pour répondre à votre question (à laquelle j'ai beaucoup hésité à répondre), il y a, en gros, trois approches : l'une consiste à dire que, puisqu'il n'y a aucune répercussion halakhique qui ressort de cette discussion, nos Sages auraient certainement changé d'avis, comme nous le constatons de la suite des propos rapportés dans cette même page de Talmud (voir le Moré Névoukhim tome 3-14, les responsas de son fils, Rabbi Avraham, ainsi dans sa préface sur le Ein Ya’acov, rapporté dans le responsa ‘Assé Lékha Rav tome 5-49, ainsi que Maharam Elchakar 96). Cette approche (très délicate) a été évoquée par une minorité de nos Rabbanim.

D'autres sont d'avis que, puisque ce que nos Sages disent est le résultat d'une transmission orale, nous ne pouvons jamais remettre en cause leur affirmation, et nous devons admettre que nous ne comprenons pas ce qu'ils nous ont enseigné (voir préface du Rambam sur Zra’im, rapporté dans le livre Sifté ‘Haïm tome 2, page 143, et Chita Mékoubétsèt Ketouvot 13), et le Rambam lui-même dans Sanhédrin 99a nous explique qu'il s'agit là de l'un des treize attributs de foi, que nous devons croire d'une foi parfaite que tout ce qui nous a été transmis trouve ses racines dans les enseignements de Moché Rabbénou au Sinaï.

Enfin, le Maharal de Prague (dans son livre Béèr Hagola, Béèr 6) fait un compromis entres ces deux avis opposés et s'étale longuement sur ces sujets en nous faisant comprendre que nos Sages avaient d'autres préoccupations que de savoir si c'est le soleil qui tourne autour de la terre ou le contraire, et on ne voit pas l'intérêt de nous écrire ces discussions dans les textes sacrés du Talmud, c'est donc forcément qu'il faut comprendre cette discussion d'un point de vue symbolique. A savoir (explication personnelle) est-ce que la terre fait partie d'un énorme système solaire et, elle aussi, comme tant d'étoiles et de planètes, gravite autour du soleil, ou bien que la terre est le but même de tout l'univers et tout (même le soleil) "gravite" autour d’elle, c'est-à-dire (sens symbolique) que c'est elle le but de toute la création.

Le Rav Péalim (tome 2-1) va lui aussi dans le même sens en expliquant que, souvent, nos Sages nous parlent de mondes spirituels. Nous retrouvons cette démarche dans les écrits du Rav ‘Haïm Vital (préface du Ets ‘Haïm page 3).

On retrouve aussi dans les écrits du Gaon de Vilna (Tikouné Zohar page 5b) que la terre est "carrée" (?), alors que nos Sages affirment qu'elle est ronde (voir Guilyone Hachass du Rav Yossef Anguel sur Chabbath 75), et, à l'époque du Gaon (17ème siècle), il était connu et évident que la terre est ronde et non pas carrée... Nous sommes donc contraints de confirmer que beaucoup de textes sont à prendre au sens symbolique ou mystique.

Je voudrais aussi rajouter (avis personnel) que je doute beaucoup de cette thèse qui affirme que la terre tourne autour du soleil, puisque personne n'a un point fixe sur lequel il peut s'appuyer, et on ne peut donc pas, scientifiquement parlant, décider qui tourne autour de qui.

En effet, si, par exemple, vous êtes dans un train et qu’un autre est de l’autre côté des rails et que l'un d'eux commence à rouler, vous ne pouvez pas savoir lequel des deux trains a démarré. Ce n'est que si vous êtes à l'extérieur des deux trains que vous pouvez savoir quel est le train qui a démarré. 

Aussi, pendant des siècles, nos Sages ont affirmé que la terre était ronde (préface du Rambam sur les Michnayot, Even Ezra Téhilim 65-6, Rabbénou Bé’hayé Béréchit 1-21, et d'autres encore), alors que tout le monde "scientifique" s'opposait farouchement à cette théorie. Baroukh Hachem que personne n'a touché à cette théorie qui s'est avéré tout à fait vraie plusieurs siècles plus tard.

En tout cas, une chose est claire, c'est que si la Halakha doit changer, il est très difficile de remettre en question les propos de nos Sages, et, une des explications à cela est que nos Sages ne nous ont donné qu'une seule raison à leurs décrets, mais il y en a encore une centaine d'autres qu'ils ne nous ont pas délivré (Aliyot Eliahou du Gaon, Péat Hachoul’han dans ses Halakhot d'Erets Israël 25-32).

Prenons comme exemple l'obligation de pomper le sang juste après la Brit Mila (Métsissa). Cette obligation est rapportée dans la Michna Chabbath 133a, et nos Sages nous affirment que, sans cette opération, l'enfant encourt un danger vital.

Bien que, de nos jours, une Brit Mila exercée sans cette opération ne mette pas l'enfant en danger (Tiférèt Israël sur la Michna Chabbath 19, 1) et que la nature des êtres a changé (voir Tossafot Mo’èd Katan 11a et Kessef Michné Hilkhot Dé’ot 4-18, ainsi que Maguèn Avraham 175, 1 et Sdé ‘Hémèd 9, Klal 5), la Halakha ne changera pas.

Et le Rav Kouk, dans son livre Da’at Cohen (responsa 55), nous explique, lui aussi, que nos Sages nous ont transmis une seule des multiples raisons de la Halakha. Dans les responsas 140 et 142, il nous explique que ce que les docteurs nous disent ou découvrent n'est pas forcément vrai, et il est possible que nous ne comprenons pas ce qui a été dit par nos Sages.

Nous avons encore un autre exemple en ce qui concerne les poux. En effet, nos Sages nous permettent de tuer des poux le Chabbath, en nous expliquant qu'ils ne sont pas réellement vivants puisqu'il ne se reproduisent pas (mal et femelle), mais naissent par la sueur etc. comme des microbes (Chabbath 117b et Choul’han Aroukh 317-9), et, bien que, de nos jours, les poux se reproduisent, beaucoup de Rabbanim ne touchent pas à cette dérogation (Yabi’a Omer Yoré Déa tome 10-24), et, bien que certains veulent l'interdire, comme le Rav Its’hak Lompronty (dans son livre Pa’had Its’hak tome 7) et d'autres encore, le Rav Steinzalts, dans son commentaire sur le Talmud, nous explique qu'il a retrouvé certaines sortes de poux qui ne se reproduisent pas.

Et sur cette question, le Rav Eliahou Dessler (Mikhtav Mééliahou tome 4, page 355), après nous avoir apporté deux autres exemples (dont l'un d'eux est l'affirmation de nos Sages que le soleil passe dans sa trajectoire sous la terre et réchauffe ainsi les eaux souterraines), nous explique que la Halakha est vraie et le restera à tout jamais, mais la raison donnée à la Halakha a été appropriée à la connaissance et à la compréhension de l'époque, et même si on découvre une "erreur", cela ne changera en rien la Halakha. Reste à comprendre comment nos Sages se sont, apparemment, trompés, et nous avons déjà répondu à cela début de la réponse.

Par contre, il y a une Halakha de base qui nous dit de porter secours à tout être vivant, même si, pour cela, nous devons transgresser le Chabbath, et nous retrouvons dans les textes (Choul’han Aroukh 330-7) qu'un enfant  prématuré au 8ème mois est considéré comme mort, et on ne transgressera pas le Chabbath.

Sur ce, le ‘Hazon Ich (Yoré Déa 155-2) nous explique que, puisque, de nos jours, la nature des prématurés a changé et qu'ils sont viables, on devra transgresser Chabbath pour lui porter secours. De plus, les technologies se sont performées, et on devra considérer ce prématuré comme viable (Chmirat Chabbath Kéhilkhata 36-12 et Min’hat Its’hak 4-123).

Ce cas est différent des autres puisqu'il est fondé, lui aussi, sur une Halakha, celle de porter secours à toute personne vivante.

Enfin, un dernier exemple, nos Sages nous affirment aussi qu'un animal qui a une certaine déformation qui le rend Tarèf (impropre), par exemple le poumon ou l'estomac perforé, ne peut pas survivre plus qu'une année. Or, nous constatons que de tels animaux vivent plus qu'une année.

Le Rachba (tome 1-91) se penche sur cette question (qui ressemble à la vôtre) et nous écrit que peut-être que nous ne connaissons pas la réalité des choses et que nous nous trompons, et, quoi qu'il en soit, conclut-il, nous ne pouvons pas toucher à ce que nos Sages nous ont enseigné. Le Rivach 447 va dans le même sens.

Enfin, le ‘Hazon Ich (Yoré Déa 5) conclut (et cela sera notre conclusion aussi) en écrivant que ce que nos Sages ont écrit et transmis fait partie des enseignements oraux reçus depuis Moché Rabbénou (Halakha Lémoché Misinay) et il est impossible de changer ou de bouger quoi que ce soit.

Nous ne comprenons pas, car il y a des choses qui nous dépassent (comme l'affirmation que la terre est ronde), mais cela fait partie de notre foi des propos de nos Sages, qui sont une transmission orale depuis Moché Rabbénou.

Kol Touv.

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