Bonjour Rav,
On voit dans l’histoire de Yossef qu’il « teste » ses frères avec Binyamin pour voir s’ils ont changé.
Est-il permis de nous aussi faire des « tests » à notre entourage pour voir s’ils ont changé de comportement après qu’on ai été déçu ? Y a-t-il un problème de mettre une embûche devant un aveugle ?
Merci Rav.
Chalom Ouvrakha,
Ce n'est ni la première ni la dernière fois que nous constatons que Yossef met ses frères à l'épreuve.
Déjà en leur racontant ses rêves, puis en allant à leur rencontre, il savait parfaitement qu'il les mettait à l'épreuve. Aussi, en offrant à Binyamin une part cinq fois plus importante que celle de ses frères (Béréchit 43, 34), il agit délibérément dans ce sens.
Et pour revenir précisément à votre question, en cachant sont identité, Yossef prend le risque que la situation tourne très mal. Et théoriquement, cela devrait être interdit car c'est considéré comme mettre une embûche devant l'aveugle.
Il semble toutefois qu'il en avait le droit, car son objectif était d'éradiquer la haine gratuite qui régnait entre eux. Certes, cette tentative a échoué dans un premier temps, mais elle a finalement réussi à la fin de l'histoire [Vayigach].
Comme l'expliquent le Or Ha'haïm Hakadoch (Vaye'hi 49, 3) et le Da'at Zékénim des Ba'alé Tossafot (Béréchit 37, 35), les Patriarches — et l'on peut inclure Yossef dans ce cadre — pouvaient se permettre des interdits futur de la Torah, lorsque "le jeu en valait la chandelle". Ils pouvaient ainsi passer outre un interdit futur lorsque l'utilité spirituelle qui en découlerait était majeure.
Nous en avons un exemple clair avec Ya'akov, qui épousa deux sœurs - qui sera ensuite interdite par la Torah. Comme l'explique le Nefech Ha'Haïm (Cha'ar 1, 21), puisque de cette union allaient naître les douze tribus d'Israël, cela était alors permis.
Cette approche va dans le même sens que celle du Or Ha'haïm et du Da'at Zékénim mentionnés plus haut (voir également Otsrot David du Rav David 'Hanania Pinto 1, 60 ; Pessa'him 119b).
C'est donc très probablement pour cette raison que Yossef a choisi de mettre ses frères à l'épreuve, afin de dévoiler, puis de déraciner la haine gratuite.
De nos jours, en revanche, nous sommes tenus de nous conformer strictement aux commandements de la Torah. Même si une prophétie nous annonçait qu'un grand bénéfice résulterait de la transgression d'un interdit, cela resterait prohibé, car après le don de la Torah, la fin ne justifie plus les moyens.
C'est pourquoi les décisionnaires interdisent, par exemple, d'installer une caméra de surveillance cachée ou de déposer volontairement une grosse somme d'argent afin de démasquer un voleur. En agissant ainsi, on transgresse l'interdit de "ne pas placer d'embûche devant l'aveugle" et ce même si, au final, le voleur n'est pas identifié voleur [Sridé Ech 1, 58 ; Min'hat Chlomo ; 'Hafets 'Haïm Klal 4, 11 dans ses notes ; 'Hachouké 'Hémed Chabbath 116b].
Kol Touv.