« Je veux danser comme toi, je veux chanter comme toi… », disait l’orang-outan au petit Mowgli dans l’une des scènes les plus jazzy du Livre de la Jungle, revu et corrigé par Disney.

Le dessin animé fera près de 5 millions d’entrées en France, dans sa version initiale de 1967.
Mowgli est un petit Hindou au pagne rouge, orphelin de père et de mère, élevé par une meute de loups, dont le meilleur ami est un ours, Baloo, bonasse et protecteur, sur le ventre duquel l’enfant s’allongera avec délice, porté par le courant de la rivière.

Rudyard Kipling, l’auteur de ce chef-d’œuvre, naît en 1865 à Bombay, dans l’Inde britannique et coloniale, qu’il décrira toute sa vie avec fascination.
Mais son enfance dorée bascule brutalement dans les brumes à l’âge de six ans, lorsqu’il est envoyé en Angleterre avec sa sœur pour poursuivre une scolarité « à l’européenne », placé chez une famille d’accueil à Southsea.
Ce séjour, censé être éducatif, se révèle traumatique : plongé dans une Angleterre froide et austère, logé dans une famille maltraitante, le petit Kipling fait l’expérience de l’exil géographique, mais plus encore de celui affectif, et apprend très tôt que sa survie dépendra du respect de soi et de valeurs comme la loyauté.
Au lieu de sombrer dans la révolte ou le désespoir, il développera une résilience à l’hostilité ambiante et, plus tard, comme auteur, poète et journaliste, observera les civilisations capables de survivre loin de leur terre d’appartenance grâce à une structure morale solide.
Dans ce contexte, le parallèle avec le peuple juif ne pouvait lui échapper.
Le judaïsme apparaît en effet comme le seul système parfaitement adapté à l’homme, prenant en compte sa matière première dans son intégralité — grandeur et abîme confondus — et lui offrant un modèle de société parfait.
Dans The Jews — poème publié en 1919, au lendemain de la Première Guerre mondiale — il écrit sur le peuple juif :
"Ils n’ont ni les attributs d’un peuple,
Ni terre, ni trône,
Et pourtant jamais ils n’ont été perdus
Ni chassés d’eux-mêmes."
Ce poème est fondamental. Kipling y reconnaît la permanence juive sans souveraineté, ce qui demeure exceptionnel dans l’histoire universelle des peuples.
Dans ses écrits journalistiques consacrés à l’Europe de l’Est, il note également :
"The Jew has survived because he has obeyed."
— Le Juif a survécu parce qu’il a obéi.
À quoi ?
À la Loi. À Sa Loi, traversant les siècles et les millénaires.
L’enfant abandonné qu’il fut, reconnut instinctivement chez ce peuple a priori sans protection, ce que lui-même avait appris dans la douleur : que certaines civilisations survivent non par la force, mais par la fidélité à une structure invisible et transcendante.






