Si l'on peut dire que le peuple d'Israël se distingue dans un domaine, c'est bien dans celui de la Kédoucha - la sainteté.
Les Juifs en savent un morceau dans ce domaine, et cette notion traverse de part en part la Torah et le Talmud.
Le terme, galvaudé par nos imitateurs (usurpateurs... ?) au fil des siècles, a été perçu comme le détachement absolu des hommes de la chose terrestre.
Cette conception a envahi la pensée occidentale, provoquant un clivage : d'un côté se tient le saint (ou la sainte...), devenu un substantif, personnage détaché de toute matérialité et vénéré, et de l'autre, l'homo vulgaris (vous, moi, nous), voué immanquablement à fauter, parce qu'opérant dans un environnement où la « chair » réclame son dû.
En gros, il n'y a que deux possibilités : être un pécheur ou un ascète.
La notion de sainteté, dans nos Textes, elle, est à l'extrême opposé de cette scission. Le Grand Prêtre, par exemple, ne peut occuper ses fonctions que s'il est marié... Cette condition sine qua non en dit déjà long sur le fossé abyssal qui existe entre la conception juive de la Kédoucha et la sainteté vue par les Nations.
Où est le bug ?
Les Gentils, au long de l'Exil, nous ont affublés de toutes sortes de sobriquets et stigmates. L'une de leurs railleries est que nous serions « un peuple de jouisseurs ».
En effet, lorsqu'un Polonais ou un Ukrainien regardait comment une famille juive célébrait son saint jour et que, guignant par la fenêtre, il respirait des odeurs de mets appétissants, prêtait l'oreille aux chants et au cliquetis des couverts, observait un foyer uni, il avait du mal à rapprocher cette vision du sermon du dimanche, où, dressée sur sa chaire, avec de grands mouvements de soutane, l'autorité religieuse faisait rimer sainteté avec austérité, contrainte et constriction.
Les Sacrifices ne s'appellent pas en langue sainte des « rapprochements » (Korbanot) pour rien... La bête offerte, de chair et de sang, est la vertèbre reliant les mondes d'En Haut et ceux d'en bas, exactement comme le Chofar, corne animale, relie le fidèle à son Créateur.
Chez nous, au final, tout passe par la sanctification et la prise en compte du corps.
Voici en résumé le déroulement des préparatifs de la veille du jour le plus grandiose de l'année.
Alors, suivons le guide, le Cohen Gadol au travail.
Répétition générale
Les préparatifs du grand jour ont commencé une semaine auparavant.
Le Cohen Gadol a quitté sa maison pour s'installer dans une chambre du Temple. Pendant sept jours, il « s'entraîne » : il asperge le sang du sacrifice quotidien, brûle la Kétoret, entretient les lampes de la Ménora et participe aux sacrifices.
Il ne suffit pas de connaître la cérémonie : il faut que les gestes deviennent familiers.
Un Cohen de remplacement a même été prévu, au cas où le Cohen Gadol deviendrait soudainement inapte à accomplir le service.

9 Tichri, le matin — Le défilé des animaux
On installe le Cohen Gadol à la porte orientale du Temple, et on fait passer devant lui taureaux, béliers et agneaux.
Pourquoi ce défilé ?
Parce que le lendemain, il devra savoir exactement quel animal correspond à quelle étape de la 'Avoda et être parfaitement familiarisé avec le service qu'il va accomplir.

Dans la journée — Réviser le « Séder Hayom »
Autour de lui, des anciens du Beth Din reprennent avec le Cohen Gadol tout le déroulement de la ’Avoda du lendemain.
Ils lui demandent même de le lire lui-même à haute voix.
Même le Cohen Gadol n'est pas au-dessus d'une vérification.
Chaque geste, chaque déplacement, chaque sacrifice doit être à sa place.

Puis — La Kétoret
Vient l'une des préparations les plus délicates : celle de la Kétoret, l'encens.
C'est avec cette Kétoret que, le lendemain, le Cohen Gadol pénétrera dans le Saint des Saints et y produira la nuée d'encens.
Il est conduit dans la chambre de Beth Avtinas, la famille de Cohanim traditionnellement chargée de la préparation de l'encens du Temple.

Avant le soir — Le serment… et les larmes
Les anciens des Cohanim font jurer au Cohen Gadol de ne rien modifier à ce qu'ils lui ont enseigné concernant le service.
Puis la Michna raconte quelque chose d'extraordinairement humain : il se retire et pleure.
Et eux se retirent et pleurent.
Lui, il pleure parce qu'on a dû le soupçonner. Eux pleurent parce qu'ils ont peut-être soupçonné un homme innocent.
À quelques heures de l'entrée dans le Saint des Saints, la grandeur du moment n'efface donc pas l'homme.

À l'approche de la nuit — On surveille même son repas
Pendant les sept jours précédents, on ne lui interdit ni de manger ni de boire ce qu'il souhaite.
Mais à l'approche de Kippour, changement de programme : on l'empêche de manger abondamment, parce qu'un repas trop copieux favorise le sommeil.
Or cette nuit-là, le Cohen Gadol ne doit pas dormir.

La nuit tombe — Le Temple veille
Kippour commence.
On maintient le Cohen Gadol éveillé.
Et s'il commence malgré tout à somnoler, les jeunes Cohanim interviennent pour le réveiller et le faire marcher.
Toute la nuit, on l'occupe ainsi jusqu'à l'heure du premier sacrifice.

Et puis vient l'aube…
Après sept jours de préparation, une journée entière de répétitions et une nuit sans sommeil, commence enfin la 'Avoda (le service sacré), pour laquelle tout a été préparé.
Dans quelques heures, le Cohen Gadol prononcera le Nom divin, confessera les fautes d'Israël et entrera là où aucun autre homme ne peut entrer : le Kodech Hakodachim, le Saint des Saints.
Mais ça…
C'est déjà le 10 Tichri.





