Les quelques jours qui nous séparent de la fête de Chavou’ot nous permettent de nous préparer à recevoir la Torah. En effet, nos maîtres nous enseignent, que les fêtes juives ne sont pas une simple commémoration, mais qu’elles sont la répétition des événements qui se sont passés durant cette période de l'année.

Chaque année, durant la fête de Chavou’ot, le don de la Torah est renouvelé. Le chla hakadoch écrit que le jour de Chavou’ot est le jour du jugement de la Torah. Chacun est jugé sur la quantité d'aide providentielle, d'ardeur et de compréhension qu'il aura dans la Torah au cours de l'année. On est aussi jugé sur le mérite que l'on aura dans la diffusion et dans le soutien de la Torah ! Le verdict de ce jugement dépendra des efforts fournis au cours de l'année précédente et de la préparation que l'on aura effectuée à la rencontre de ce saint jour.

Ainsi, la même sainteté et élévation ressenties près du Mont Sinaï lors du don de la Torah, peut nous atteindre si nous nous y préparons. C'est pour cela que nous allons essayer, avec l'aide du Ciel de parler d'un sujet fondamental pour l'accomplissement de la Torah.

Le talmud (Nédarim) demande quelle était la faute qui causa la destruction du premier temple et l'exil qui suivit. Nos sages nous disent que cette question fut une énigme jusqu'à ce que D.ieu en donna la réponse par l'intermédiaire du prophète : c'est l'abandon de la Torah, parce que les enfants d'Israël ne faisaient pas la bénédiction de la Torah !

[Ceux qui récitent quotidiennement les bénédictions du matin la récitent également. Il faut être particulièrement pointilleux sur cette bénédiction car elle fait mériter des enfants justes et érudits!]

Ce texte est à premier abord très étonnant : tout d'abord il est difficile de comprendre que l'oubli de la bénédiction de la Torah puisse entraîner un exil tellement dur, alors que le peuple juif n'avait à priori rien d'autre à se reprocher. De plus, il y a un autre texte qui affirme que la destruction du premier temple et l'exil qui suivit vinrent parce que le peuple d'Israël avait transgressé les trois péchés capitaux à savoir, l'idolâtrie, les relations interdites et le meurtre. Pourquoi dit-on alors que leur seule faute était d’avoir méprisé la bénédiction de la Torah ?

J'ai une fois entendu une magnifique explication de mon maître Rav Shmouël Drabkine : comme l’indique clairement le deuxième texte, les sages savaient que le peuple avait commis les trois péchés capitaux. C’étaient ces fautes qui avaient causé l’exil. Leur étonnement était juste de savoir qu'est-ce qui avait été la cause de cette chute spirituelle. En effet, nous savons que la Torah a le pouvoir de nous protéger du mauvais penchant, et il est donc étonnant d'avoir assisté à cette dégradation. Pourquoi la Torah n'avait-elle pas suffit à repousser la faute ?

Les sages restèrent incapables d'expliquer cette étrange situation, jusqu'à ce que le prophète dévoile : les gens étudiaient certes la Torah mais n'avaient pas conscience de sa véritable valeur. L'oubli de faire la bénédiction de la Torah n'était pas une simple négligence mais il dévoilait le manque d'importance que le peuple lui accordait. Ils considéraient la Torah au même titre que leurs occupations mondaines et avaient oublié la place qu'il fallait lui donner. Avec un tel comportement, la Torah n'avait pas autant de force de les protéger des fautes.

En ces jours précédant la fête de Chavou'ot et en cette période d'examen, il faut faire attention à raviver cette flamme si importante : la Torah n'est pas seulement importante mais elle est toute notre raison d'être.

Ces propos peuvent nous aider à comprendre certaines attitudes exigées par la Torah et qui peuvent des fois nous paraître exagérées.

En effet, certaines personnes se demandent comment on peut abandonner un travail le Chabbath, comment passer un an ou ses vacances à la yéchiva ou au séminaire etc. Sachons donc que tant que les honneurs, la richesse, les études et les plaisirs de ce monde-ci auront une telle importance, nous serons surpris par certains comportements. Ce n'est que si nous acceptons le fait que la Torah est la seule raison d'exister que nous comprendrons la volonté de D', et que nous choisirons les meilleurs endroits pour notre âme et celle de nos enfants.

Il y a soixante ans, un rav de Bné Braq donnait un cours dans une banlieue de Ramat Gan. A cet effet, il marchait une demi-heure aller-retour. Un soir, en plein hiver, une pluie torrentielle se mit à tomber. A cette époque, le chemin qu’il empruntait n’était pas nivelé et fut recouvert de boue. Il se rendit chez le ‘Hazone Ich et lui demanda : « Je suis prêt à me déplacer malgré les difficultés, mais je doute que les participants restent chez eux, à cause du mauvais temps. Dois-je y aller ou non ? »

Le ‘Hazone Ich lui demanda : « N’y a-t-il pas une seule personne qui va venir ? »

« Oui, bien sûr, le responsable de la synagogue viendra ouvrir la porte et allumer les lumières. Mais, à part lui, je doute que les gens se déplaceront. »

Le ‘Hazone Ich trancha : « S’il est ainsi, c’est sûr que je vous conseille d’y aller. Cette décision peut vous surprendre car en quoi l’heure que vous allez perdre dans le trajet vaut-elle moins que l’heure que ce participant va étudier. Mais en vérité, il ne faut pas prendre juste en compte l’heure d’étude. Sachez que le gardien n’est pas la même personne avant et après le cours. En étudiant la Torah, son âme s’élève, ses perceptions se raffinent et ses pensées sont plus pures : il est devenu un autre homme. C’est la force de la Torah ! »

Utilisons la fête de Chavouot pour nous réjouir de notre douce Torah et pour nous renforcer dans son étude et dans son accomplissement. Rappelons que les hommes ont l'habitude d'étudier la Torah durant toute la nuit de Chavou’ot. Le saint Ari zal assurait que celui qui réussira à étudier la Torah tout au long de cette nuit vivra toute l'année !