Nous venons d'entrer dans une période de trois semaines allant du jeûne du 17 Tamouz à celui du 9 Av : une période appelée « beyn hamétsarim », c'est-à-dire littéralement « entre les frontières étroites », un peu comme quelqu’un qui entrerait au fond d’un étroit canyon... En effet, cette image exprime le sentiment d’oppression susceptible d'être ressenti par quelqu'un qui est écrasé les choses ou une situation qui l’angoissent. Tous les événements compris dans cette période assez spéciale de notre calendrier sont reliés à la destruction des deux Temples de Jérusalem et, par là même, aux plus grandes catastrophes survenues dans notre histoire, dont l'exemple assez récent de la rafle du Vel' d'hiv' à Paris. Mais bien avant au XXe siècle : la déclaration de la Première guerre mondiale en 1914, le début des camps de concentration nazis... Et aussi plus loin dans l'Histoire : l’expulsion des Juifs d’Espagne, de France, d’Angleterre au Moyen âge, et ainsi de suite…

Il ne s’agit pas là d’une quelconque "fatalité", mais sans doute est-ce l’illustration d’un principe énoncé dans le Talmud, selon lequel « toute génération qui n’a pas vu la reconstruction du Bet Hamikdach aurait mérité de voir sa destruction. » En d’autres termes, tant que le Temple de Jérusalem n’est pas reconstruit de nos jours, c’est que l’on aurait mérité - par nos propres fautes - de le voir nous-mêmes détruit…

Or, la faute qui a provoqué la destruction du deuxième Temple est appelée « sinat ‘hinam » - la haine gratuite. On peut donc dire, sans trop risquer de se méprendre, qu’aujourd’hui encore " l’amour gratuit " fait cruellement défaut dans notre peuple !

Mais il y a une deuxième citation que j’ai à cœur de ramener, car il ne s’agit pas uniquement pendant cette période de « s’endeuiller pour s’endeuiller » : même si ce temps de notre calendrier compte de nombreuses obligations liées au deuil (dont la plus répandue est l’absence de mariage), il est toutefois écrit dans le Talmud : « Celui qui s’endeuille pour la destruction du Temple méritera de voir sa reconstruction. »

Il ne s’agit donc pas simplement d’un deuil de désespoir, mais au contraire d’un deuil d’espoir qui amènera très bientôt - bimhéra béyaménou - à la construction du Bet Hamikdach !