Pour la plupart, le jour de Ticha bé Av est le jour qui commémore la destruction des 1er et 2e Temples. Ce qui constitue déjà une coïncidence étonnante, car à plus de six siècles d’intervalle, le Temple de Jérusalem a été détruit une première fois par les Babyloniens et une seconde par les Romains.On sait que l’institution de ce jour fatidique par nos Sages datait déjà de la première destruction babylonienne ; et lorsque le deuxième 'horban est survenu, les Sages ont décidé que ce jour funeste serait celui dans lequel le peuple d’Israël commémorera, dans toute son histoire, tous les drames qui y surviendraient.

En effet, la tradition orale rapporte que déjà à l’époque originelle de Moché rabbénou, c’est bien le soir du 9 av que les explorateurs, après leur séjour de visite en Eretz Israël, sont venus faire leur récit démoralisateur aux enfants d'Israël, et que cela les a fait pleurer de désespoir. Hachem leur a dit alors en substance : " Hélas ! Vous avez pleuré sans raison, car J’avais prévu de vous donner la terre d’Israël comme Je vous l’avais promis… Mais viendra un jour où vous pleurerez à juste titre pour d'autres choses ! ".

Et voilà que 9 du mois de Av est devenu le symbole de tous les malheurs d’Israël ! On doit en effet rappeler par exemple que l’expulsion des Juifs des principaux pays européens (l’Allemagne, l’Angleterre, la France, et même l’Espagne, respectivement aux 12e 13e, 14e et 15e siècles) a toujours eu lieu à cette période. Et même plus près de nous, la sinistre rafle du Vel' d'Hiv de juillet 1942 s’est déroulée la semaine de Ticha bé Av.

Ce qui explique pourquoi les Sages de notre temps n’ont pas cru bon de s’associer à l’instauration du " Yom Hashoah " afin de commémorer la tragédie indicible du génocide du tiers de notre peuple par les nazis.. Cela ne veut évidemment pas dire que le monde 'harédi serait " indifférent " aux terribles souffrances de la Shoah, mais qu'il ne souhaitait pas qu’un jour spécifique les commémore. D'ailleurs dans les pays notamment " ashkénazes ", il existe une " kina " – un piyout d'affliction - spécifique à la Shoah que l’on récite justement le jour du 9 Av. Il existe aussi une kina pour les Sifré Torah brûlés…

Or il s'avère que dans la communauté française, une synagogue a pris feu accidentellement voilà quelques années à Paris et sept Sifré Torah ont malheureusement été brûlés… En fait, c’est exactement le même jour, près de 800 ans plus tôt, que 23 charrettes contenant des parchemins du Talmud avaient été brûlées sur la place de Grève à Paris, sur l’ordre du roi Louis IX, la semaine même de la parachat 'Houkat !

On voit qu’il est ainsi des dates qui marquent irrémédiablement le temps et que la principale préoccupation des maîtres est à cet égard que le calendrier hébraïque ne se transforme pas en une litanie continuelle remplie de douleurs et de pleurs.

Il faut aussi rappeler que la tradition orale nous annonce que le Machia'h doit naître justement l’après midi du 9 Av ! Ce qui signifie que c'est du fond même de l’abîme, dans la douleur, l’obscurité et les larmes, que jaillira la lumière de la Rédemption. Car, dit le Talmud, " celui qui s’est endeuillé pour Jérusalem méritera de partager sa joie ! ".

Alors, je sais qu’il est difficile de jeûner le 9 av - avec toutes les privations qui y sont associées (pas de toilette ni de soins du corps) - et que l’été n’est pas la saison la plus propice pour le jeûne, mais plus on souffre avec Jérusalem, plus on se réjouira avec elle. Et je suis persuadé que cela viendra très bientôt. Amen ken yiheyé ratson !