À travers l’histoire, plusieurs nations ont tenté d’anéantir le peuple juif. Or, nous avons l’obligation de nous souvenir constamment de l’une d’entre elles uniquement et de la détruire – Amalek, qui attaqua les Bné Israël peu après l’ouverture de la Mer des Joncs.

Pour mieux comprendre le danger présenté par Amalek, analysons de plus près l’ordre que nous avons de nous souvenir de son acte odieux. « Souviens-toi de ce qu’Amalek t’a fait en chemin, à votre sortie d’Égypte ; comme il t’a surpris en chemin et a poursuivi tous les faibles derrière toi. Et tu étais fatigué, à bout de forces et lui ne craignait pas D.ieu. »[1]

La plupart des versets évoquent les actions ignobles d’Amalek, comme leur façon d’attaquer alors que nous étions faibles et fatigués. Toutefois, la fin du verset met l’accent sur une caractéristique encore plus méprisable : le fait qu’Amalek afficha son manque de crainte de D.ieu. Amalek incarne la quintessence du mal, ses défauts détestables allaient de pair avec ses croyances erronées. Alors pourquoi la Torah se focalise-t-elle sur une faille relativement minime ?

Selon le Rav Moché Sternbuch, la Torah nous montre l’origine du vice d’Amalek – son manque de Yirat Chamaïm[2]. Pourquoi ? La crainte du Ciel provient essentiellement de la conscience de l’implication d’Hachem dans le monde. On voit la Providence Divine dans tout ce qui survient et l’on utilise cet axiome pour comprendre comment Hachem communique avec nous. Cet éveil nous rapproche d’Hachem et nous incite à accomplir Sa volonté.

Par ailleurs, celui qui manque de Yirat Chamaïm reste aveugle à tout ce qui se passe autour de lui. Il ne voit pas la Main de D.ieu, même dans les événements les plus miraculeux, mais les attribue irrationnellement aux lois de la nature ou au hasard. Il ne s’émeut donc de rien, pas même des choses les plus incroyables. Un tel individu ne s’approchera jamais de la vérité, parce que rien ne l’affecte. Amalek personnifiait ce défaut. Il était au courant des grands miracles effectués en faveur des Juifs – les Dix Plaies et l’ouverture de la mer. Pourtant, il ne prêta aucune attention aux implications de ces occurrences – à savoir qu’il y a un Être tout-puissant qui guide le peuple juif. Il refusa de reconnaitre la spécificité de cette nation et décida de l’attaquer ouvertement.

Il ajoute qu’Amalek « surprit » le peuple juif. Le terme utilisé est « karkha », qui a la même racine que le mot froid – « kor ». Cela signifie qu’Amalek refroidit la crainte qu’éprouvaient les nations du monde envers le peuple juif, après les miracles de la sortie d’Égypte. ’Hazal proposent l’analogie d’une baignoire d’eau bouillante dans laquelle personne ne peut entrer. Quelqu’un décide de sauter dedans. Certes, il se brûle, mais il refroidit l’eau et permet ainsi aux autres d’y entrer. De même, les non-juifs redoutaient d’assaillir le peuple juif après tous les miracles qu’il avait vécus. Amalek ne tint pas compte de ces prodiges et sortit au combat. Malgré sa cuisante défaite, il réussit quand même à réduire la crainte des nations à l’égard des Juifs.

Pourquoi Amalek réagit-il différemment des autres peuples ? Les non-juifs idolâtraient de fausses divinités, mais croyaient en une Puissance suprême pouvant diriger un peuple. Ils croyaient donc en un « D.ieu des Juifs » et tenaient compte de Sa bienveillance à leur égard. Amalek, en revanche, prônait l’athéisme. Il ne croyait en aucune force et attribuait donc la prodigieuse sortie d’Égypte au hasard. C’est pourquoi il ignora tous les signes et plongea dans le bassin d’eau bouillante.

Le manque de crainte du Ciel d’Amalek le fit réagir « froidement » à tout ce qu’il voyait et l’incita même à refroidir les autres nations. Cette attitude est spécifique à Amalek et, dans un sens, présente un plus grand danger pour le respect de la Torah que les croyances idolâtres des autres peuples. En effet, même des Juifs « croyants » risquent d’amoindrir leur émerveillement face aux miracles qui les entourent, voire de les attribuer inconsciemment au hasard. De plus, ils risquent de ne pas en tirer leçon, de rester indifférents aux messages qu’Hachem leur véhicule.

Lorsque nous lisons Parachat Zakhor, nous devons nous concentrer sur le manque de Yirat Chamaïm qui caractérisait Amalek.

Puissions-nous, grâce à cette analyse, nous éloigner d’Amalek et réduire sa force à néant.



[1] Parachat Ki Tétsé, Dévarim, 25:17-18.

[2] Taam Vadaat, Dévarim, 25:18. Voir également Ayélet Hacha’har du Rav Aharon Yéhouda Leib Steinman pour une approche similaire.