Question : “J’ai le sentiment de ne rien faire de ma vie. Autour de moi je vois des personnes qui ont l’air de réussir : elles sont actives, elles accomplissent des projets et atteignent de nombreux objectifs dans la vie, alors que moi je ressens que je n’ai rien accompli. Je sens comme une pression de la part de la société et de mon entourage. Et en voyant toutes ces personnes qui réussissent, je me sens mal à l’aise en regardant où moi je me trouve par rapport à elles…”

Réponse de Rav Boyer :

Dans la Paracha de Térouma, nous voyons comment le Saint béni soit-Il a divisé le Michkan en trois parties. Il y a la partie du Saint des Saints, où se trouve l’Arche ; il y a la partie du Hékhal, où se trouvent la Ménora, la Table et l’Encens ; et il y a la partie où se trouvent l’Autel extérieur et le Bassin.

En vérité, il faut comprendre pourquoi le Saint béni soit-Il a divisé le Michkan en trois parties. Pourquoi ne pas simplement prendre une grande salle et y disposer les ustensiles du Michkan selon les côtés ? Pourquoi était-il nécessaire de le diviser réellement ? Quel message profond se trouve ici ?

Les livres saints expliquent que le Saint béni soit-Il a voulu nous enseigner que la forme du Michkan et la forme de l’homme sont une seule et même chose, c’est-à-dire que la structure du Michkan est identique à celle de l’être humain. Nous l’apprenons des paroles du Zohar (Bamidbar, partie 25), au sujet de « à l’image de D.ieu, Il créa l’homme », et de même pour la Torah et le Michkan.

Chez l’homme, il y a une partie supérieure, qui est la zone de la pensée, les Mohin (les facultés intellectuelles) ; une deuxième partie, qui est la zone des émotions et des traits de caractère ; et une partie inférieure, qui est la partie de l’action concrète, enracinée dans la réalité. De la même manière, le Saint béni soit-Il a divisé le Michkan en trois parties, afin de suggérer que, tant au sein du peuple d’Israël que chez chaque individu, il existe trois dimensions, chacune ayant un rôle différent et un objectif distinct.

Tout le monde comprend que chez l’être humain, le cerveau a sa fonction, et qu’elle est très importante. De même, le cœur a aussi sa fonction, et elle est très importante. Mais que feraient ces deux dimensions sans le monde de l’action ? Si une personne passait toute la journée à penser, puis toute la journée à ressentir, mais qu’elle ne transformait ni ses pensées ni ses émotions en actes concrets, alors toutes les parties supérieures n’auraient aucun sens. De même, si une personne agissait sans réflexion ni sentiment, cette action n’aurait aucun sens non plus. Ce n’est que par la connexion des trois dimensions que l’on obtient une image complète de l’être humain. C’est précisément ce que le Saint béni soit-Il a fait avec le Michkan. Il l’a divisé en trois parties afin de montrer que chaque partie est différente, que chaque partie est responsable d’un domaine particulier, et que chacune a sa mission propre.

Lorsque l’on observe la bibliothèque juive, on y trouve des livres de pensée, des livres de service de D.ieu liés au monde de l’émotion, ainsi que des livres de Halakha liés au monde de l’action. Quelqu’un oserait-il dire, à D.ieu ne plaise, que l’un de ces domaines ne remplit pas son rôle ou qu’il n’est pas nécessaire ? Une telle idée pourrait-elle même traverser l’esprit ? Il en va de même pour l’ensemble du peuple d’Israël. Il y a des personnes de réflexion, il y a des personnes de bonté issue du cœur, et il y a des personnes d’action. Par exemple, s’il n’y avait personne pour écrire les Téfilines et les Mézouzot, et s’il n’y avait personne pour fabriquer le parchemin et les boîtiers, à quoi servirait-il qu’il y ait des hommes de pensée qui étudient toute la journée au Beth Hamidrach, si personne n’a de Téfilin ni de Mézouzot ? Chacun complète l’autre, et chacun possède sa mission particulière.

Il est rapporté dans le Midrach : « Il n’y a rien de plus cher devant le Saint béni soit-Il qu’un messager envoyé accomplir une Mitsva et qui donne sa vie pour réussir dans sa mission » (Bamidbar Rabba 13). Le Saint béni soit-Il aime celui qui accomplit son rôle dans Son monde. Mais lorsqu’une personne cherche à prendre le rôle de quelqu’un d’autre, elle annule en réalité sa propre existence, comme l’enseigne le Arizal : le Saint béni soit-Il ne fait pas deux choses identiques.

Le Michkan enseigne et suggère à chaque être humain que la Présence divine ne réside que lorsque toutes les parties sont à leur place : l’Arche et les ustensiles du Hékhal, mais aussi l’autel extérieur sur lequel on offrait les sacrifices, correspondant au monde de l’action. Si l’un de ces éléments manque, la Présence divine ne peut résider.

Par conséquent, une personne qui se sent inutile par rapport aux autres doit savoir que, dès l’instant où elle se compare aux actions d’autrui, que cela l’oppresse et perturbe ses pensées, c’est le signe qu’elle n’a pas encore découvert sa propre identité et qu’elle a encore un travail à accomplir…