Il n’est pas courant dans l’histoire du peuple juif qu’une excommunication (‘Hérem) soit prononcée par un tribunal rabbinique, pour stigmatiser une opposition flagrante à la Torah. Ce fut le cas, au 17ème siècle, à l’égard de Spinoza qui avait émis des idées opposées à la tradition du judaïsme. Ce qu’il professait s’appelle un panthéisme – mot basé sur les deux mots grecs : « pan », en grec signifie « tout » et « théisme » est le mot grec pour exprimer le Souverain de l’univers. Cette théorie prétend qu’il n’y a pas eu – à D.ieu ne plaise – de création du monde. La nature, selon cette grave déviation, est éternelle ! Cela était si grave qu’il fallait marquer une opposition totale à ce dangereux détournement de la vérité. 

À la différence de l’idolâtrie où un culte est adressé aux éléments naturels (dieu de la foudre, dieu du soleil, dieu de la nuit et toutes sortes de divinités basées sur des éléments créés), le panthéisme, lui, donne l’éternité à la nature, mais sans lui adresser un culte. Il est essentiel de remarquer que le christianisme et l’athéisme ont, tous les deux, connu une tentation panthéiste. Le jésuite, Teilhard de Chardin, estime que la nature exprime une révélation du christianisme. Albert Camus, athée, évoque, dans ses essais, une intimité avec la nature. Deux idolâtries modernes, mais sans culte, comme dans l’Antiquité. La nature, selon eux, est éternelle et n’a pas été créée. C’est l’immanence de la nature exprimée par Spinoza qui est la plus répandue, parce qu’elle ne demande pas de réfléchir beaucoup.

La Torah – Lehavdil – exprime que D.ieu se révèle PAR la nature. De même qu’on reconnaît un peintre par ses tableaux, mais le tableau n’est pas le peintre, D.ieu est reconnu par la nature qu’Il a créée, mais Il n’est pas la nature. Ce n’est pas la nature qui est éternelle, car elle a été créée ex-nihilo (Yech Mia’in). Il la protège, la renouvelle tous les jours. Il transcende le monde. Un verset des Psaumes résume cela exactement, par une subtilité de la lecture traditionnelle. Quelquefois, les mots du Tanakh s’expriment par deux moyens : le « Kri » (la lecture) et le « Ketiv » (l’écriture). Les deux lectures s’écrivent différemment mais se lisent parallèlement avec une signification différente. Dans le chapitre 100 des Psaumes, il est dit : « L’Éternel nous a faits, et NON nous ». Le même mot NON (Lo) peut se comprendre différemment avec la même lecture. « Il nous a faits, et nous LUI appartenons », car Lo peut aussi signifier LUI. Cette deuxième lecture est plus vite significative, car le verset suivant dit : « Car Il est notre berger ». Cependant, l’exégèse rabbinique nous dit qu’il faut comprendre les deux acceptations, qui confirment notre propos ici. « Il nous fait, et ce n’est pas nous qui nous sommes créés » : refus du panthéisme, de donner une dimension créatrice à la nature, refus de l’immanence, de donner un statut éternel à la nature. La deuxième lecture confirme la transcendance du Créateur, car Il est notre berger, qui exerce Sa Providence sur Son troupeau. Les deux lectures se complètent dans un mot (Lo), et soulignent la négation du panthéisme et d’autre part, l’appartenance à D.ieu, comme le troupeau appartient à son berger. Double déduction d’un verset éloquent : négation de l’immanence, affirmation du lien avec le Tout-Puissant.

Mais ce qui confirme encore ce refus du négatif, du panthéisme, c’est le veau d’or fabriqué dans le désert, pendant l’absence de Moché. Les enfants d’Israël ont proclamé : « Voici ton dieu, Israël, qui t’a fait sortir d’Égypte » (Chémot 32,4). Il ne s’agit pas d’un culte idolâtre au veau, mais d’une négation de la transcendance. Le veau, l’or, sont des éléments créés, et on leur donne le statut de « divinité ». C’est là, la désobéissance d’Israël au D.ieu Qui l’a fait sortir d’Égypte : passage de la Mer rouge, Manne, révélation du Sinaï, tout est soudain oublié. C’est la nature, le veau, l’or, qui est à la source de leur existence, et on oublie les miracles surnaturels ! N’est-ce pas ainsi qu’aujourd’hui, on adore le veau d’or ? L’intelligence humaine oublie Qui nous a faits : on dit – sans y réfléchir – c’est la nature qui a fait cela, c’est elle qui a créé les armes modernes, et on oublie bien vite Celui qui maintient le peuple d’Israël depuis 3000 ans, et lui accorde Sa protection. Il faut « ouvrir les yeux », ne pas oublier que Moché est en haut de la montagne avec l’Éternel. On ne voit pas la spécificité de notre peuple. On adore le veau d’or. C’est le danger aujourd’hui. Le désir de la jouissance est la transcendance de notre époque. Rejetons le veau d’or actuel, et découvrons le Créateur, seul Maître de l’univers.