Notre époque voit une bonne partie du peuple hébreu se rapprocher du judaïsme. Il y a comme un vent de pureté qui souffle, ramenant irrésistiblement les Juifs vers leur patrimoine. Incroyable ! Pourtant, il existe chez certains de ces Ba'alé Téchouva un phénomène douloureux, qu'ils n'osent pas toujours exprimer : celui de la perte de confiance en D.ieu. Trop “déçus”, ils ne placent plus réellement leur espoir en Lui.
Que s'est-il donc passé ? Pour certains, après avoir réalisé de nombreux sacrifices pour se rapprocher de la Torah, ils attendaient de D.ieu, en retour, une “contrepartie”. “Depuis que j’ai fait Téchouva, rien ne va plus : mes affaires marchent moins bien, j’ai des problèmes de santé et de couple. J’ai arrêté de travailler le Chabbath, et je me retrouve au chômage ! J’ai fait ma 'Alyah pour l'éducation des enfants… qui depuis ont quitté le judaïsme !” D'autre part : “Je suis tombé sur un faux rabbin escroc !” Ou encore : “En me rapprochant de la Torah, je me sens tout le temps coupable, alors qu'hier, j'étais heureux dans mon inconscience, à me prélasser à l’ombre d’un cocotier, sans le moindre sentiment de culpabilité.”
Paradoxalement, on n'abandonne pas pour autant le chemin de la Torah. On continue à prier, mais plus avec le cœur : on prie parce que la loi l'exige. Par contre, on ira se rendre sur les tombeaux des Tsadikim, on ira demander des bénédictions aux Rabbanim, on accomplira des Ségoulot (comme la Mitsva de prélever la ‘Halla). Comme si l'on cherchait la protection de D.ieu sans véritablement placer sa confiance en Lui.
Disons-le d'emblée : ces plaintes n'ont rien de honteux, ni ne sont nécessairement le signe d'une foi défaillante. Ainsi, Iyov crie, conteste, réclame des comptes – et c'est lui que D.ieu justifie face à ses amis trop certains d'avoir les bonnes réponses. David ouvre parfois sa prière par “‘Ad ana, Hachem, tichka’héni nétsa’h ?” (“Jusqu'à quand m'oublieras-Tu ?”). La plainte adressée à D.ieu, plutôt que murmurée loin de Lui, est déjà une forme de confiance : on ne crie que vers Celui dont on attend encore quelque chose.
En réalité, le problème n'est pas d'avoir espéré une contrepartie : la Torah parle elle-même de bénédiction et de rétribution. Il est ailleurs : avoir réduit toute la relation à D.ieu à ce seul registre, comme si D.ieu était un partenaire d'échange dont on pourrait exiger des comptes, ici-bas, en temps réel. La tradition tient les deux fils ensemble : il y a certes rétribution, mais son échelle et son délai ne sont pas les nôtres. Ce qui vacille n'est pas Sa bonté – absolue –, mais notre méprise à vouloir la mesurer avec nos instruments.
Nous sommes à la veille de Roch Hachana, date de la création de l'homme, où chaque année porte en elle un nouveau départ. Nous mentionnons le mérite du sacrifice d'Its’hak ; le Chofar, à savoir la corne de bélier, y fait allusion. Avraham, lui non plus, ne comprenait pas. D.ieu lui avait promis une descendance par Its’hak, puis lui demanda de l'offrir en sacrifice. Durant les trois jours de marche vers le mont Moria, la Torah ne nous dit rien de ses pensées. Sa grandeur fut justement d'avancer sans comprendre, en continuant à placer sa confiance en D.ieu. Son exemple devient une référence, et aussi un mérite perpétuel pour sa descendance.
À partir de Roch Hachana, nous disons : Avinou, Malkénou ! Un père véritable n'est ni un guichet qui solde ses comptes chaque jour, ni un personnage indifférent : il possède simplement des données que l’enfant ne peut voir ni saisir sur le moment. Ce n’est pas sans raison que nous consommons des mets sucrés ce soir-là : c’est un moyen d’affirmer que la table de D.ieu est, in fine, une table de bonté !
Chana Tova Oumévorekhet !





