Il y a 7 ans déjà, près d’un million de personnes accompagnaient le cercueil du Rav ‘Ovadia Yossef à travers les rues de Jérusalem. Depuis deux millénaires, on n’avait pas vu un tel enterrement dans le Klal Israël. Rav ‘Ovadia Yossef fut l'un des plus grands décisionnaires des temps modernes, possédant une connaissance prodigieuse de toute la Torah et étant d’une assiduité phénoménale dans son étude.

C’est surtout sur cette deuxième qualité que nous voudrions nous attarder un instant : le Rav, animé d’une Ahavat Israël (amour pour son peuple)  incommensurable, était capable de fermer ses livres chéris pour partir ramener les brebis au bercail. Le Rav ‘Ovadia se déplaçait là où il le pouvait et autant qu’il le pouvait, rallumant les braises du judaïsme authentique dans le cœur de son public. 

Il n’eut de cesse toute sa vie de chercher à renforcer le judaïsme particulièrement chez le public séfarade qui s’était éloigné de la Tradition, entrainé par les courants impétueux de “l’émancipation” qui, en Israël, se traduisait par une laïcité sioniste.

D’ailleurs en l’accompagnant à sa dernière demeure, les myriades de Juifs qui avaient profité de ses enseignements ne manquèrent pas de lui exprimer leur reconnaissance en retour. 

On peut distinguer deux périodes distinctes lors desquelles l’influence du Rav sur le public a été remarquable : la première lorsqu’il fut grand rabbin d’Israël puis, plus tard, lorsqu’il présidera au parti Chass et que son influence atteindra son apogée.

On ne le sait pas toujours  mais la nomination du Richon Létsion (“Premier de Sion”, c'est-à-dire le chef du rabbinat) était alors attribuée à vie. Lors de la présidence du Rav ‘Ovadia Yossef, la loi fut intentionnellement dérogée et limitera ce rôle à 10 ans seulement. La raison - officieuse mais évidente - de cette décision, était que le Rav dérangeait et agaçait l’establishment laïc qui se trouvait menacé par cet homme dont la popularité allait grandissant et qui n’hésitait pas à dénoncer des incohérences dans le système d’Etat israélien qui s’opposait aux lois juives.

 A titre d’exemple, il avait rapporté dans son discours hebdomadaire qui passait sur les ondes de la radio nationale qu’un Juif n’avait pas le droit de s’adresser à un tribunal qui ne juge pas selon la Torah pour trancher un différend avec son prochain. Ses propos avaient soulevé un tollé dans le pays - le système juridique en Israël n’étant pas celui de la Torah - et beaucoup de personnalités politiques avaient demandé à l’évincer. Le Rav aurait pu esquiver la polémique sans traiter du problème en public, ce qui lui aurait évité ces attaques. Mais c’est mal connaître cet homme qui cherchait à enseigner la Torah dans toute sa vérité, sans chercher à plaire. 

Le Rav ‘Ovadia Yossef fut très peiné de devoir quitter le Grand Rabbinat, car il savait qu’il perdait là l’occasion de rapprocher des Juifs aux valeurs du judaïsme et ce, à grande échelle. Mais providentiellement, grâce au fait qu’il ne pouvait plus être grand rabbin d’Israël (ce poste en effet interdit toute prise de position politique), il prit la tête du parti Chass et put à nouveau diffuser la loi et la pensée juive authentiques, cette fois avec un retentissement décuplé, sans les entraves que le Rabbinat lui imposait.

Son rayonnement à la tête de Chass sera sans commune mesure avec celui de son poste précédent de Richon Létsion. Comble de l’ironie pour ses adversaires et ceux qui voulaient éteindre son aura, tous les dirigeants politiques d’Israël viendront frapper à sa porte pour que Chass s’associe à leur coalition.

Le Rav ‘Ovadia Yossef, de mémoire bénie, fut l’expression et l’incarnation la plus flagrante d’un principe indéniable : vouloir étouffer la vérité la fait rejaillir en force autre part.    

Que son souvenir soit pour nous source intarissable d'inspiration et de bénédictions.