Cette semaine, nous aborderons plusieurs points importants pour amener nos enfants à nous respecter, tels que le respect au sein du foyer, la manière de réagir, le moment opportun pour réagir, etc.
La place du respect dans le cadre familial
Il est très important qu’il règne dans l’atmosphère du foyer un respect mutuel réel entre les deux parents. Lorsque ce respect existe à la maison, les enfants le vivent, le respirent, et il s’imprègne profondément en eux.
Lorsque deux conjoints vivent sous le même toit, il y a souvent entre eux des divergences d’opinion, parfois des volontés contradictoires, et aussi des situations où l’un n’agit pas toujours selon le désir de l’autre. La grande épreuve réside dans leur comportement à ce moment-là. Si leur conduite manque de respect — c’est-à-dire des disputes devant les enfants, des désaccords exprimés de manière dure, des reproches lancés, et dans les cas plus graves, à D.ieu ne plaise, même des querelles bruyantes — cela montre aux enfants que leurs parents ne sont pas des personnes respectables. Parfois, les parents occupent des fonctions importantes et sont considérés dans la société comme des personnes très respectées. Mais ce respect-là n’a aucun lien avec ce qui se passe à l’intérieur du foyer. Même si le père est directeur de Yéchiva ou occupe une fonction publique, et que la mère peut être directrice d’un établissement éducatif, cela ne dit rien de leur statut au sein de la maison. Il ne manque pas de personnes célèbres qui, chez elles, sont méprisées jusqu’à la poussière.
Le véritable respect d’une personne se mesure dans le cadre familial. Même lorsqu’il y a des situations de désaccord, et que certaines choses ne plaisent pas à l’autre partie, la question est de savoir comment on réagit. Si l’on réagit de manière respectueuse, si l’on valorise l’autre, et que les enfants voient que même en temps de désaccord on reste calme et posé, ce comportement s’imprègne en eux et ils apprennent comment il faut réagir en toute situation. Dès lors, s’il y a un jour un désaccord entre le père et l’enfant, l’enfant réagira de manière respectueuse et saura comment répondre. La dignité sera ancrée en lui, dans son âme et dans sa personnalité . En revanche, dans une maison où il n’y a pas de respect, tout finit par être transmis aux enfants. Eux aussi se permettent soudain de parler de manière irrespectueuse, eux aussi s’autorisent à opposer leur opinion à celle des parents, eux aussi peuvent dire n’importe quoi, ou peut-être même ne pas leur accorder la moindre attention. Ils agissent exactement comme ils voient leurs parents eux-mêmes se comporter, lorsque bien souvent il n’y a aucune communication et parfois même des journées entières où les parents sont en colère et ne se parlent pas entre eux.
Il n’est pas toujours facile de préserver en permanence une attitude digne et respectueuse à la maison. Mais le Saint béni soit-Il offre parfois des occasions où la personne se maîtrise et continue à se comporter avec dignité, même face à des choses qui ne lui plaisent pas. Il arrive que certaines paroles soient prononcées ou que certains actes soient commis à la maison de manière inappropriée, tant sur le plan spirituel que matériel. Pourtant, un parent qui sait se contenir et rester digne en toute circonstance et en toute situation donne à ses enfants un exemple personnel de ce que signifie le respect. Ensuite, il peut aussi leur demander d’adopter un comportement respectueux à la maison, car la Présence divine réside dans une maison où règne le respect.
La réaction des parents face au comportement des enfants
Il arrive parfois qu’un enfant se comporte de manière inappropriée. Il met ses parents en colère, ne respecte pas l’ordre et la propreté de la maison, et ne participe pas aux tâches régulières. Parfois, il s’agite excessivement ou, à D.ieu ne plaise, frappe ses frères. On essaie de lui parler, mais il fait ce qui lui plaît. La grande question est alors : comment les parents réagissent-ils ?
Si les parents perdent leur sang-froid, crient, punissent et sortent de leur équilibre intérieur, l’enfant apprend que lorsque quelque chose ne va pas dans la vie ou lorsqu’il est contrarié, la solution consiste à exploser, crier et punir sous l’effet de la colère. Cela se manifeste également dans l’autre sens. Lorsque l’enfant a l’impression que quelque chose ne va pas avec ses parents — c’est-à-dire que les parents l’ont « énervé », qu’à ses yeux ils n’ont pas raison et qu’il ne comprend pas vraiment leur manière d’agir — dans ce cas, lui aussi réagira de façon explosive. Il agira simplement comme il l’a vu à la maison. En revanche, lorsque les parents sont des personnes dignes, capables de se comporter avec retenue, et que lorsqu’un enfant agit de manière inappropriée, ils se maîtrisent, ne perdent pas leur calme, et possèdent la sagesse de régler les choses de façon très respectueuse, alors l’enfant, lui aussi, dans des situations qui lui sont désagréables, se comportera de la même manière et leur renverra cette attitude. Même si l’enfant n’agit pas ainsi, au minimum, il aura une conscience morale et ressentira qu’il n’a pas agi correctement. Parfois, les parents doivent dire à l’enfant : « Chez nous, on ne parle pas de cette façon. Ton attitude aujourd’hui ne correspond pas à l’esprit de notre maison. Après tout, tu n’as jamais vu papa ou maman se comporter ainsi. »
Bien souvent, dans des moments de pression — comme à l’approche de Chabbath ou d’une fête — on entend des parents élever la voix à la maison. Parfois, ils punissent et vont même jusqu’à lever la main. À ce sujet, le ‘Hazon Ich a fait remarquer que la punition est une faiblesse. Certes, parfois, il est effectivement nécessaire de punir, mais cela demande beaucoup de discernement. On raconte à propos de Rabbi Eliyahou Lopian זצ״ל que lorsque ses enfants se comportaient de manière inappropriée, il ne leur faisait aucune remarque le jour même. Il craignait que sa réaction ne vienne d’un sentiment de colère, et qu’elle ne soit alors ni digne, ni appropriée, ni authentique. C’est pourquoi il attendait le lendemain, puis il se demandait s’il fallait réagir et comment réagir, toujours en position de dignité. Il est très important de bien peser la manière dont on réagit face aux enfants. C’est là que se trouve le véritable respect. Un enfant qui voit une figure paternelle capable de se maîtriser en toute situation, apprendra lui aussi à se maîtriser en toute situation. Et s’il est encore trop jeune pour cela, cela se manifestera à des étapes plus tardives, car lui aussi possède un Yétser Hara’. Et en particulier, si le parent sent qu’il est en colère, il doit se retenir et se taire. Il doit se dire : ce n’est pas le moment de réagir. Ce n’est que plus tard, parfois même après deux jours, qu’il appellera l’enfant et discutera avec lui calmement et avec douceur de ce qui s’est passé, en lui expliquant que cela ne peut pas continuer ainsi. Alors l’enfant se demande : comment mon père est-il capable de cela ? Il ne se met pas en colère contre moi, il ne perd pas son sang-froid. Comment a-t-il pu se taire jusqu’à maintenant ? Et soudain, il comprend que son père est une personne digne, et une personne digne est respectée.
Ce sont des choses très fines et très délicates, et c’est ainsi que les grands d’Israël ont agi à toutes les générations. Ils ne criaient jamais à la maison, ne perdaient pas leur sang-froid, respectaient leurs épouses ainsi que leurs parents, et c’est ainsi qu’ils ont mérité que leurs enfants, et même tout leur entourage, les respectent comme il se doit.
L’exemple personnel
Lorsqu’un parent vient exiger quelque chose de son enfant, il doit se demander s’il l’exige également de lui-même. Le Ari Hakadoch explique que les âmes des parents se trouvent à l’intérieur des enfants, et que les enfants ressentent leurs parents. Un certain Roch Yéchiva avait l’habitude de consulter un nutritionniste qui l’aidait à préserver son poids et sa santé. Un jour, il lui demanda : quelle peut être la raison pour laquelle, lorsque je fais attention à mon alimentation, je ressens que mes élèves à la Yéchiva m’obéissent davantage, et lorsque je perds le contrôle et ne fais pas attention, ils sont moins disciplinés ? La raison est que lorsqu’une personne se maîtrise elle-même, elle est capable d’exiger des autres qu’ils se maîtrisent eux aussi et qu’ils acceptent son autorité. Mais lorsqu’elle n’arrive pas à se contrôler elle-même, comment peut-elle l’exiger des autres ?
Les enfants, à la maison, observent constamment leurs parents. Voilà que le père respecte les horaires : il se lève pour les prières et se rend régulièrement à son programme quotidien. Bien souvent, les emplois du temps sont un peu serrés, et la tentation existe de prier à la maison ou d’aller à un Minyan plus tard. Mais l’enfant voit que son père tient fermement à ses principes : règle absolue, les prières à l’heure ; le temps d’étude est un temps d’étude. L’enfant perçoit alors chez son père une véritable force. Et donc, lorsque le père demande quelque chose à l’enfant, celui-ci ressent que cela vient de cette même force intérieure ; il respecte et accepte. En revanche, lorsque le père n’est pas très rigoureux, et qu’à certains moments il ne respecte pas vraiment les cadres et les engagements, que l’enfant voit parfois son père prier à la maison, une autre fois manquer un cours par manque d’énergie, qu’à chaque fois il allège autre chose et que tout est en perpétuel changement – l’enfant apprend alors que lorsqu’une chose devient un peu difficile ou déplaisante, on n’est tenu à rien. Dans ce cas, lorsque le père exige de l’enfant qu’il fasse telle ou telle chose, l’enfant refuse. Il ressent qu’il n’y a personne à respecter, aucune force à laquelle il devrait obéir.
Prenons l’exemple du Chabbath après-midi : l’enfant souhaite que son père étudie avec lui. Mais le père répond qu’après le repas il est fatigué, qu’il n’a pas la force, et il va dormir. Plus tard, le père se réveille reposé et appelle son fils pour étudier avec lui. Mais à présent, l’enfant est fatigué ; après s’être agité toute l’après-midi, il n’en a plus envie. Le père se met alors en colère : comment ça, tu es fatigué ? Qu’est-ce que ça veut dire que tu n’as pas la force ? Maintenant il faut étudier ! Certes, l’enfant n’exprime pas à voix haute ce qu’il ressent, mais intérieurement il perçoit parfaitement la vérité : quelques heures plus tôt, le père n’avait pas la force, et maintenant c’est lui qui n’a pas la force ; pourtant, le père se met en colère et le presse d’étudier. L’enfant devient insolent et refuse, et le père s’étonne : où est donc le respect des parents ? Mais si le père n’était pas allé dormir, et avait dit à l’enfant : même si je suis fatigué et que c’est difficile pour moi, je vais maintenant faire un effort pour toi et venir étudier avec toi, alors l’enfant apprendrait que lorsqu’il faut faire quelque chose, on le fait, même si l’on est un peu fatigué. Ainsi, chaque fois que le père viendrait vers l’enfant pour étudier avec lui, l’enfant ne pourrait plus se dérober en prétextant la fatigue, car lui aussi a vu son père étudier avec lui alors qu’il était fatigué.
C’est de cette manière que l’on transmet le respect à l’enfant, car tout le respect des enfants provient de la personnalité des parents…




