Nous avons longuement traité du désir de l’enfant, qui découle de son « moi ». Lorsque l’enfant plie sa volonté pour accomplir la volonté de ses parents, c’est ainsi qu’il les honore. Mais cela, à lui seul, ne suffit pas. Examinons d’autres voies qui influencent les enfants à respecter leurs parents…

Voici pour exemple un témoignage inspirant sur la manière dont il est possible d’amener nos enfants à nous respecter.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le ghetto de Lodz, en Pologne, vivait un Juif distingué et remarquable, qui craignait profondément le Ciel. Durant la guerre, il perdit son épouse et presque tous ses enfants, à l’exception d’une fille, alors âgée de quatorze ans. Tous deux restèrent seuls, privés du reste de leur famille. Un jour, le père tomba malade de dysenterie — une maladie dont souffrirent de nombreux habitants du ghetto en raison de la promiscuité et des conditions sanitaires extrêmement difficiles. La situation à la maison était alors très dure, difficilement descriptible avec des mots. La fille remua ciel et terre pour soigner son père durant sa maladie.

C’étaient des jours de famine, de maladies, de deuils, de détresses et de souffrances. Elle se présenta comme âgée de dix-huit ans afin d’être acceptée à travailler dans l’une des usines, et grâce à cela elle obtint un ticket de rationnement qui lui donnait droit, comme les autres ouvriers, à une portion de soupe par jour. Avec cette seule ration, les travailleurs devaient tenir vingt-quatre heures entières, et toutes leurs pensées étaient uniquement tournées vers la nourriture. Cette jeune fille ne mangeait que la moitié de sa portion de soupe. L’autre moitié, elle la rapportait à la maison et la donnait à son père, alité. Elle raconta que c’était extrêmement difficile, car la faim les envahissait et les encerclait de toutes parts. Tandis que ses camarades avalaient leur soupe en quelques instants, elle luttait avec elle-même pendant des heures pour ne pas y toucher et ne pas la terminer, afin de la conserver et de l’apporter à son père, car pour lui c’était littéralement une ration de survie.

De plus, elle remuait ciel et terre pour obtenir une portion de pain. Elle faisait tout ce qui était possible : elle parcourait de longues distances, frappait aux portes, se rendait dans divers endroits, tout cela pour apporter du pain à son père. Elle creusait également la terre en différents lieux où, avant la guerre, se trouvaient des champs de pommes de terre, afin de trouver des racines ou peut-être quelques pommes de terre. Parfois, elle trouvait des épluchures et préparait une soupe pour son père. Il y eut des jours où elle voyait qu’il était extrêmement faible, et elle renonçait totalement à sa propre portion de soupe pour l’apporter entièrement à son père. Lorsqu’il l’interrogeait à ce propos, elle éludait la question et expliquait qu’en raison d’un léger désordre dans la distribution, elle avait réussi à recevoir deux portions.

À un certain stade, son état s’aggrava, et il fut hospitalisé dans un bâtiment qui servait d’hôpital du ghetto. Personne n’était autorisé à entrer, mais cette jeune fille parvint à surmonter les obstacles et obtint une permission afin de soigner son père. Les autres malades qui connaissaient son père furent profondément étonnés de voir le courage de cette enfant, qui venait chaque jour, s’occupait de lui et le nourrissait. Même le gardien sévère qui se tenait à l’extérieur lui permit d’entrer et continua à fermer les yeux. Un jour, elle réussit à obtenir pour son père un morceau de pain. Elle enveloppa le pain dans un tissu qu’elle avait trouvé et se hâta vers l’hôpital. Mais cette fois-là, le gardien ne la laissa pas entrer. Elle laissa le pain au gardien et lui demanda de le transmettre à son père, et le gardien accepta. Le lendemain, lorsqu’elle arriva avec une autre tranche de pain qu’elle avait obtenu au prix de grands efforts, elle vit que le pain de la veille était encore posé chez le gardien. Que s’était-il passé ? Pourquoi n’as-tu pas donné le pain à mon père ? C’est une question de vie ou de mort pour lui !

Alors le gardien lui dit : « Je n’ai pas le choix, je dois te dire que déjà avant-hier ton père est décédé. Hier, quand je t’ai vue arriver avec le pain, je n’ai pas voulu te faire de peine, mais maintenant je suis obligé de te dire la vérité. » C’était juste la veille de Pessa’h. Le gardien lui dit que si elle voulait encore assister à l’enterrement de son père, elle devait se dépêcher et se tenir à l’entrée du cimetière de Lodz, car on allait bientôt venir l’emporter. Le gardien lui proposa de reprendre le pain, mais elle refusa et dit que ce pain était destiné à son père et qu’elle ne pouvait pas mettre dans sa bouche le pain de son père. Ainsi, elle laissa les deux tranches chez le gardien et disparut. Elle réussit à arriver au cimetière au moment où les membres de la ‘Hévra Kadicha’ (pompes funèbres) arrivaient avec des charrettes transportant tous les défunts. Elle vit la tombe creusée pour son père et comment on y déposa son corps. Mais les membres de la ‘Hévra Kadicha’ étaient pressés, car c’était la veille de Pessa’h, et ils n’avaient pas le temps de recouvrir les tombes. Ils expliquèrent que la nuit du Séder approchait et qu’il restait encore d’autres défunts à enterrer avant l’entrée de la fête.

Cette jeune fille de quatorze ans, qui n’était elle-même qu’un squelette vivant, se dit qu’elle ne pouvait pas rentrer chez elle et laisser son père ainsi, dans le déshonneur. Avec un dévouement total et des forces presque inexistantes, elle prit des outils pour creuser et travailla pendant de longues heures afin de recouvrir la tombe de son père. L’honneur de son père surpassait toute considération liée à sa propre survie. Lorsqu’elle rentra chez elle, elle savait qu’il y avait dans la maison un trésor : elle avait réussi à obtenir trois petites Matsot, qu’elle voulait apporter à son père pour le soir du Séder. Mais maintenant que son père était décédé, elle était incapable de porter à sa bouche des aliments pour lesquels elle avait donné sa vie pour son père. Elle se souvint alors que son père avait un ami âgé et solitaire. Elle espérait qu’il était encore en vie — et effectivement, il fut heureux de la voir et attristé d’apprendre la mort de son père. Ce vieil homme était faible, maigre, presque sans apparence humaine. Lorsqu’elle lui donna les Matsot, il lui dit : « Tu n’es pas un être humain, tu es Élie le prophète. Je n’ai rien à manger et je meurs de faim. » Elle répondit qu’elle était très heureuse d’avoir pu faire quelque chose pour son père.

Il est extrêmement difficile de croire que cette histoire se soit réellement produite. Qui peut y croire ? Et pourtant, ce témoignage nous est parvenu accompagné d’autres témoignages qui ont confirmé cette histoire. Même après cette période, cette jeune fille arriva au camp d’extermination d’Auschwitz, et là aussi, elle se privait de sa ration de pain, ne mangeant pas pendant des jours entiers, afin de donner à d’autres qui se trouvaient dans un état bien pire que le sien. 

Comment ce père a-t-il réussi à éduquer sa fille de telle sorte que l’honneur de son père, aussi bien de son vivant qu’après sa mort, soit plus important pour elle que ses propres besoins personnels ?

Comment pouvons-nous, nous aussi, éduquer nos enfants à accomplir la Mitsva de l’honneur des parents avec perfection, au point qu’ils privilégient l’honneur de leurs parents au détriment de leur propre intérêt, à tout âge et en toute situation ?

Avec l’aide du Ciel, il nous semble avoir trouvé la réponse à cette question. Pour cela, il faut remonter de nombreuses années en arrière, à l’enfance de ce père…

Ce père, qui était un homme à la personnalité tout à fait exceptionnelle, avait l’habitude, dès que sa fille était toute petite, de lui raconter des histoires sur les grands d’Israël, ainsi que des récits personnels concernant la famille. La fille raconta qu’il y avait une histoire que son père avait du mal à raconter, mais malgré cela, elle lui demandait sans cesse de la lui répéter. Il lui parlait de son enfance, de nombreuses années auparavant, lorsqu’il vivait avec ses parents et sa famille dans une atmosphère paisible. Puis, soudainement, sa mère mourut, et son père resta veuf avec un seul enfant à la maison, les enfants plus âgés ayant déjà quitté le foyer.

Un jour, son père se remaria avec une femme, elle aussi veuve, qui avait deux petites filles. Cette femme était une personne mauvaise, et elle haïssait profondément l’enfant de son mari. Chaque jour, elle attendait que le père quitte la maison, puis elle maltraitait l’enfant et le battait. Elle l’humiliait aussi énormément par ses paroles. Il semble qu’elle cherchait à le forcer à quitter la maison. Le père raconta à sa fille qu’il avait souffert en silence pendant des années, sans jamais raconter à son père ce qu’il endurait. Il préférait recevoir les coups et se taire, parce qu’il ne voulait pas faire de peine à son père. De plus, il craignait que s’il disait la vérité, cela n’entraîne des problèmes de paix conjugale, et il s’en sentait responsable. La femme, voyant que l’enfant ne parlait pas, continua à le frapper, jusqu’au jour où il trouva un moyen de l’arrêter. Il la menaça simplement que si elle continuait à le battre, il rendrait les coups à ses filles. Ce n’est qu’ainsi qu’elle cessa, bien qu’elle ne supportât toujours pas sa présence.

Puis éclata la Première Guerre mondiale, et son père fut enrôlé dans l’armée polonaise. Un jour, une notification arriva annonçant que son père était tombé au combat. On ne leur rapporta même pas le corps, et on ne prit pas la peine de leur indiquer le lieu de sa sépulture. Hélas, que faire maintenant ? Il resta seul à la maison avec cette femme mauvaise et ses filles. C’était une période de guerre, et il n’avait nulle part où aller. Peu de temps après, cette femme tomba malade de la tuberculose. Qui prendrait soin d’une femme malade alitée en temps de guerre ? 

Le père raconta alors à sa fille qu’il n’avait pas le choix. Chaque jour, il marchait plusieurs kilomètres jusqu’à la ville de Lwów, où habitait son oncle, et il rapportait de chez lui du pain et des légumes. Lorsqu’il rentrait à la maison, il prenait soin de sa belle-mère et nourrissait également ses deux filles. Il ne lui rappela jamais ce qu’elle lui avait fait et ne lui garda aucune rancune. Il eut pitié d’elle, car elle était l’épouse de son père, et il continua ainsi à s’occuper d’elle jusqu’à ce qu’elle rende elle aussi son âme. À présent, il se sentit également responsable de ses deux filles. Il les conduisit dans un orphelinat de la ville de Lwów, et là aussi, il arpentait chaque jour les rues pour trouver de la nourriture. Le soir, il se rendait à l’orphelinat pour s’occuper des deux petites filles — ces mêmes enfants qui avaient vu comment on le battait et qui ne le supportaient pas. Il devint pour elles à la fois un père et une mère, parce qu’il se sentait tenu d’honorer son père, et même sa belle-mère.

C’est cette histoire que le père racontait à de nombreuses reprises à sa fille, et c’est à travers ce récit qu’elle apprit ce que signifie véritablement l’honneur dû aux parents…

Ce père mérita que sa fille se sacrifie pour l’honorer, et cela pour deux raisons. Premièrement, le Saint béni soit-Il le récompensa mesure pour mesure, puisqu’il s’était lui-même sacrifié pour la Mitsva d’honorer ses parents avec un dévouement exceptionnel. Deuxièmement, ce père donna à sa fille un exemple personnel, lui montrant comment il faut parfois souffrir et se taire afin de ne pas faire de peine à ses parents. Cette histoire devint un véritable enseignement pour sa fille et s’imprima profondément en elle. 

Nous aussi, nous devons savoir que pour éduquer nos enfants, nous devons leur donner un exemple personnel. Nous devons leur apprendre à se comporter avec respect aussi bien envers leurs parents qu’envers leur entourage, et à préserver l’honneur d’autrui même lorsque cela ne nous convient pas.

Même dans des situations inconfortables, il est interdit d’humilier l’autre, et il faut toujours veiller à préserver la dignité des personnes. Le roi David dit : « Afin que mon honneur Te chante », et le commentaire Metzoudot explique : « L’honneur — c’est l’âme, qui est l’honneur du corps ». Car qui est véritablement honorable ? Celui qui honore les créatures.

Si nous apprenons à nos enfants à respecter les autres, même lorsque les choses ne se déroulent pas selon leurs souhaits — que ce soit envers les parents ou envers toute autre personne — nous leur transmettrons le message qu’il faut toujours être attentif à la dignité humaine. En éduquant les enfants au respect mutuel, nous ferons en sorte qu’ils nous respectent, et qu’ils continuent également à respecter leur entourage.

Certes, dans un premier temps, au début de la vie, il est nécessaire d’apprendre aux enfants à plier leur volonté devant celle de leurs parents. Mais dans un second temps, il faut leur enseigner ce qu’est le respect, et comment il convient de respecter.

Avec l’aide de D.ieu, nous aborderons dans le prochain chapitre d’autres moyens qui nous aideront à amener nos enfants à nous respecter…