Au début de la guerre avec l’Iran, une blague tournait sur WhatsApp : « Au cas où vous ne l’auriez pas compris, les vacances de Pessa’h ont commencé. » Évidemment, en lisant cela, comme beaucoup de parents israéliens, j’ai ri — nerveusement, je l’avoue. Comment allions-nous faire avec tous les enfants à la maison, les cours, le travail, les préparatifs de Pourim et de Pessa’h ? Et pourtant… la plupart d’entre nous l’avons fait. Cela rappelle un peu une femme enceinte à qui l’on décrirait à l’avance les contractions, la douleur, l’accouchement. Elle ne peut que paniquer en y réfléchissant mais finalement quand elle tient son bébé dans les bras, elle ne regrette pas tout ce par quoi elle est passée avant d’accoucher. Curieux parallèle me direz-vous, surtout quand on sait que la période précédant la venue du Machia’h est comparée aux douleurs de l’enfantement [1] — Et si Hachem nous préparait ?

Il ne fait aucun doute que le meilleur moyen de grandir — le véritable propulseur — passe par l’épreuve. Bien sûr, personne ne souhaite rencontrer des difficultés, et nous aspirons tous à nous rapprocher d’Hachem sans avoir à traverser des moments éprouvants. Mais il faut reconnaître que lorsque l’homme est confronté à une épreuve, et qu’il parvient à la surmonter, il révèle en lui des forces insoupçonnées et développe des qualités extraordinaires.

Par exemple, une femme qui a attendu son premier enfant pendant dix ans savoure généralement bien plus sa maternité qu’une femme tombée enceinte rapidement. Elle sait apprécier, être reconnaissante, car elle a fait l’expérience du manque. Il en va de même pour une personne qui guérit d’une maladie grave — D.ieu nous en préserve — et qui mesure alors pleinement la valeur de la santé.

Un autre exemple : en Égypte, seule la tribu de Lévi n’était pas asservie, et il se trouve qu’au moment du recensement dans le désert, elle était la moins nombreuse. Une des explications rapportées par le Or Ha’haïm Hakadoch est que, n’ayant pas subi l’oppression, ses membres n’ont pas développé cette « rage de vivre », cette intensité qui a poussé les autres tribus à se multiplier malgré la souffrance. [2]

Le ‘Am Israël est d’ailleurs souvent comparé à l’huile d’olive : pour obtenir de l’huile, il faut presser les olives. De la même manière, c’est sous la pression de l’épreuve que le peuple juif révèle le meilleur de lui-même [3].

Il va sans dire que ce que nous vivons depuis le début de la guerre nous pousse à puiser en nous des ressources inattendues : la patience — il en faut beaucoup quand on s’improvise professeur à la maison ; la flexibilité — rien ne se passe comme prévu, il faut s’adapter ; la capacité à prier — lorsque vous recevez des alertes, que vous entendez les avions ou les explosions au-dessus de votre tête, la prière n’est plus la même ; la reconnaissance — on se réjouit de choses simples, une promenade sans alerte, un dîner entre amies ; l’entraide — dans les abris, entre voisins.

Et pour vous aussi, en dehors d’Israël, la liste pourrait se prolonger : vous priez, vous vous renforcez dans les Mitsvot, vous multipliez les actes de bonté pour la protection du peuple juif.

Le sentiment que j’ai, c’est qu’Hachem est en train de nous raffiner avant la venue du Machia’h. Nos Sages disent en parlant de la période messianique : — « Humble peuple, humbles, le temps de votre délivrance est arrivé. »[4]

Entre nous, très peu de personnes sont réellement humbles — et c’est si difficile de l’être. Alors quoi ? La délivrance serait-elle réservée à une petite minorité ? Peut-être qu’à travers ce raffinement qu’Hachem opère, nous sommes justement en train d’y tendre tous ensemble : nous réalisons que nous ne maîtrisons rien, nous nous en remettons à notre Créateur, nous acceptons avec foi ce qu’Il nous envoie, et nous nous émerveillons de Ses miracles… nous développons véritablement l’humilité.

Se dire cela, cela permet de prendre de la hauteur et de vivre cette période de guerre autrement. Certes, c’est difficile mais cela en vaut la peine ; le jeu en vaut la chandelle. Et surtout : Hachem gère, Il sait exactement ce qu’Il fait et ce qu’Il fait est le meilleur pour nous donc pas de raison de s’inquiéter. Alors prions pour que ces contractions prennent vite fin, que nos ennemis disparaissent, et que nous méritions d’accueillir tous ensemble le Machia’h, dans la joie et la délivrance complète.

Amen véamen.

 

[1] Sanhédrin 98b — « חבלי משיח »

[2] Commentaire du Or Ha'Haim, Paracha Bamidbar

[3] Chémot Rabba 36:1 — Israël comparé à l’huile d’olive

[4] Formulation midrachique (idée de la délivrance liée à l’humilité, voir Michée 6:8 et Sanhédrin 98a)