Question d'une internaute : J'apprécie beaucoup ma belle-famille, mais il y a quelque chose qui me pose souci : mon mari est très (et même trop !) attaché à sa mère. Sous prétexte que sa mère avait l'habitude de faire ci et de faire ça, selon lui, je devrais tout faire exactement pareil ! J'aime beaucoup sa mère et nous n'avons aucun conflit, mais mon mari me positionne sans cesse dans une sorte de compétition et il en est conscient. Mais le problème c'est qu'il a du mal à “couper le cordon” et à faire une transition... On entend souvent des histoires de belles-mères imposant leurs choix, mais ici, c'est surtout et uniquement mon mari qui est à l'origine de cette situation ! Que me conseillez-vous ?

La réponse de Mme Nathalie Seyman

Le lien mère-fils est un lien très fort. La maman est la première femme de la vie d’un homme, et leur relation modèlera de façon consciente ou inconsciente sa future vie conjugale. Pour qu’un petit garçon devienne un homme, il lui faudra passer par un travail d’autonomisation qui consistera à se détacher de cette image idéalisée qu’il a de sa mère. Sans cela, sa relation de couple risque de ne jamais évoluer ou, même pire, d’être vouée à l’échec.

La maman, première image de la femme idéale

Comme dit précédemment, l’homme a une relation particulière avec sa mère. La maman reste le modèle féminin de référence de l’homme. Il recherchera d’ailleurs très souvent sa mère dans le profil de sa future femme, pas forcément de manière physique, mais dans certaines qualités, dans un trait de caractère, ou autre. « Je vais me marier avec ma maman » : cette phrase, beaucoup de petits garçons l’ont exprimée un jour. En réalité, ce qui définit la relation maternelle, c’est une sécurité affective incomparable. Une maman donne à son fils une sécurité affective tellement réconfortante qu’elle ne pourrait être comparée à celle de la femme. L’amour d’une mère est acquis et non celui d’une femme. L’amour d’une mère n’a pas besoin d’être gagné et il est sans condition et sans effort. Il est donc rassurant.

En conséquence, retrouver sa mère en sa femme est quelque part une forme de confort pour l’homme, ça le rassure.

Donc parfois, intuitivement, au début du mariage, pour le mari, tout ce que sa mère fait est parfait et nécessite une comparaison avec ce que fait sa femme, afin qu’elle s’approche au plus près de ce qui le conforte. Or, ce n’est évidemment pas agréable pour la femme qui, à force, peut prendre ça comme une compétition qui serait susceptible d'entraîner une baisse de sa confiance en elle-même. Sans compter que, par sa faute, les relations entre femme et mère peuvent se dégrader rapidement si la mère joue le jeu de son fils.

Couper le cordon

Être proche de sa mère est une bonne chose. Nous avons tous besoin de son amour, de son aide et de ses conseils. Nos mamans sont notre ancrage et elles ont beaucoup fait dans ce que nous sommes aujourd’hui. Donc couper le cordon ne veut pas dire se séparer d’elles ou de moins les aimer, pas du tout ! Couper le cordon, c’est faire évoluer cette relation parent/enfant pour qu’elle puisse perdurer à l’âge adulte et être compatible avec sa vie conjugale. C’est évidemment garder le respect que l’on a pour elle, mais c’est aussi savoir prendre une certaine distance affective pour vivre sa propre vie. Par exemple, le fait d’avoir toujours besoin de l‘approbation de sa mère est normal lorsque l’on est enfant, mais à l’âge adulte, cela prouve que la relation n’a pas évolué. L’homme n’a pas pris son indépendance affective et n’a donc pas fait assez de place dans son esprit pour sa relation conjugale. Pour que l’amour conjugal et l’amour parental coexistent, il ne faut pas que l’un empiète sur l’autre.

Dans un couple de jeunes mariés, il n’est pas toujours évident de couper le cordon avec ses parents. Pourtant, ce processus est un passage obligé pour acquérir son autonomie et nouer de nouvelles relations avec eux. Car il est difficile d’envisager une vie de couple sereine sans réellement se séparer symboliquement avec ses parents. Lorsqu’un conjoint présente une dépendance affective maternelle, cela peut entraîner chez l’autre un manque d’estime de soi et surtout le sentiment de ne pas exister dans la relation. Quitter la maison ne suffit pas, il faut parvenir à devenir autonome affectivement pour ne pas faire de son couple une simple copie du couple de nos parents. Le but sera de créer un nouveau couple, une entité personnalisée avec ce que chacun des deux conjoints apporte. La Torah nous l’enseigne : l’homme se séparera de sa mère et de son père pour ne former qu’une seule chair avec sa femme. Et ce passage ne relate pas simplement le lieu géographique, mais bien plus que cela.

Mes conseils

- Une discussion sérieuse s’impose ! Votre mari doit réaliser que son comportement, même en dépit de sa volonté, n’est pas sain. Ni pour lui, ni pour sa mère, et encore moins pour vous. Il va devoir essayer de corriger cet état d’esprit qui peut nuire à votre couple.

- Comprendre sa relation mère/fils : Il serait intéressant de comprendre pourquoi la relation est restée à ce stade d’idéalisation, surtout que vous précisez que la belle-maman sait rester à l’écart de votre couple. Il faudrait que votre mari s’interroge et fasse une introspection de son histoire avec sa mère. Le fait de comprendre ce besoin fusionnel pourra l’aider à se positionner en fils adulte et en mari, et, ainsi, à construire son couple.

- Rassurez-le sans arrêt sur votre amour pour lui. Comme je l’ai précisé précédemment, le fait de retrouver sa mère en vous lui permet de le rassurer. Prouvez-lui qu’il n’a pas besoin de ce stratagème (même inconscient) et construisez ensemble un cocon réconfortant qui remplacera celui de son enfance.

- Ne critiquez jamais sa mère. Cela pourrait vraiment le bloquer et toute discussion deviendra impossible.

- Il faut que vous discutiez avec votre belle-mère. Exposez-lui la situation. Hachem a dit à Avraham : “Pars” pour qu’il comprenne qu’il devait quitter le pays de ses ancêtres pour vivre sa propre vie. Peut-être a-t-il besoin d’une discussion avec sa mère et d’une “permission” psychologique pour pouvoir prendre de la distance avec elle.

- Choisissez vos combats. Le sevrage avec sa mère ne se fera pas du jour au lendemain. Ce serait trop brutal. Donc il faudra y parvenir de manière progressive. Demandez-lui d’éliminer en priorité ce qui est le plus agaçant pour vous (la comparaison), puis, avancez pas à pas vers l’autonomie affective.

- S’il persiste dans cette voie, il serait bon de consulter un thérapeute conjugal qui pourra vous aider à comprendre ce qui se cache derrière cette image de la mère idéalisée.

Conseil à votre mari

Pour un petit garçon, la femme parfaite, c’est sa mère. Mais au fur et à mesure qu’il grandit, s’affirme et devient un homme, la perfection prend alors un autre visage : celui de sa femme. Vous avez à vos côtés une femme qui ne vit que pour vous aimer, vous aider et construire un foyer avec vous. Mais pour cela, il vous faut oublier toutes vos images de l’enfance pour savoir en créer de nouvelles auprès de votre épouse. On ne doit jamais comparer un être humain à un autre, et encore moins lorsqu’il s’agit de sa femme et de sa mère ! Vous risquez de rendre leur relation toxique, car qui dit compétition dit forcément conflit. Une relation saine entre les deux femmes de votre vie doit être votre priorité. Pour cela, vous devez rester à votre place : un fils auprès de votre mère et un mari auprès de votre femme. Et non le contraire !

Béhatsla’ha !

Si vous avez une question à poser à la psy, envoyez un mail sur l'adresse suivante entrefemmes@torah-box.com. Mme Seyman essaiera d’y répondre et la réponse sera diffusée de façon totalement anonyme.