Vous observez une photo de famille. Sur le cliché, tout le monde sourit, a l’air heureux et semble bien s’entendre. Face à cette photo, il existe deux attitudes. Il y a les membres de la famille qui, malgré les disputes, ne se rappellent majoritairement que des bons moments. Et puis il y a ceux qui regardent derrière les sourires, se souviennent que les relations familiales n’ont pas toujours été au beau fixe et choisissent de se focaliser sur ces souvenirs pas toujours agréables… quitte à se faire un plaisir de les rappeler en thérapie des années plus tard. L’attitude d’une personne face à une photo en dit long sur sa façon de concevoir les relations humaines au sein d’une fratrie. Une fois les émotions de chacun mises de côté, que nous dit la Torah ?

Chaque vendredi soir, nous bénissons nos enfants pour qu’ils soient comme Éphraïm et Ménaché, les fils de Yossef Hatsadik. Le fait qu’Éphraïm et Ménaché aient été choisis comme modèles, et non les Patriarches, peut surprendre. En réalité, depuis la création du monde, ils constituent la première fratrie parvenue à une véritable entente. Caïn et Abel, Ya’akov et ‘Essav, Yossef et ses frères… aucune de ces relations n’a été sans remous. C’est pourquoi nous souhaitons cela à nos enfants : que la paix qui régnait entre Éphraïm et Ménaché soit pour eux une source d’inspiration.

Nous devons donc tendre vers cette bonne entente. Mais la Torah n’est pas dupe. Elle sait la difficulté que peut représenter une bonne relation entre frères et sœurs. D’ailleurs, Ra’hel Iménou possède des mérites jusqu’à aujourd’hui précisément parce qu’elle a été capable de dépasser ses instincts et d’aller au-delà de sa nature en donnant les signes à sa sœur Léa. C’est donc bien que la difficulté était de taille.

Il ne faut pas nier la réalité : dans la plupart des familles, il existe des tensions entre certains membres de la fratrie. Les raisons sont multiples : jalousie, choix de vie différents, caractères opposés… Ces frictions, qui pourraient évidemment exister avec d’autres personnes de la société, sont exacerbées dans la cellule familiale. Et pour cause : en famille, les masques tombent. On est naturellement moins inhibé, et les vérités sortent.

C’est bien là le nœud du problème. Toute proximité, même familiale, ne justifie pas de tout dire. Il y a des mots qui blessent et qui peuvent marquer une personne à vie. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, même s’il est aujourd’hui très à la mode d’exprimer ses émotions.

Nous avons la Mitsva d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Cet amour commence bien évidemment par les personnes qui nous sont proches. Tâchons donc d’être aussi agréables avec notre famille qu’avec des étrangers, envers lesquels nous ne sommes jamais avares d’un sourire.

Maintenir la paix dans une fratrie, c’est aussi respecter ses parents (qui au passage figure dans les 10 commandements), car il n’existe sans doute pas de plus grande satisfaction pour eux que de voir leurs enfants vivre en bonne entente.

Beaucoup de personnes pour se donner bonne conscience, demandent à leurs parents de prendre parti lorsqu’un conflit les oppose à un frère ou à une sœur. C’est une erreur. Agir ainsi ne pourra qu’engendrer de mauvais sentiments et de la culpabilité chez les parents. C’est comme demander à un parent de couper son cœur en deux. L’amour qu’il porte à chacun de ses enfants est unique.

Évidemment, il ne s’agit pas de contenir ses émotions à l’extrême ni de ne rien dire. Mais exprimer son ressenti n’exclut jamais le respect que l’on doit à ceux qui nous sont proches et il faut savoir “filtrer” ce que l’on dit. Car, plus une personne est proche de nous, plus nos paroles la marquent.

Récemment, une amie m’a raconté qu’elle se rappelait avec une précision étonnante d’une blague que ses frères et sœurs lui faisaient régulièrement : « T’as été adoptée, on t’a trouvée dans une poubelle. » Cette « blague », qui faisait rire tout le monde et qui existe sûrement dans bien des familles, avait pourtant suffi à saper, petit à petit, sa confiance en elle.

Soyons donc vigilants, surtout en famille, aux mots que nous employons. Et retenons que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire… même en famille.