Ruth, la convertie légendaire du peuple juif, figure parmi les femmes de marque de la Torah. Dévouée corps et âme à Hachem et à Sa Torah, elle a tout laissé tomber pour se joindre au peuple juif. Mais qu’en est-il de sa belle-mère, Naomie, qui est responsable de l’ascension de sa belle-fille, et qui lui est restée fidèle tout au long de son périple de conversion ? Penchons-nous sur le personnage extraordinaire de Naomie, et tentons de prendre exemple sur ses qualités hors du commun.

Naomie fut la femme d’Elimélèkh et la mère du premier mari de Ruth, Makhlon. Mais son mari ainsi que ses deux fils, Makhlon et Killion, moururent brutalement en raison d’une famine qui frappa le pays de Juda. Nonobstant le fait que Naomie fut une Tsadékèt (femme vertueuse), ce qui est fascinant et remarquable chez elle, c’est la relation proche et unie qu’elle entretenait avec sa belle-fille. Ô combien de fois avons-nous entendu, vécu ou ressenti la haine qui plane entre belles-mères et belles-filles… Tous ces mythes qui véhiculent le caractère exécrable, surprotecteur et mesquin des belles-mères. Il est temps de mettre de côté ces fabulations, et de prendre exemple sur Naomie !

En effet, la Méguilat Ruth relate l’échange intime qui unit les deux femmes : « Allez, retournez chacune vers sa maison maternelle. Puisse Hachem vous traiter avec bonté, comme vous avez agi avec bonté avec moi. Puisse Hachem vous accorder de trouver la sécurité, chacune dans la maison de son époux. Elle les embrassa et elles élevèrent la voix et elles pleurèrent »[1]. Cet échange poignant a lieu après que les fils de Naomie périrent, et lorsqu’elle enjoint à ses deux belles-filles, Ruth et Orpa, de la quitter et de retourner dans leur pays d’origine ainsi qu’à leurs anciennes coutumes. Elles étaient tellement attachées à leur belle-mère qu’elles ne se laissèrent pas convaincre de sitôt. Mais l’altruisme et l’abnégation de soi de Naomie ont pris le dessus sur tout ; elle ne souhaitait que le meilleur pour ses brus et qu’elles aient une seconde opportunité de se marier et de refaire leurs vies.

Après cette déclaration, Orpa finit par se défaire de sa belle-mère, mais Ruth s’accrocha à elle, nous révèle de nouveau la Méguila. Elle s’engagea à embrasser la tradition de Naomie, et cette décision a sans aucun doute été propulsée par la tendresse et les Middot exceptionnelles de sa belle-mère. Naomie est aussi responsable de l’union entre Ruth et Boaz, dont la jeune moabite n’a pu avoir qu’une seule nuit.

L’émouvant récit de Naomie et de Ruth nous enseigne plusieurs leçons cruciales. La première est la chaleur et la bonté qu’entretient Naomie envers sa belle-fille ; et plus encore, tout au long de la Méguila, elle appelle Ruth « ma fille », terme qui démontre une proximité inégalée entre les deux femmes. Naomie est constamment en quête de bonheur pour sa belle-fille, même si c’est à ses propres dépens. Dès qu’on ressent que notre belle-mère est honnête et ne cherche que notre bien, la relation prend une tout autre tournure.

Un deuxième enseignement repose sur l’importance de l’action. En effet, Naomie s’est tellement bien occupée de sa belle-fille et l’a tellement privilégiée, que c’est grâce à ce comportement que Ruth a fini par épouser le Judaïsme et a mérité son union avec Boaz. À ce propos, la Torah met une emphase toute particulière sur l’action, car c’est cette dernière qui transforme l’être humain et qui, par ricochet, influence positivement sur notre entourage pour que nos proches puissent également se parfaire. La grâce, la sagesse et la subtilité de Naomie lui ont fait gagner une belle-fille dévouée, et, non seulement cela, la première convertie de l’histoire du peuple juif.

Alors, chères belles-mères, peu importe où vous êtes, sachez que c’est précisément la force d’action de Naomie qui lui a permis de développer une relation si intime avec Ruth. Ne tardons pas à prendre exemple sur ses qualités exceptionnelles, car n’oublions pas, si belles-mères et belles-filles s’accordent, tout le monde y gagne, incluant le mari ou le fils en question !


[1] Méguilat Ruth, 1 :8