Judith est mariée et mère de 8 enfants. Deux d’entre eux sont handicapés. Mais plus incroyable encore, Judith est aussi clown en milieu hospitalier ! Entretien avec une maman-clown… pas comme les autres !

« J’aimerais bien te dire coucou, mais je ne peux pas », dit Judith de sa petite voix à la fillette assise en face d’elle. La petite Léa croise ses mains en signe de refus. Elle est venue avec ses parents à l’hôpital pour y subir un traitement médical et elle refuse de s’y soumettre…

« Je ne peux pas parce que je ne vois pas tes mains !, dit-elle encore. Elles se sont perdues dans les couloirs de l’hôpital ? Ohlalaaaaa, les pauuuuvres ! », continue-t-elle, alors que la petite Léa commence à esquisser un sourire… « Attends, bouge pas, je vais t’aider à les chercher ! Peut-être qu’elles sont dans tes cheveux ? Ou sous la couverture ? » Léa éclate de rire sous les chatouilles de Judith. Alors que quelques instants auparavant, la petite fille refusait obstinément de se laisser faire, c’est maintenant avec le sourire qu’elle accepte de se faire soigner, non sans poser comme condition que Judith l’accompagne et continue de la faire rire…

« C’est ce genre de choses qui me donnent la force de continuer », nous dit Judith. « Cela ne fait que deux ans que je suis clown en milieu hospitalier, mais ceux qui me connaissent savent que j’ai toujours été un clown dans l’âme », explique-t-elle avec le sourire. « C’est d’ailleurs ce qui m’a aidé tout au long de ma vie à garder pied, quelles que soient les circonstances ».

Le cœur d’une maman

Mais Judith c’est aussi et surtout l’heureuse maman de 8 adorables enfants, dont l’un est atteint de surdité et une autre de trisomie 21. « Nous avons fait Téchouva il y a 15 ans, raconte Judith. Pour être honnête, ce fut une période pas facile. S’habituer à un nouveau mode de vie, une nouvelle communauté, mais surtout pour les enfants à une autre école et des autres amis. Chacun d’entre eux a choisi de m’apprendre une leçon de patience dans un autre domaine ! », dit-elle avec le sourire.

Il y a 18 ans, Judith accouche d’un petit garçon atteint de surdité. « Lorsqu’il avait 1 an, nous avons commencé à comprendre que Yoël ne nous entendait pas. La première question que je me suis posée alors a été : qu’attend-on de moi présentement en tant que maman ? J’ai réalisé que mon rôle n’était pas de me projeter dans l’avenir en cherchant ce que me réservait le lendemain, et encore moins de me demander ce qu’aurait été la situation “si seulement…” J’ai compris que je me devais de développer au maximum le potentiel de mon fils avec les données qui sont les siennes, explique-t-elle. Très vite, j’ai aussi compris que la chose dont mon fils avait le plus besoin était d’acquérir de l’indépendance. Je lui ai offert l’occasion de s’essayer à toutes sortes de choses qui pouvaient l’intéresser. Jamais nous ne l’avons protégé plus qu’un autre enfant, non parce que nous ne le souhaitions pas, mais parce que nous savions que c’était la meilleure chose pour lui. Nous l’avons même laissé prendre le train tout seul à un âge plus précoce encore que nos autres enfants ! Dire que mon cœur de mère était tranquille ? Certainement pas. Mais je me suis fait violence afin qu’il puisse acquérir de l’autonomie. Idem lorsque Tali est née. J’ai réalisé que je devais avant tout la considérer exactement comme une petite fille normale ! »

« Détruire mon bonheur ?! »

Judith nous parle également de ses autres enfants. « Ils sont adorables, ils sont toute ma vie. Mais c’est vrai qu’en grandissant, ils ont fait leurs choix et ceux-ci ne correspondent pas forcément avec les miens d’un point de vue spirituel… Bien sûr, comme toute maman, j’aimerais moi aussi les voir cheminer dans les mêmes sentiers que moi, mais j’ai dû me faire à l’idée que la réalité ne colle pas toujours avec mes attentes. D.ieu a ainsi fait les choses, autant l’accepter avec le sourire ! Je me répète souvent cette phrase : "Pourquoi détruire mon bonheur d’avoir des enfants adorables et en bonne santé juste parce qu’ils ne se soumettent pas à mes désirs ?" Il y a tant de choses que nous partageons, pourquoi me focaliser sur ce qui ne va pas ? La dernière fois par exemple, j’ai pris mon aîné avec moi à l’hôpital pour réjouir les enfants. Ensemble, nous les avons fait rire à n’en plus finir. Ce fut un moment inoubliable de joie, de pleurs, de partage. Pourquoi passer à côté de tout cela ? »

Redonner le sourire et l’espoir

Forte de son expérience et de sa capacité à dédramatiser les situations les plus enchevêtrées, Judith va souvent à la rencontre de familles qui sont elles aussi confrontées à des défis similaires. « Il y a trois ans, la femme d’un Rav d’un certain quartier m’a téléphoné. Elle avait entendu parler de moi et de mon histoire. Elle m’a demandé d’intervenir auprès d’un couple bien connu de leur communauté, parents d’une famille nombreuse, qui venaient de mettre au monde une petite fille atteinte de trisomie. Elle m’a raconté que les parents étaient dans la confusion totale, ils gardaient la petite enfermée à la maison de peur du regard des autres… J’y suis allée. Au départ, ils étaient très méfiants, mais, petit à petit, ils ont compris que je venais pour leur dire qu’ils ne sont pas seuls dans cette situation, et non pas pour les moraliser. Finalement, nous avons discuté pendant trois heures ! Je leur ai expliqué que cette petite était un cadeau envoyé par Hachem. Que c’est toute la famille qui allait se voir transformée en bien grâce à cette Néchama extraordinaire. Qu’ils n’avaient pas à craindre le regard des autres et encore moins la réaction de leurs autres enfants. Que tout ne dépendait que de leur regard à eux sur la situation. Je suis sortie de chez eux à minuit et le lendemain, j’ai reçu un appel de la maman de cette dame, me racontant que ma visite avait été décisive et avait complètement transformé sa fille ! Les parents avaient même invité leur famille et leurs proches à un Kiddouch en l’honneur de la petite pour le Chabbath suivant… »

Et lorsqu’on lui demande comment arrive-t-elle à atteindre le cœur des autres afin de leur redonner sourire et espoir, Judith hésite puis répond : « Je ne sais pas. Peut-être parce que je leur parle en connaissance de cause. Peut-être aussi parce que j’arrive à les faire rire… Et si c’était pour cela que D.ieu m’avait offert ce don qu’on appelle l’humour ? »