Souvent, même si la prière fait partie de notre to-do list de la journée, elle reste parfois aux abonnés absents... « C’est compliqué, j’ai des enfants en bas âge… » Mmm… oui. Mais pour regarder cinq réels pas toujours passionnants, ces cinq minutes, on les trouve. Et pourtant… si nous avions conscience des mondes que nous pouvons créer avec nos mots, nous serions beaucoup plus impliquées dans nos prières !
Soyons honnêtes. Qui d’entre nous aime naturellement prier ? À part quelques femmes d’exception, la prière n’est pas quelque chose de naturel. Personnellement, combien de fois ai-je, à mon grand regret, bâclé ma Téfila (prière). Il n’y a qu’à voir ce qui se passe avec nos enfants — sauf si vous avez des enfants très spéciaux — lorsque, en vacances, on leur demande s’ils ont bien pensé à faire leur Téfila. Regardez leur regard fuyant, leur « Ouais, ouais, bientôt, attends deux secondes, après ! » et vous comprendrez que s’adresser à notre Créateur ne va pas de soi :)
Alors pourquoi nous parle-t-on autant de la Téfila ? Pourquoi nos grands-mères avaient-elles la bouche emplie de prières, de bénédictions ? En réalité, Hachem nous envoie, tout au long de notre vie, des secousses. Quand on est jeunes, en général, on n’y fait pas trop attention. Les choses s’arrangent et on ne cherche pas vraiment à comprendre comment elles se sont arrangées. En vérité, Hachem était, bien sûr, aux commandes. Mais on est sûres de nous, sûres de notre force, remplies de notre ego. « J’ai réussi, j’ai accompli, j’ai eu mon diplôme, j’ai eu des enfants… »
Puis on avance en âge et les secousses deviennent plus fortes. Le médecin nous annonce qu’une petite tache dans la tête de notre bébé, à l’échographie, devrait nous alerter. Se marier devient compliqué. Trouver un emploi aussi. Et là, naturellement, on se dit : comment vais-je faire ?
Premier réflexe : activer tout ce que nous sommes en mesure de faire. Appeler d’autres médecins, enchaîner les Chadkhanim (en charge de faire des propositions pour trouver le bon conjoint), écumer toutes les annonces d’emploi. Cela s’appelle la Hichtadlout, notre part d’effort. Sauf que… arrive un moment où l’on se rend compte de nos limites humaines. Et là, on comprend que seul Hachem peut nous aider.
À ce moment-là, plus de traînage de pieds, plus de prière bâclée. On a besoin d’une délivrance. Alors on donne tout ! On a le temps. On prie, on supplie, on pleure, on essaye des Ségoulot. Selon Rav Pinkous, dans son livre Cha'aré Tefila, Hachem nous occasionne des manques afin que nous Le sollicitions. Mais s’Il sait de quoi nous manquons, pourquoi le Lui rappeler en Téfila ? Justement pour nous ! Pour que nous prenions conscience du lien de dépendance qui existe entre Hachem et nous. Nous Lui devons tout et seul Lui peut nous délivrer.
Je vous vois venir : le mot « dépendance » ne va pas plaire à certaines. Alors voyez-le comme un partenariat. Hachem attend de nous que nous L’incluions dans nos vies, qu’Il soit dans l’équation. Car le but de tout ce qui nous arrive est de renforcer le lien qui nous unit à Lui.
On dit qu’il n’y a rien de plus entier qu’un cœur brisé [1]. Longtemps, j’ai eu du mal à saisir cette phrase. Hachem veut que nous ayons le cœur brisé, que nous soyons tristes ? En réalité, non. Un cœur brisé, c’est un cœur qui a utilisé tous les recours possibles et qui, arrivé au bout de lui-même, déverse son fardeau sur le Seul qui peut l’aider : Hachem. Et c’est là qu’il atteint une forme de plénitude, celle d’être en symbiose avec Lui et d’accepter que la délivrance vient uniquement de Lui.
Prenons l’exemple de ‘Hanna dans le Tanakh [2]. Elle n’avait pas d’enfants et, chaque année, elle se rendait au Tabernacle de Chilo pour prier. Pendant dix ans, rien ne se passa. Pourtant, elle priait. Jusqu’au jour où son mari lui dit : « Ne suis-je pas mieux pour toi que dix enfants ? » À ce moment-là, elle comprit que lui n’y croyait plus ; elle ne pouvait plus s’appuyer sur lui, elle était seule avec sa peine. Alors elle prit son désir d’enfant, son manque, son désespoir et le fit remonter des tréfonds de son âme. Elle adressa à Hachem une prière comme elle n’en avait jamais formulée, lui promettant que s’Il lui donnait un fils, elle le consacrerait au Michkan. Hachem l’exauça et sa prière est celle qui inspira les Sages pour composer la prière de la ‘Amida. ‘Hanna avait le cœur brisé et de ce cœur brisé, a émergé une Téfila d’une puissance inouïe, un peu comme ce cri qui jaillit lorsque l’on est à bout.
Sachons nous aussi parler avec Hachem. Sachons Lui reverser notre fardeau. N’ayons pas honte : c’est exactement ce qu’Il attend de nous, des Téfilot sincères. Nous avons une ligne directe avec le Créateur du monde, le meilleur piston qui soit. Ce serait dommage de ne pas en profiter…
Inspiré d'un cours de Mme 'Hanna Béhar
[1] : Rabbi Ména’hem Mendel de Kotzk (1787–1859), appelé le Kotzker Rebbe : « Il n’y a pas plus entier qu’un coeur brisé » ; Téhilim (Psaumes) 34, 19 : « Hachem est proche de ceux qui ont le cœur brisé et Il sauve ceux dont l’esprit est abattu. »
[2] : Chmouel I






