8h du matin. Chabbath, Parachat Zakhor. Comme des millions d’Israéliens, nous sommes réveillés par la Azaka, cette sirène qui nous est devenue familière depuis le 7 octobre 2023. Une guerre avec l’Iran, le jour même où l’on lit la section de la Parachat Zakhor qui nous rappelle qu’il faut venir à bout d’'Amalek… Waouh, quel message fort ! Mais bon, pas le temps de philosopher : il faut se mettre à l’abri. On court, et là on se retrouve dans un parking. Une scène digne d’un film de science-fiction… L’avantage, c’est que comme c’est Chabbath, on ne peut pas être rivés sur notre téléphone. On prie, on s’en remet à Hachem. Mais là encore, la magie du Chabbath passe, et le retour à la réalité est violent : des milliers de notifications, des alertes. On va sur tous les sites d’info pour essayer de comprendre… On rajoute même un groupe WhatsApp pour être sûrs de tout savoir, tout comprendre… Mais au fond, est-ce vraiment nécessaire ? Qu’est-ce qui est vraiment attendu de nous en temps de guerre ?
Le peuple juif n’en est pas à sa première crise, ni à sa première menace d’extermination. Nous le répétons tous les ans dans la Haggada de Pessa’h : « À chaque génération, ils se lèvent contre nous… » Bon, je vous révèle la fin de l’histoire — heureuse, Baroukh Hachem : nous avons une promesse d’Hachem qu’Il ne nous laissera jamais tomber [1]. Donc inutile d’être dans une peur panique…
Cela étant dit, cette promesse ne nous dispense pas de nous travailler. Le but d’une guerre est évidemment de nous réveiller, de nous amener à donner le meilleur de nous-mêmes. Ces derniers temps — merci les téléphones — nous avons une fâcheuse tendance à nous improviser analystes politiques.
Un petit tour sur les groupes whatsapp de famille, et Tonton Samy vous promet que, selon ses estimations, l’Iran est à court de missiles et que, de ce fait, les alertes devraient sonner entre 22h et 3h16 du matin. Tata Esther estime la fin de la guerre dans 2 semaines et conseille donc d’éviter telle ou telle activité… Bon, inutile de continuer à développer, vous l’aurez compris : tous ces pronostics sont vains.
Pourquoi ? D’abord parce que ce ne sont que des spéculations et que seul Hachem est en mesure de savoir ce qui va se passer. Et ensuite parce que, même si quelque chose doit se passer selon “toute logique”, 'Am Israël est au-dessus de la logique : Eïn Mazal Léisraël [2].
Mais comment dépasse-t-on cette logique ? Faut-il multiplier toutes sortes de Ségoulot pour avoir droit à des miracles ? Bonne nouvelle : non. Il nous suffit de vivre notre vie de Juif normalement. Par « normalement », j’entends en accomplissant Torah et Mitsvot. Chaque Mitsva donne de la force à l’armée. Chaque travail sur nos traits de caractère renforce notre peuple. Chaque étude de Torah ou Téhilim récité crée des anges protecteurs pour le peuple juif. Hachem n’exige pas de nous des choses grandioses. Notre travail se trouve dans notre attitude au quotidien, car c’est ce qui est entre nos mains.
Nous avons une Mitsva d’être dans la joie — mission compliquée en temps de guerre (surtout avec les enfants H24 à la maison, petit clin d’œil aux Israéliennes). Mais comment y parvenir ? Prenons l’exemple d’un enfant. Pourquoi un enfant est-il naturellement joyeux ? Parce qu’il ne se soucie pas des choses qui angoissent normalement l’adulte. Il sait que ses parents vont lui donner à manger, un endroit où dormir, des habits… Il se concentre donc sur sa « best life » d’enfant : jouer, sourire, profiter. Il devrait en être de même pour nous. Pourquoi nous inquiéter d’une guerre ?
Hachem gère. Ce qu’Il attend de nous, c’est que nous remplissions notre rôle.
Les angoisses sont un frein à la joie. Elles sont surtout stériles, car Trump et Bibi ne vont pas appeler Sarah, mère de famille à Paris, ou David, étudiant à la fac, pour leur demander s’ils doivent détruire tel ou tel réservoir de pétrole.
Toujours pas convaincus ? Prenons l’exemple d’Amram, le père de Moché, dans la Torah. Lorsqu’il entendit le décret de Pharaon d’anéantir tous les enfants mâles, il prit la décision de divorcer de sa femme. Selon la logique humaine, il avait raison : tous les groupes Telegram indiquaient que Pharaon allait tuer les bébés garçons, donc la chose la plus raisonnable était bien de ne plus avoir d’enfants. On anticipe. Eh bien non. La Torah raconte que Myriam, sa fille, alla le voir et lui prouva que sa décision était encore plus grave, car en divorçant, il empêchait aussi la naissance des filles. Amram écouta les paroles de sa fille et se remit avec Yokhéved sa femme. De cette union, naquit… le sauveur d’Israël : Moché. Selon toute logique, avec l’anticipation et les spéculations, cela n’aurait jamais dû arriver. Mais peu importe : nous sommes au dessus de la normalité et notre rôle n’est pas là.
Accomplissons simplement la volonté divine. C’est tout ce qui est attendu de nous. Augmentons les actions de ‘Hessed — « 'Olam ‘Hessed yibané » [3] — améliorons la qualité de notre pratique des Mitsvot… et amenons plus de lumière dans ce monde, pas plus de notifications :)
[1] Vayikra, 26:44
[2] Talmud Bavli, Chabbath 156a : « אין מזל לישראל » — « Israël n’est pas soumis au déterminisme des astres ».
[3] Téhilim 89,3 : « כי אמרתי עולם חסד יבנה » — « Car J’ai dit : le monde sera bâti par la bonté ».






