Il y a une quinzaine d’années, j’étais très proche de ma voisine, une femme de plus de quatre-vingts ans. Elle avait traversé toutes les guerres d’Israël. Une personne extraordinaire, d’une force rare, et pourtant terriblement seule. Un jour, elle tomba malade et fut hospitalisée. J’étais jeune, insouciante, et surtout très angoissée à l’idée d’aller à l’hôpital. J’étais dans l’évitement. Je me disais que j’irais la voir plus tard, à son retour à la maison. Je repoussais sans cesse ce moment, comme si le temps m’était garanti. Mais ce moment n’est jamais arrivé…

Ma voisine s’est éteinte. Et moi, j’ai profondément regretté ce choix. Je ne lui avais pas apporté ce dont elle avait le plus besoin à cet instant : une présence, un regard, quelques mots, une main posée sur la sienne. Ce réconfort simple qui aurait sans doute compté bien plus que je ne l’imaginais.

Plus tard, la vie m’a conduite à fréquenter les hôpitaux, notamment pour mes grands-parents. Et là, j’ai compris. J’ai compris ce que signifie vraiment rendre visite à quelqu’un qui souffre. J’ai compris combien une visite, même courte, peut alléger une solitude, redonner un souffle, un peu de chaleur humaine dans un univers froid et silencieux car oui, l’hôpital est un lieu angoissant encore plus pour celui qui s’y trouve.

Il existe dans la Torah une Mitsva appelée Bikour ‘Holim : rendre visite aux malades. Pourquoi en faire une Mitsva ? Peut-être justement parce que ce n’est pas naturel. Parce que l’être humain fuit spontanément la souffrance de l’autre. Il est tellement plus facile d’aller prendre un café avec une amie pleine de vie que de s’asseoir au bord d’un lit d’hôpital, face à quelqu’un qui parle à peine, qui n’a plus la force de sourire.

Et pourtant. Rendre visite aux malades redonne de la vie. La personne visitée en ressort souvent revigorée, régénérée. Elle sent qu’elle compte encore, que quelqu’un pense à elle, qu’elle n’est pas devenue invisible.

Il existe une autre Mitsva tout aussi inconfortable : consoler les endeuillés. Là encore, la démarche est la même. Mettre l’être humain dans une situation qu’il n’aurait pas choisie naturellement. L’inviter à sortir de sa zone de confort, à se dépasser, à être présent même quand les mots manquent.

Car en réalité, le bien que l’on fait à un malade ou à un endeuillé nous transforme nous-mêmes. La véritable personne transformée, c’est celle qui donne. Ce don nous change, nous rend plus sensibles, plus attentifs, plus tournés vers l’autre.

Oui, c’est difficile. Oui, nous ne sommes pas à l’aise. La souffrance dérange, elle nous confronte à notre propre fragilité, on se projette, on s’angoisse... Mais le sourire d’une personne, son regard reconnaissant, ne valent-ils pas ce petit inconfort personnel ?

En Israël, les hôpitaux regorgent de bénévoles. Certains jouent de la musique, d’autres distribuent de la nourriture, des fleurs, des cadeaux. Des clowns viennent faire rire les enfants, leur redonner, l’espace d’un instant, leur insouciance. Souvent, ces bénévoles sont des jeunes, pleins de vie, qui auraient mille autres choses à faire. Et pourtant, ils choisissent de donner de leur temps.Ils ont compris quelque chose d’essentiel : que ces moments offerts aux autres ne sont jamais perdus...

Combien de fois entend-on dire : « Oui, mais je n’ai pas le temps » ? Désolée de le dire aussi crûment, mais on peut toujours trouver du temps pour ce qu'on estime être important. Bien souvent, ce sont justement les personnes les plus occupées qui parviennent à dégager une plage horaire pour les choses qu’elles jugent essentielles. Tout est une question de priorités. Et aussi d’organisation. Trouver une heure, parfois même une demi-heure, pour faire du bien à quelqu’un n’est pas une contrainte insurmontable. C’est un choix. Un choix qui dit beaucoup de ce que l’on place au centre de sa vie.

Alors essayons, chacune à notre niveau, d’apporter un peu de joie à ceux qui sont malades, seuls, fragilisés. Cette empathie est l’une de nos plus grandes forces.

Bien sûr, tout le monde n’est pas capable d’entrer dans un service d’oncologie pour redonner le sourire à des personnes hospitalisées. Et ce n’est pas ce qui est demandé. Chacun a sa place, chacun a sa mesure. Parfois, il suffit de rendre visite à une accouchée, d’appeler une amie qui n’est pas sortie de chez elle depuis plusieurs semaines, de s’asseoir quelques minutes auprès d’une personne âgée, d’envoyer un message, d’apporter un gâteau... 

Sachons être attentives à ceux qui souffrent…

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