Pourquoi Hachem place-t-Il l’épreuve dès le début de la Création ? Et pourquoi permet-Il que la faute arrive ? Hachem se serait-Il « trompé » dès le commencement ? Évidemment non. Nos Sages expliquent que cela n’a rien à voir avec un échec du projet divin. Au contraire : c’est un processus voulu, une étape essentielle dans la construction de l’humanité...

Sans épreuve, l’homme ne serait pas humain. La Torah dit que l’homme a été créé “Bétsélem Élokim”, à l’image de D.ieu. Cela signifie qu’il doit posséder le libre arbitre, la capacité de choisir. Et ce libre arbitre est fondamental car sans choix, d’une part, l’homme ne serait pas complet, et d’autre part, il n’y aurait ni mérite, ni faute, ni humanité.

L’épreuve de l’arbre est nécessaire pour que l’homme soit vraiment humain. Pour Hachem, l’intention n’était pas la chute, mais la croissance…

En effet, le mot Nissayon (épreuve) provient de la racine hébraïque נ־ס־ה (N-S-H), qui comporte deux sens complémentaires :

  1. Tester / Éprouver : Elle exprime l’idée de mettre quelqu’un face à une situation qui révèle sa vraie nature et ses capacités.
  2. Élever / Hisser : La même racine donne le mot נֵס (Nes) – « drapeau », « étendard élevé ». Cela montre que l’épreuve n’a pas pour but d’abaisser, mais d’élever.

Dans la racine même du mot “épreuve” (Nissayon), se trouve l’idée d’élévation. Une épreuve n’est pas envoyée pour faire tomber, mais pour révéler la grandeur cachée de l’individu.

"Hachem n’a pas placé l’épreuve pour que l’homme tombe, mais pour qu’il s’élève en choisissant le Bien"(Rachi – Genèse 22:1).

"D.ieu éprouve le juste pour le rendre plus grand." (Midrach Téhilim 11)

L’épreuve dans le Gan Eden n’est pas un piège : c’est la première opportunité de développer la maîtrise de soi. La faute était prévue dans le plan divin, elle n’est pas un échec mais la porte d’entrée vers un chemin de vie. Le Zohar et le Midrach expliquent que la faute n’a pas pris Hachem par surprise. Elle fait partie du processus même de la construction du monde.

Dans le Midrach Béréchit Rabba (1:4), il est enseigné : “Avant la création du monde, D.ieu a créé la Téchouva.” Si la Téchouva existe avant l’homme, cela signifie que la chute fait partie du plan et que le fait de se relever est plus important que la perfection initiale.

La mission de l’homme est de se construire, avant et après la faute :

  1. Avant la faute : tout est donné, rien n’est construit, aucune résistance intérieure n’existe.
  2. Après la faute : l’homme doit travailler, séparer, choisir, reconstruire.

Selon Rav Dessler (Mikhtav Mé Eliahou), sans échec, il n’y a pas de véritable progrès moral.

La difficulté est indispensable à la maturité. Le projet divin n’est pas de créer un homme parfait dans un jardin parfait. Le projet divin est de créer un homme qui devient grand à travers l’effort moral.

En psychologie, mais aussi dans la Torah, la séparation entre le Bien et le Mal devait être intériorisée :

  1. Avant la faute : le Bien et le Mal existaient à l’extérieur de l’homme.
  2. Après la faute : le Bien et le Mal entrent dans le psychisme (inconscient) de l’homme. Ils deviennent un combat intérieur.

Selon le Ramban (Genèse 2:9) : l’épreuve permet à l’homme d’intérioriser la connaissance du Bien et du Mal, de les différencier et de choisir. Il n’est plus spectateur du Bien et du Mal : il en devient l’acteur.

Quelle est l’intention Hachem ? Hachem ne voulait ni la perfection sans effort, ni la chute en soi. Il voulait  un être capable de croître, de choisir, de réparer…

L’épreuve donne un sens au libre arbitre et la faute ouvre la porte de la Téchouva (repentir). Hachem veut un homme partenaire actif dans la création. L’épreuve du Gan Eden n’est pas un accident. Elle est la fondation de toute destinée humaine.

L’intention d’Hachem en créant l’homme est d’en faire un être libre. Sans possibilité de choix, il n’existe pas pleinement, il n’est pas Homme à l’image de D.ieu. La chute puis la réparation font partie du plan : apprendre à surmonter l’épreuve, à la transcender.

Il faut garder à l’esprit que l’épreuve a un sens : elle envoie un message de construction de soi, elle apprend à aller chercher au plus profond de soi ses capacités, ses défis à relever. Elle est porteuse de délivrance, de croissance. Elle engendre la véritable liberté, la responsabilité, et surtout la compréhension indispensable de la nécessité de la proximité avec Hachem, qui est source de confiance et d’amélioration. Puissions-nous transformer nos épreuves en sources de bénédictions !

Conclusion… 

Est-ce que l’absence d’épreuve pourrait être considérée comme une bénédiction ? A priori, on se précipiterait pour dire oui ! Pourtant dès le plus jeune âge, nous avons à faire face à l’épreuve : le nourrisson, l’enfant, l’adulte… L’épreuve va cependant construire l’être, elle est porteuse d’un comportement à adopter : apprendre à dire non sans colère, à aimer sans attachement, à agir sans peur du résultat. Elle devient cette conscience où tu n’as plus besoin d’avoir raison pour te sentir bien. Tu choisis la paix même quand l’ego te murmure vengeance. Tu choisis la sérénité. Tu deviens un Homme libre : telle la volonté d’Hachem…

Marlène Ibghi- Curiel