J'ai récemment animé un atelier avec des femmes confrontées à des épreuves difficiles. Un sentiment récurrent était leur solitude, l'impression que personne ne les écoutait, que personne ne les comprenait. « Je pleurais, avec le sentiment que personne ne m'écoutait. » Une autre a confié avoir beaucoup prié, parlé à D.ieu, répété ses demandes, mais qu'en refermant son livre de prières, elle avait de nouveau l'impression que personne ne l'écoutait. Personne ne répondait à ses prières répétées. Il s'avère que ce sentiment d'incompréhension est une expérience profondément humaine...

La Guémara dit : « Trois fautes dont l’homme n’est pas sauvé : la pensée de la faute, l’examen (inspection) de la prière et la médisance » (Babba Batra 164b). Qu’est-ce que signifie « ‘Iyoun Téfila » (l’inspection de notre prière) ? Le Rachbam dit quelque chose de merveilleux : ‘Iyoun Téfila, c'est la pensée de doute qui entre dans notre cœur immédiatement après que nous ayons terminé de prier, la pensée que personne n’écoute notre prière.

Dans la Paracha de Vayéchev, nous sommes exposés à un récit déchirant d’un enfant (Yossef) qui traverse des expériences d’enfance extrêmement difficiles. Ses frères — ceux qui sont censés être les plus proches de lui — le haïssent, à priori, avec une telle intensité qu’ils décident de le tuer et ce n’est que par miracle qu’ils décident de le vendre en esclavage. Un enfant malheureux et effrayé est étendu là, voyageant avec un groupe d’Arabes vers l’inconnu.

Il est battu, souffrant et attaché avec des chaînes à ses mains et à ses pieds. Et que nous raconte exactement la Torah à ce moment-là ? Que la caravane de chameaux dans laquelle Yossef fut jeté transportait des aromates vers l’Égypte. La signification de cela est que, tandis que Yossef Hatsadik se trouve dans un état terriblement bouleversant, il sent une odeur délicate de parfums au lieu de la mauvaise odeur des peaux.

Waouh, vraiment magnifique ! Et Rachi pose la question : « Pourquoi l’Écriture a-t-elle révélé leur chargement ? Pour faire connaître la récompense des justes : car il n’est pas dans l’habitude des Arabes de transporter autre chose que du naphta et du goudron, dont l’odeur est mauvaise ; mais pour celui-ci, il se trouva des parfums afin qu’il ne sente pas de mauvaise odeur. »

Un enfant jeune, dont le monde vient maintenant d’être détruit, un enfant juste, fils d’un juste, se trouve dans un état terriblement dégradé — et c’est cela que Hachem peut lui donner ? Une bonne odeur ? Si déjà le Saint Béni Soit-Il lui arrange un miracle, pourquoi ne pas le sauver tout simplement ?

Rav Shneor Ashkénazi, au nom du Rav ‘Haïm Leïb Halevi Shmoulevitz (dans son livre Chiouré Moussar), donne une très belle explication à ce sujet. Rav Shmoulevitz demande : Quelle est la signification de ce point apparemment secondaire — le parfum — face à la situation tellement difficile dans laquelle se trouve Yossef Hatsadik ? Et il répond : Les chameaux transportaient des parfums parce que le Maître du monde voulait montrer à Yossef, dans son moment de détresse, Son amour envers lui.

Ce miracle est un baiser d’amour...

Nous sommes descendus dans ce monde pour réparer, pour devenir meilleurs et plus dignes, et pour cela nous devons traverser des processus. Yossef devait être vendu afin d’arriver en Égypte, d’y devenir un grand dirigeant, et d’être celui qui pourvoira à toute la terre — et en particulier au peuple d’Israël lorsqu’ils descendront en Égypte. Pour passer d’un jeune garçon à un roi qui gouverne toute l’Égypte, il devait traverser un processus. Les processus de croissance sont douloureux et ne sont pas faciles. Parfois, nous devons traverser perte, douleur, humiliations, manque — mais c’est la seule manière de pousser et de grandir.

Certes, quand une personne se trouve au milieu du processus, ses sensations principales sont la douleur et la difficulté, parce qu’elle n’a pas de perspective large et la capacité de comprendre où tout cela mène. La douleur et la difficulté entraînent souvent des sentiments de peur, de solitude et d’impuissance. Mais dans ces moments très difficiles, notre Père, qui n’est que bonté, grâce et miséricorde, nous envoie de petits baisers d’amour. De petites bontés. Parfois vraiment minuscules, dont le but est de nous rappeler que nous ne sommes pas seuls, que Celui qui dirige toute la scène — et que cette scène est uniquement pour notre bien.

Mais pour recevoir ces baisers-là, nous devons accepter d’ouvrir les yeux. Accepter de mettre un peu de côté nous-mêmes, le désir que les choses se passent exactement comme nous le voulons. Accepter de mûrir, de cesser de nous apitoyer sur nous-mêmes, et simplement observer. Quand nous ferons cela, nous découvrirons des marques d’attention que le Saint Béni Soit-Il nous envoie en chemin : une bonne parole, un petit cadeau, un sourire qui éclaire les yeux, une fleur qui a soudain poussé dans le jardin, une invitation pour Chabbath.

C’est vrai, cela ne résout pas la difficulté. Ce n’est presque rien par rapport à la grande image. Mais c’est un baiser d’amour que le Saint Béni Soit-Il, en personne, nous envoie pour nous rappeler qu’Il est là, qu’Il a un contrôle total sur notre vie, et qu’Il veut ce qu’il y a de meilleur pour nous...

Traduit du livre "Léyéter Bitakhon", de Batcheva Dargan