Quand commence le mois d’Adar, on augmente la joie... משנכנס אדר מרבין בשמחה – Quels bons conseils pourrait-on donner à la femme juive pour intensifier la Sim’ha (autant la sienne que celle de sa maisonnée) ?

Le 'Hatam Sofer enseigne que chaque Mitsva est porteuse d’une Ségoula dans un domaine particulier. Bien évidemment, on n’accomplit pas les Mitsvot pour la Ségoula, mais pour accomplir la volonté de Hachem. Néanmoins, l’accomplissement de la Mitsva mène à certaines Yéchou'ot (délivrances) dans différents domaines. Par exemple, la Mitsva de Taharat Hamichpa'ha (pureté familiale) permet de ressentir du renouveau dans la vie, la Mitsva de Chabbath, apporte à l’individu une sérénité intérieure, la Mitsva de Tsitsit protège le corps comme un bouclier, la Mitsva de Ma'asser (prélever une partie de ses revenus pour la Tsédaka) est une Ségoula pour s’enrichir…

La joie ne tombe pas du ciel… elle se prépare !

Alors, quelle est la Mitsva qui aide à gagner plus de joie ? Le 'Hatam Sofer précise qu’il s’agit de la Mitsva de Hafrachat 'Halla ! Il rapporte un Midrach sur le verset de Kohélet (2,10) : « Car mon cœur était heureux de toute mon œuvre », qui affirme que la joie évoquée provient de la Hafrachat 'Halla. En effet, un homme sain peut se réjouir de ce dont il dispose, tandis qu’une personne faible a facilement le cœur brisé et ne jouit pas de tous les bienfaits qui l’entourent. Or, d’où viennent la force et la santé du corps humain ? Elle dépend de son alimentation. Le pain étant l’élément de base de l’alimentation de l’homme, grâce à la Hafrachat 'Halla, la pâte est bénie et donne des forces et de la santé – non seulement au corps de l’individu, mais aussi à sa Néchama. Et grâce à cela, il peut intensifier sa Sim’ha, autour de laquelle tourne le mois actuel (Adar) !

« Il t’a affligé, Il t’a affamé, Il t’a fait manger la Manne que tu ne connaissais pas et que ne connaissaient pas tes pères, afin de te faire savoir que non pas sur le pain lui seul, vivra l’homme, mais sur tout ce qui sort de la bouche de Hachem, vivra l’homme. » (Dévarim 8,3)

Rav Aharon Kotler explique que l’expression « Ce qui sort de la bouche de Hachem » indique que c’est Hachem qui permet au pain de faire survivre, de donner des forces à l’homme. Le pain n’est pas un aliment dont on se lasse, parce que son rôle consiste à maintenir le corps de l’homme en vie. C’est Hachem qui fait en sorte que le pain nous nourrisse. Le pain en soi n’a aucun pouvoir. Et nous (les femmes) avons le pouvoir, le rôle sublime de nous soucier de la nourriture, de l’alimentation de notre maisonnée. Le bon fonctionnement matériel du foyer influe de façon directe sur la spiritualité de notre mari et de nos enfants.

Rencontre merveilleuse, leçon précieuse

La Guémara (Yébamot 63a) raconte la rencontre historique entre Rabbi Yossi et Eliahou Hanavi (après de nombreuses prières pour avoir le mérite de pouvoir voir le prophète Eliahou). Lors de cette rencontre, Rabbi Yossi posa une question apparemment simple et banale ; il demanda en quoi la femme-elle est une aide pour son mari… Surprenant ! Rabbi Yossi ne pouvait-il pas penser à une question plus profonde à poser au prophète, en ce moment spécial et unique où il put enfin lui parler ? Et si Rabbi Yossi était tracassé par une question de cet ordre, n’aurait-il pas été plus logique de la poser à quelqu’un d’autre que le prophète Eliahou ?!

En réalité, Rabbi Yossi savait que si la Torah nous informe du fait que la femme est une « Ezer Kénegdo » (aide face à lui) pour son mari, il est évident qu’elle parle d’une aide spirituelle et non d’une simple assistance matérielle, d’une aide-ménagère. Alors, en quoi l’aide-t-elle spirituellement ? En quoi une femme peut-elle mener à une meilleure compréhension de la Torah étudiée par le mari ? En quoi une femme peut-elle raviver l’enthousiasme de son époux dans son service divin ?

Le prophète Eliahou donna une réponse non moins surprenante que la question posée. (En réalité, si on la lisait superficiellement, sa réponse serait même déprimante, rabaissante !!) Il dit : « L’homme apporte du blé après son travail dans les champs, mais mange-t-il des grains de blé à l’état brut ?? Il rapporte du lin, mais se vêtit-il de lin sauvage (qui se présente sous forme de plante herbacée) ?? Non ! Il faut préparer (à partir des matières premières) la nourriture et les vêtements. C’est le rôle de la femme, qui ouvre les yeux de son mari dans la Torah et le met sur pieds dans toute sa 'Avodat Hachem ! »

Par son souci des besoins matériels du mari (et du reste de la famille), la femme permet son avancée spirituelle. Notre rôle dans la cuisine (et dans la maison en général) est d’une importance fondamentale, il est bien plus qu’un simple plat (qui prend trois quarts d’heure à mijoter et 5 minutes à manger😉). C’est une nourriture de la Néchama ! (explication entendue de la Rabbanite Chémech)

Derrière les coulisses : la grandeur invisible de la femme juive

Quand une mère envoie son enfant étudier la Torah pour la première fois, elle est tout émue, pleine de fierté et d’espoirs pour son avenir. Mais qu’est-ce qui a permis à cet enfant d’en arriver à ce stade ? Ce sont tous les soins physiques et matériels de la mère depuis la naissance de l’enfant qui permirent à ce dernier de se développer sainement et d’en arriver là – de pouvoir vivre ce moment important où il commence à étudier ! Sans tous les biberons préparés, sans toutes les couches changées, sans les bains quotidiens donnés au bébé, sans les soupes et les repas préparés par la mère, l’enfant n’aurait pas été en mesure de grandir sainement.

La Rabbanite Valdman illustre ce phénomène à l’aide d’une parabole intéressante. Imaginons qu’un roi souhaite construire un somptueux palais. Pour cela, il engage un entrepreneur qui commande une grande quantité de matériaux de construction, de magnifiques décorations d’or et d’argent, des plaques de marbre, et arrive sur le chantier avec ses ouvriers, prépare les fondations. Mais bizarrement, le travail ne commence pas. Pourquoi ? Parce qu’il manque les briques ! Elles ont bel et bien été commandées et même expédiées dans des centaines de camions qui devaient les transporter, mais qui sont restés bloqués en chemin par une immense muraille qui sépare l’usine du chantier. Cette muraille est longue, haute, épaisse… elle semble vraiment infranchissable. Mais à un certain endroit, elle est un peu ébréchée. La toute petite brèche ne permet de faire passer qu’une seule brique à la fois. Faute de choix, l’entrepreneur demande à tous les chauffeurs de camion de se positionner devant l’endroit de la brèche et il nomme un responsable pour faire passer les briques, une par une, à travers la brèche. C’est un travail long et fastidieux. L’ouvrier ne voit pas ce qui se passe de l’autre côté de la muraille, il ne voit pas que chaque brique est réceptionnée, apportée jusqu’au chantier et sert à la construction du palais royal.

Au bout de quelques années, on l’emmena voir le majestueux palais, sublimement décoré et on lui annonça qu’il s’agissait du fruit de son labeur. « C’est impossible ! Je ne vois aucune brique, tout est en marbre, en argent ou en or. » Certes, les briques ne sont plus visibles, mais elles sont là et sans elles, rien n’aurait été possible. Pour l’ouvrier, rien ne se passait pendant tous ces mois où il avait l’impression de faire un métier ridicule. S’il pouvait voir ce qui se passait de l’autre côté du mur, il serait émerveillé, il valoriserait beaucoup plus son œuvre, il comprendrait que ce marbre, ces décorations en or et en argent, n’auraient servi à rien sans les briques…

Tel est le travail de la femme. Elle ne voit rien, parce qu’elle est derrière les coulisses. Son mari se construit, ses enfants se développent… Mais tout cela se produit grâce à une autre carotte épluchée, à une autre chemise repassée… Toutes ces « petites choses » faites avec l’amour d’une épouse, l’amour d’une mère, leur apportent quelque chose d’extraordinaire, que personne au monde ne pourrait leur donner.

Comme nous l’avons précisé dans un précédent article, la femme est le Cohen Gadol de son foyer (d’après le 'Hatam Sofer). Le Cohen Gadol avait trois rôles principaux – l’allumage de la Ménora, l’approche des Korbanot et la mise en place du Lé'hem Hapanim. Ces trois rôles sont liés aux trois Mitsvot principales de la femme juive – elle allume les bougies de Chabbath (Ménora), elle respecte les lois de pureté familiale (Nidda, en rapport avec le sang des Korbanot) et elle prélève la 'Halla (Lé'hem Hapanim).

Rabbi Yoël Tetelbaum affirme que si la femme avait conscience de l’importance de la Hafrachat 'Halla, elle ferait tout pour pétrir chaque semaine, en l’honneur de Chabbath. Le Chem Michmouel affirme, sur la base d’une Guémara, que la Hafrachat 'Halla sert de Tikoun pour le Chalom Bayit, la paix au sein du foyer.

Je vous souhaite un mois de Adar particulièrement joyeux et que la joie de ce mois s’étende sur tout le reste de l’année !!

'Hodech Tov !