Le mois de Tévet marque le début de l’hiver. Certes, la saison des pluies commence en 'Hechvan (et l’on a déjà parlé du sujet de l’eau du déluge et du Mikvé dans l’article du mois de 'Hechvan), mais elles sont indéniablement plus abondantes en cette période de l’année (en tout cas en Erets Israël).
L’eau symbolise le 'Hessed et l’abondance pour laquelle on prie tant. Mais l’eau ne peut pas être partout, ni illimitée. Dès le troisième jour de la Création, Hachem imposa à l’eau des limites. L’eau ne pouvait plus recouvrir toute la planète, elle dut se contenter de remplir les mers et les océans. En effet, l’eau perd de sa force et de son influence si elle n’est pas restreinte. Si l’eau n’était pas limitée par les rives du fleuve, par le sable de la plage, elle inonderait le monde et provoquerait des désastres.
L’eau d’un fleuve qui passe entre deux berges solides coulera avec plus de force du fait de son confinement. Si nous limitons davantage son débit en construisant un barrage, l’eau peut générer suffisamment de force pour alimenter une centrale électrique qui éclairera toute une région. En revanche, un fleuve qui déborde détruit tout ce qui l’entoure. Finalement, plus l’eau s’étend, plus elle perd de sa force. Le cours d’eau devient une grande flaque stagnante.
Si l’on fait le parallèle avec le 'Hessed, on retrouve la même idée. Parfois, la bonté doit être limitée par certaines règles (qui peuvent s’avérer contraignantes). Il n’est pas bon d’avoir « trop » de bonnes choses.
Les limitations ne sont pas l’antithèse du 'Hessed. Au contraire, elles lui permettent de devenir une force, une source de bien.
Le 'Hessed aussi, s’il est illimité, devient nocif. Nous trouvons ce phénomène chez nos Patriarches. Avraham était le paradigme du 'Hessed. Mais cette Midda fut mal utilisée (et trop utilisée) par son fils Ichmaël qui se permettait tout, à tout moment, sans accepter de se plier aux contraintes de la Loi. La qualité d’Avraham devait être tempérée par la rigueur d’Its'hak pour enfin donner naissance à Ya'akov, modèle du Émet.
Le 'Hessed, comme toute autre Midda est un outil qu’il faut savoir manier. Nous l’utilisons sans cesse dans notre quotidien ; nous préparons des repas, nous lavons du linge, nous rangeons la maison, nous habillons/lavons/promenons les enfants, nous sourions à nos collègues, prononçons des paroles gentilles et encourageantes à notre entourage, etc. Tous ces actes de bonté font de nous des actrices principales sur la scène du 'Hessed.
En tant que femmes (et/ou mères), nous bâtissons, que nous le voulions ou non, notre propre petit (ou grand) « royaume ». Par conséquent, nous devons établir des « lois du pays » propres au royaume. Il faut parfois dire « non » à ce qui est contre-productif, dangereux ou immoral, ce qui revient essentiellement à dire « oui » à tout ce qui est productif, sûr et moralement correct – et qui donne alors encore plus de force à tout ce qui est bon.
Les histoires illustrant ce point ne manquent pas. Il y eut d’innombrables fois où le fait de dire « non » à un acte négatif s’avéra beaucoup plus bienfaiteur que d’accepter docilement l’inacceptable (il peut s’agir de mauvaises influences et d’amitiés auxquelles il faut mettre un terme au plus vite, d’exigences exagérées de la part de notre patron, d'obligations de la Torah que l’on nous impose de transgresser, etc.). Cela revient à dire « oui » à ce que nous savons être bénéfique et profitable.
C’est d’ailleurs l’idée véhiculée par la Mitsva de Taharat Hamichpa'ha. Dans la Guémara (Nida 31 b), Rabbi Méïr enseigne : « Pourquoi la Torah déclare-t-elle la femme Nidda pendant sept jours ? Parce que [si le mari] s’habituait à elle, elle lui deviendrait un objet de répulsion. La Torah a donc stipulé qu’elle soit interdite pendant sept jours [supplémentaires, c'est-à-dire après s'être assurée que les saignements utérins aient cessé] afin d’être aussi chère à ses yeux [ceux de son mari] qu’au moment où elle se présenta sous la 'Houppa ! »
Ainsi, les périodes de limitations, d’éloignement physique sont là justement pour profiter davantage du rapprochement physique qui sera possible dès la fin du processus de purification et après l’immersion au Mikvé. Bien évidemment, cette période n’est pas insignifiante ni inutile : elle doit être utilisée pour le rapprochement du lien spirituel entre époux. Ces jours d’éloignement (de « non ») contribuent à l’appréciation et à l’observation de l’intériorité du conjoint, à l’affermissement de la communication, à la valorisation intense de l’autre (soit à beaucoup de « oui »).
Cette idée peut être appliquée de manière plus large, à tout le monde et à toute la Torah. La Michna affirme qu’il n’existe pas d’homme plus libre que celui qui vit dans le cadre des lois de la Torah (Pirké Avot 6). Pourtant, la Torah exige de l’homme de nombreux « sacrifices », elle le limite par toutes sortes d’obligations et d’interdictions. Mais c’est justement ce qui lui permet d’exprimer sa liberté, sa capacité de se défaire des chaînes de son Yétser Hara'. Dire « non » aux actions interdites par la Torah, c’est dire « oui » à une vie pleine de valeurs et de morale, à une vie heureuse et épanouie.
'Hodech Tov à toutes !





